"Vous, les Français, vous êtes nuls en langues!"

Les Français seraient "nuls en langues"... Et surtout en anglais, "of course"! Voilà ce qui se dit et se répète, au mépris de toute réalité. Au point qu'on peut s'interroger sur la provenance de ce "french bashing". N'y aurait-il pas autant d'autoflagellation là-dedans (car une partie des Français, pour des raisons assez obscures, renforce cette "légende urbaine") que de manipulation venue de l'extérieur? La France a longtemps été méfiante vis-à-vis de l'Atlantisme, et au temps du "Grand Charles" elle résistait au nivellement culturel qui se profilait déjà. Que certains aient voulu l'en châtier, ce ne serait pas impossible...

Les Français seraient "nuls en langues"... Et surtout en anglais, "of course"!
Voilà ce qui se dit et se répète, au mépris de toute réalité. Au point qu'on peut s'interroger sur la provenance de ce "french bashing". N'y aurait-il pas autant d'autoflagellation là-dedans (car une partie des Français, pour des raisons assez obscures, renforce cette "légende urbaine") que de manipulation venue de l'extérieur? La France a longtemps été méfiante vis-à-vis de l'Atlantisme, et au temps du "Grand Charles" elle résistait au nivellement culturel qui se profilait déjà. Que certains aient voulu l'en châtier, ce ne serait pas impossible...Une enquête de 2001 (eurobaromètre, reproduit ci-dessous), citée par le professeur François Grin (dans son rapport de 2005), comparait les niveaux de divers peuples  européens en anglais.
Rien de très suprenant dans les résultats, du moins pour les gens prudents, dotés de bon sens et aimant à vérifier ce qu'on leur affirme.
En gros, plus on est vieux, moins on parle anglais, et le Nord de l'Europe  est globalement bien plus performant que le Sud, mais parfois les différences sont minimes entre les peuples réputés "bons" et ceux réputés "pratiquement nuls". Et nous, Français, nous situons dans une honnête moyenne.
L'objet principal de ce billet étant de faire le récit authentique de ce qui m'est arrivé l'été 2006 à l'Auberge de Jeunesse-camping de Florence, je reviendrai sur tout cela dans un autre billet, mais j'ai déjà abordé le sujet de l'insistante  rumeur dans le billet Les "moulins à vent" et le "storytelling".

C'était donc en Italie, dans cette ville toscane de culture et d'art, que se tenait cette année-là le congrès mondial d'espéranto.
Mon mari et moi y étions allés en "véhicule de loisir équipé", un Jumper aménagé. Nous avions reçu, lors de notre inscription,  l'adresse de la "Villa Camerata" comme l'endroit le plus commode pour camper.
Nous n'étions pas les seuls à avoir fait ce choix dans le cadre du congrès. Un bon quart des lits de l'Auberge, et autant de places de camping devaient être occupés par des espérantistes en congrès. Lesquels sont très largement polyglottes.

Un congrès mondial d'espéranto dure une semaine, du samedi au samedi. Arrivés un vendredi soir, nous avions annoncé rester une semaine.
Et voici que le jeudi, rentrant du congrès à l'heure du dîner, nous trouvons sur notre véhicule (immatriculé en France) une feuille sur laquelle on pouvait lire "Please, come at the reception to say if you want to leave tomorrow." (ou quelque chose de similaire). Pas une tentative de communiquer en italien... et encore moins en français. Non: anglais for everyboby!
Cela me met toujours en boule de constater que partout, les touristes sont censés parler anglais, et pas la langue du cru... ou du moins sa langue maternelle (entre latins, tout de même!!!).

Me vint alors l'idée d'une petite comédie, que je croyais innocente et sans conséquence.
Saisissant le papier, je me rends à la réception, et je dis avec un grand sourire à l'employée de service:

"Buona sera. Ho trovato questo sulla mia macchina. Io sono francese, potete dirmi perché è in inglese, e che cosa significa?" (Bonsoir. J'ai trouvé ça sur ma voiture, Je suis française, vous pouvez me dire pourquoi c'est en anglais, et ce que ça veut dire?)

Regard énervé de la jeunette... qui, sans vraiment réaliser que je parlais dans sa propre langue, me répond: "Communque, voialtri Francesi, siete nulli in lingue!" (Vous autres les Français,  de toutes façons vous êtes nuls en langues).

- Veramente? E che cosa sto parlando ora, non l'hai notato? L'italiano forse non è una lingua? E dimmi qualcosa: a un'inglese che sa parlare solo l'inglese, non dici che è nullo in lingue? Sai, anche l'inglese lo so parlare, ma mi dispiace vedere che le altre lingue vengono sempre usate di meno."
(Vraiment? Et qu'est ce que je parle, là, tu ne l'as pas remarqué? L'italien, ce n'est pas une langue, peut-être? Et dis-moi un truc:  un anglais qui ne sait parler que l'anglais, tu ne lui dis pas qu'il est nul en langues! Tu sais, l'anglais je le parle, mais ça me déplait que les autres langues soient de moins en moins utilisées)

J'étais vraiment en pétard.
Et je le suis toujours d'ailleurs. Les Italiens, en pourcentage, sont de plus en plus nombreux à apprendre l'anglais et délaissent le français. C'est un comble pour des Latins, d'utiliser entre eux l'anglais!

Il m'est arrivé pas mal d'autres choses du genre au cours de mes voyages. L'obsession de parler anglais bouffe tout, applanit tout au point qu'il prend toute la place.  Vous pouvez être trilingue, quadrilingue, si vous ne parlez pas anglais, certains vous regarderont comme une sous-merde.
Parce que c'est aussi (et pour certains avant tout) cela, parler anglais: un marqueur social, un savoir "discriminant", qui trie d'un côté les gens respectables, de la même catégorie que vous, et de l'autres les incapables, faignants ou crétins (dont les braves gens n'aiment pas que... ils suivent une autre route qu'eux).

Je n'ai peut-être pas eu de chance ce jour-là, peut-être que je suis tombée sur l'employée la plus stupide (et par ailleurs la plus discourtoise) du lieu... Ou peut-être que les autres étaient comme elle? Je ne le saurai jamais.
Mais quoi qu'il en soit, ça en dit long sur le décervelage d'une grande partie de la population européenne.

Parce que cette histoire des Français "nuls en langues", c'est du pipeau intégral. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur le fait d'assimiler "leS langueS" au seul  anglais.

J'ai voyagé, j'ai vu et entendu des gens de tous pays parler (et aussi, comme au Japon, NE PAS savoir parler) anglais, et je sais par expérience que nous nous situons grosso modo dans une fourchette pas très éloignée de ce qui existe ailleurs.
Et donc, cela me paraît très inquiétant, ce manque de lucidité de nos contemporains qui véhiculent ainsi des rumeurs sans jamais se demander si ce qu'ils affirment est vrai.

Non, non, et encore non, les Français ne sont pas plus nuls en langues que les autres peuples.
Ils ont sans doute des performances EN ANGLAIS un peu moins brillantes que celles des peuples du Nord de l'Europe (surtout les Scandinaves qui sont très imprégnés dès leur plus jeune âge, avec des conséquences inquiétantes), mais ne doutons pas que si la 1ere langue enseignée dans les école d'Europe était l'espagnol ou l'italien, tout le Sud deviendrait plus "brillant", car on semble l'ignorer, tous les autres Latins (Italie, Espagne, Portugal) viennent encore derrière nous, en termes statistiques, pour ce qui concerne la connaissance de l'anglais. Un enseignement intensif fait qu'ils nous rattrappent peu à peu, mais... en tous cas ils ne sont pas globalement "meilleurs". Alors arrêtons de nous autoflageller, et luttons pour une véritable équité linguistique, au lieu de pratiquer la "servitude volontaire"...

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Remarque du 2 avril: Au fait, merci aux commentateurs... et aux 66 "recommander" de Facebook (à ce jour)



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