Philippe Pascal, le divin marquis

Il fut celui qui donna une voix et un corps à la new wave française. Hommage à un écorché vif qui fut l'emblème d'une génération lassée de Trust et téléphone.

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Il a fallu un article de Ouest France pour apprendre la mort « brutale »  de Philippe Pascal avec, en précision assassine, l’hypothèse d’un suicide. 

A trois jours près, nous ne fêterons pas la résurrection de Marquis de Sade il y a deux ans, au Liberté de Rennes. Ni célébrerons la divine surprise de les avoir retrouvés intacts 40 ans plus tard, leur son, leur scénographie. Sa présence, sa silhouette en noir et blanc, déjà éternel. 

Flash back: A l’aube des années 80,  les teenagers ne croient plus aux poses et aux (im)postures de ceux qui prétendaient incarner le renouveau du rock français, les Téléphone, Starshooter  et autre Trust. Différentes vagues les ont submergés, new/cold/no waves anglo-saxonnes ont jailli d’outre-manche/atlantique pour rebattre les cartes et fixer une nouvelle règle du jeu.

Le moment était venu de se trouver de nouveaux héros. Les miens furent Dominique Laboubée et Philippe Pascal. Les Dogs et Marquis de Sade, Rouen et Rennes. Deux hommes faits pour la légende, ombre, lumière et destin tragique compris. Qui n’a pas un jour écouté « Walking shadows » ne pourra comprendre  la fascination qu’exerça Dominique Laboubée sur quelques-uns-trop peu-dont je fus. Il chantait comme il jouait de la guitare, à la vitesse du son, et celui du groupe était sans pareil. Jusqu’au bout de son souffle et laissant hors d’haleine. Dominique Laboubée est mort en 2002, à 45 ans, foudroyé sur scène.

Et puis Philippe Pascal. Celui qui avait réussi à incarner ce dont secrètement je rêvais: le mélange parfait des derniers feux expressionnistes d’une mittle europa agonisante et de la glace métallique du son des années 80. Pour moi, plus encore que celle de Marquis de Sade, c’est sa période Marc Seberg qui m’a littéralement bouleversé avec des morceaux comme « l’éclaircie » ou «  si j’avais su te dire », une sorte de Sturm und Drang revisité pour les kids des années 80. Ou comment rendre l’emphase séduisante et désirable la sensibilité à fleur de peau. Il  avait une  classe que rien n’altérait, une élégance dans la voix et dans les gestes à rendre jaloux les dandys d’hier et d’aujourd’hui.

Et aussi cet album au charme un peu fâné, avec Pascale Le Berre ( « Philippe Pascale »), et ce souvenir improbable d’une émission entière d’Alain Maneval sur la Sept ( future Arte) consacrée à  la sortie du disque, tournée à Essaouira parce que c’était le titre de l’une des chansons.

Alors honorons-le pour ceux qui l’ont aimé, découvrons-le sinon et cédons au plaisir de se passer, encore et encore, la captation du concert de la renaissance de 2017 en feuilletant le numéro de la revue Persona qui lui fut consacré cette même année.

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