Le mythe trompeur de l'anglais: ni démocratique, ni rentable

Courant Novembre, Tullio De Mauro,  linguiste et ancien ministre de l'enseignement en Italie, a livré une interview au journal "Il Corriere della Sera". Dans cet entretien, il soutenait en gros que le projet de faire de l'anglais la principale langue commune de l'Europe ne présentait pas -à ses yeux-  d'inconvénient majeur.L'économiste des langues  Michele Gazzola, qui oeuvre en Suisse, lui a répondu. Voici la traduction en français de son texte  (voir le PDF joint)

Courant Novembre, Tullio De Mauro,  linguiste et ancien ministre de l'enseignement en Italie, a livré une interview au journal "Il Corriere della Sera". Dans cet entretien, il soutenait en gros que le projet de faire de l'anglais la principale langue commune de l'Europe ne présentait pas -à ses yeux-  d'inconvénient majeur.
L'économiste des langues  Michele Gazzola, qui oeuvre en Suisse, lui a répondu.
Voici la traduction en français de son texte  (voir le PDF joint)
En résumé, le docteur en recherche de gestion de la communication multilingue qu'est M Gazzola répond ceci:

(...) Certains observateurs supposent que miser sur une langue unique, c'est-à dire l'anglais, serait le juste choix pour permettre l'émergence d'un espace public européen et d'un sentiment de solidarité continentale.
Il est justifié de se montrer sceptique à ce sujet

(...)   Dans l'Union Européenne l'anglais est la langue maternelle d'environ 13% des citoyens. L'anglais n'est donc pas, et ne peut être une langue « neutre » comme le fut le latin médiéval ou l'espéranto, n'en déplaise à ceux qui croient dans le « globish ».Dans une Europe anglophone, le locuteur natif de l'anglais jouirait d'avantages indiscutables, et, à bien des égards, inacceptables.

(...)    56% des Allemands et 51% des Grecs déclarent avoir une connaissance au moins scolaire de l'anglais, mais cela n'a pas empêché qu'à l'occasion du déclenchement de la crise de la dette dans la zone euro ait surgi une méfiance profonde et réciproque entre les opinions publiques des deux pays.

Diverses études montrent au contraire que l'usage prédominant de l'anglais comme langue unique en Europe pour les affaires politiques et économiques fait obstacle à la construction d'une véritable démocratie européenne plus qu'il ne la favorise. De fait l'anglais est une langue très bien sue pour seulement une infime minorité de citoyens européens. Malgré des décennies d'enseignement dans les écoles, seuls 7 à 8% de la population européenne de langue maternelle autre que l'anglais déclare avoir une connaissance très bonne de cette langue, c'est-à-dire une compétence linguistique adéquate pour participer aux activités politiques dans une démocratie anglophone. Il n'y a pas de grande différences entre les générations, alors que que la connaissance tend à se concentrer chez les citoyens européens appartenant aux franges les plus instruites de la population, et aux professions aux revenus les plus élevés. En somme une politique monolingue créerait des inégalités entre les Etats-Membres et entre les couches sociales, alimentant des sentiments d'éloignement envers les institutions européennes. 

(...)    A ceux qui objectent que garantir la communications dans les 24 langues officielles de l'Union revient trop cher, on fera remarquer que le multilinguisme ne coûte aux contribuables que 0,0085% du PIB de l'ensemble des 28 états-membres, moins de 1% du budget des institutions européennes, et à peine plus de deux euros par an pour chaque citoyen. Il est difficile d'affirmer qu'il s'agit de coûts insupportables, en particulier si on les compare aux coûts de l'inégalité d'une Europe monolingue.

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 L'intégralité du texte peut se lire en italien ici, et dans ma traduction dans le PDF joint à ce billet.

 


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