Un rapport destiné aux Suisses rectifie quelques MYTHES linguistiques

Le professeur François Grin vient encore de frapper (*), avec un rapport destiné aux Suisses, mais dont le contenu écorne quelque peu les mythes linguistiques et la vision "dominante" (que j'appelle "Ordre Linguistique" ou "TINA linguistique").Ce document mérite d'être lu dans son entier, mais contentons - nous de souligner ces deux points:  non, les Européens ne parlent pas tous l'anglais (seulement un tiers grand maximum, à des degrés divers de compétence, parfois médiocres) et 64% d'entre eux ne le savent pas du tout!Par ailleurs, il n'est pas forcément indispensable pour les enfants d'apprendre très tôt une langue étrangère.  Il y a trop de facteurs entrant en ligne de compte pour qu'on puisse l'affirmer.   "L’enseignement et l’apprentissage des langues s’inscrivent donc dans un champ extraordinairement complexe dont aucune recherche n’a, à ce jour, complètement démêlé l'écheveau. En la matière, il faut absolument éviter les simplifications et les jugements à l’emporte-pièce.'" écrit-il.   

Le professeur François Grin vient encore de frapper (*), avec un rapport destiné aux Suisses, mais dont le contenu écorne quelque peu les mythes linguistiques et la vision "dominante" (que j'appelle "Ordre Linguistique" ou "TINA linguistique").
Ce document mérite d'être lu dans son entier, mais contentons - nous de souligner ces deux points:  non, les Européens ne parlent pas tous l'anglais (seulement un tiers grand maximum, à des degrés divers de compétence, parfois médiocres) et 64% d'entre eux ne le savent pas du tout!
Par ailleurs, il n'est pas forcément indispensable pour les enfants d'apprendre très tôt une langue étrangère.  Il y a trop de facteurs entrant en ligne de compte pour qu'on puisse l'affirmer.   "L’enseignement et l’apprentissage des langues s’inscrivent donc dans un champ extraordinairement complexe dont aucune recherche n’a, à ce jour, complètement démêlé l'écheveau. En la matière, il faut absolument éviter les simplifications et les jugements à l’emporte-pièce.'" écrit-il.   

"Le débat sur les langues en quinze questions: arguments, faits et chiffres" est publié sur le site de l'Université de Genève.

S'il s'agit d'une mise au point sur la question des langues dans un pays qui en compte au moins 3 (français, allemand et italien), il est cependant susceptible d'éclairer les divers débats sur l'épineuse question de l'apprentissage des langues partout dans le monde.

On me pardonnera de ne retenir ici que deux points, que je ne vais pas commenter (vous le ferez, chers lecteurs), mais qui me paraissent aller à rebours des opinions généralement répandues.
Je me contenterai donc d'extraits (citations) de ce document de 44 pages.

Question n° 9

9. L’anglais n’est-il pas la seule langue qui compte vraiment à l’international, notamment pour le commerce extérieur ?
Oui, l’anglais est important, essentiel même, et comme on l’a dit plus haut, apprenons-le. Il n’y a aucune raison de s’en priver. Mais sa diffusion et son utilisation sont constamment surestimées.
L’anglais serait la langue étrangère la plus répandue parmi les Européens ? Certes. Mais elle n’est pas parlée par tous les Européens, loin de là. Selon les données Eurobaromètre de 2012, 7% de ceux qui savent l’anglais comme langue étrangère le savent « très bien », et 17% le savent « bien ». Mais 12% n’ont que des bases d’anglais et 64% d’entre eux ne le savent pas du tout. Ces chiffres corroborés par l’Enquête sur l’éducation des adultes (2011) qui compte plus de 200'000 observations répartis dans 23 pays.

L’anglais est la langue maternelle de quelque 7% de la population mondiale, et selon les estimations (ou, plus précisément, selon les critères de compétence qu’on adopte pour dire que quelqu’un « parle » une langue), on multipliera ce pourcentage par deux (au moins) ou par trois et demi (au plus) pour avoir un ordre de grandeur du pourcentage de la population mondiale qui sait l’anglais ou au moins se débrouille dans cette langue. Il reste que 70% de la population mondiale ne sait pas l’anglais. Affirmer, comme certains journalistes le répètent trop hâtivement, que « l’anglais est la langue universelle » n’est même pas une approximation ou une imprécision : c’est de l’aveuglement, ou c’est une tromperie sur la marchandise.
Dire que l’anglais est « la langue des affaires » est un autre exemple de vision tronquée et trompeuse : oui, bien sûr, c’est une langue très utile, mais ce n’est pas la seule langue utile. On l’a noté dans le cas de la Suisse ; on peut en dire autant à l’échelle mondiale. De récentes études (qualitatives et non quantitatives, il est vrai), réalisées dans le cadre d’un vaste projet de recherche européen sur une quinzaine de pays, montrent que même dans des multinationales où l’on proclame que tout se passe en anglais car ce serait la langue « officielle » de l’entreprise, la réalité est toute autre, car les employés, dans les faits, utilisent constamment diverses langues, à commencer par leur langue maternelle autre que l’anglais. La réalité de la vie économique est plurilingue.

En commerce international, bien des transactions peuvent avoir lieu en anglais. Mais quand la concurrence est vive pour une commande en Allemagne ou en Autriche, et même si le client germanophone comme le fournisseur romand savent tous deux l’anglais, le fournisseur romand qui peut passer à l’allemand bénéficiera, toutes autres choses égales par ailleurs, d’un petit plus par rapport au concurrent britannique, espagnol ou finnois qui n’aurait pas l’allemand dans son répertoire. Cela ne marchera évidemment pas à tous les coups, mais tendanciellement, c’est un avantage. De façon symétrique, un Alémanique qui sait le français dispose d’un atout sur les marchés français, algérien, malgache ou canadien.
Selon une analyse économétrique des flux du commerce international publiée en 2012, les échanges entre deux pays francophones sont 22% plus élevés que ceux qu’on observe entre deux pays comparables en termes de population, de PIB par tête ou de participation à un accord commercial mais qui n’ont pas le français en commun."

Question n° 11
11. Les avis sur la question de l’âge idéal d’apprentissage des langues étrangères sont contradictoires. Est-il réellement important de les aborder dès le plus jeune âge ?
Ce n’est pas indispensable, mais c’est souhaitable, et il y a toutes sortes d’excellentes raisons de commencer tôt.
C’est malheureux, mais cette question est à présent instrumentalisée dans le débat public, y compris par ceux qui, jusqu’alors, n’avaient cure de ces questions pédagogiques.
Rappelons d’abord que le succès dans l’apprentissage des langues étrangères dépend de plusieurs facteurs, qu’on peut classer en trois grands groupes.
(...)   [ici, Pr Grin cite: environnement familial, autres facteurs (qui) relèvent du système éducatif, facteurs sociétaux... ]
L’enseignement et l’apprentissage des langues s’inscrivent donc dans un champ extraordinairement complexe dont aucune recherche n’a, à ce jour, complètement démêlé l'écheveau. En la matière, il faut absolument éviter les simplifications et les jugements à l’emporte-pièce.
Qu’en est-il, dès lors, d’un de ces facteurs, à savoir l’âge auquel on apprend une langue ? Limitons-nous ici à deux remarques.
Premièrement, l’âge n’est pas déterminant : on peut apprendre une langue à tout âge, en exploitant relativement plus, ou relativement moins, différentes stratégies d’apprentissage. Il est vrai que plus les années avancent, moins on a de temps et d’espace mental à consacrer à l’apprentissage d’une langue. En outre, la difficulté, objective ou subjective, de l’apprentissage d’une langue peut évoluer avec l’âge, notamment pour ce qui a trait à ce que, pour faire simple, on appellera « l’accent ».8 Mais l’apprentissage tardif n’est nullement exclu.
Deuxièmement, l’effet de l’âge n’est pas linéaire.  (...)

Voilà.

J'espère que ces quelques nouvelles donneront à certains envie de s'informer plus amplement sur la question "des" langues, et notamment... aux journalistes de Mediapart, qui cependant, je le crains, ne connaissent guère mon blog. 

A vos claviers pour commenter et débattre!

... Par exemple sur  "En la matière, il faut absolument éviter les simplifications et les jugements à l’emporte-pièce.'"   Or, en matière de langues, on verra dans de nombreux billets que j'ai produits, que... les jugement à l'emporte-pièce dominent en matière de langues...
Voir également le débat amorcé dans "Ce que parler veut dire",  article "Méprisons la langue française 31"

 

(NB * "Frapper", puisque ce n'est pas le premier document "hors doxa" produit par cet économiste spécialisé dans les langues.)

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