Dominique C
J'étais enseignante en milieu rural. Maintenant j'agis dans le domaine associatif...
Abonné·e de Mediapart

224 Billets

9 Éditions

Billet de blog 22 févr. 2014

"Vous, les Français, vous êtes nuls en langues!"

Les Français seraient "nuls en langues"... Et surtout en anglais, "of course"! Voilà ce qui se dit et se répète, au mépris de toute réalité. Au point qu'on peut s'interroger sur la provenance de ce "french bashing". N'y aurait-il pas autant d'autoflagellation là-dedans (car une partie des Français, pour des raisons assez obscures, renforce cette "légende urbaine") que de manipulation venue de l'extérieur? La France a longtemps été méfiante vis-à-vis de l'Atlantisme, et au temps du "Grand Charles" elle résistait au nivellement culturel qui se profilait déjà. Que certains aient voulu l'en châtier, ce ne serait pas impossible...

Dominique C
J'étais enseignante en milieu rural. Maintenant j'agis dans le domaine associatif...
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les Français seraient "nuls en langues"... Et surtout en anglais, "of course"!
Voilà ce qui se dit et se répète, au mépris de toute réalité. Au point qu'on peut s'interroger sur la provenance de ce "french bashing". N'y aurait-il pas autant d'autoflagellation là-dedans (car une partie des Français, pour des raisons assez obscures, renforce cette "légende urbaine") que de manipulation venue de l'extérieur? La France a longtemps été méfiante vis-à-vis de l'Atlantisme, et au temps du "Grand Charles" elle résistait au nivellement culturel qui se profilait déjà. Que certains aient voulu l'en châtier, ce ne serait pas impossible...Une enquête de 2001 (eurobaromètre, reproduit ci-dessous), citée par le professeur François Grin (dans son rapport de 2005), comparait les niveaux de divers peuples  européens en anglais.
Rien de très suprenant dans les résultats, du moins pour les gens prudents, dotés de bon sens et aimant à vérifier ce qu'on leur affirme.
En gros, plus on est vieux, moins on parle anglais, et le Nord de l'Europe  est globalement bien plus performant que le Sud, mais parfois les différences sont minimes entre les peuples réputés "bons" et ceux réputés "pratiquement nuls". Et nous, Français, nous situons dans une honnête moyenne.
L'objet principal de ce billet étant de faire le récit authentique de ce qui m'est arrivé l'été 2006 à l'Auberge de Jeunesse-camping de Florence, je reviendrai sur tout cela dans un autre billet, mais j'ai déjà abordé le sujet de l'insistante  rumeur dans le billet Les "moulins à vent" et le "storytelling".
C'était donc en Italie, dans cette ville toscane de culture et d'art, que se tenait cette année-là le congrès mondial d'espéranto.
Mon mari et moi y étions allés en "véhicule de loisir équipé", un Jumper aménagé. Nous avions reçu, lors de notre inscription,  l'adresse de la "Villa Camerata" comme l'endroit le plus commode pour camper.
Nous n'étions pas les seuls à avoir fait ce choix dans le cadre du congrès. Un bon quart des lits de l'Auberge, et autant de places de camping devaient être occupés par des espérantistes en congrès. Lesquels sont très largement polyglottes.
Un congrès mondial d'espéranto dure une semaine, du samedi au samedi. Arrivés un vendredi soir, nous avions annoncé rester une semaine.
Et voici que le jeudi, rentrant du congrès à l'heure du dîner, nous trouvons sur notre véhicule (immatriculé en France) une feuille sur laquelle on pouvait lire "Please, come at the reception to say if you want to leave tomorrow." (ou quelque chose de similaire). Pas une tentative de communiquer en italien... et encore moins en français. Non: anglais for everyboby!
Cela me met toujours en boule de constater que partout, les touristes sont censés parler anglais, et pas la langue du cru... ou du moins sa langue maternelle (entre latins, tout de même!!!).
Me vint alors l'idée d'une petite comédie, que je croyais innocente et sans conséquence.
Saisissant le papier, je me rends à la réception, et je dis avec un grand sourire à l'employée de service:
"Buona sera. Ho trovato questo sulla mia macchina. Io sono francese, potete dirmi perché è in inglese, e che cosa significa?" (Bonsoir. J'ai trouvé ça sur ma voiture, Je suis française, vous pouvez me dire pourquoi c'est en anglais, et ce que ça veut dire?)
Regard énervé de la jeunette... qui, sans vraiment réaliser que je parlais dans sa propre langue, me répond: "Communque, voialtri Francesi, siete nulli in lingue!" (Vous autres les Français,  de toutes façons vous êtes nuls en langues).
- Veramente? E che cosa sto parlando ora, non l'hai notato? L'italiano forse non è una lingua? E dimmi qualcosa: a un'inglese che sa parlare solo l'inglese, non dici che è nullo in lingue? Sai, anche l'inglese lo so parlare, ma mi dispiace vedere che le altre lingue vengono sempre usate di meno."
(Vraiment? Et qu'est ce que je parle, là, tu ne l'as pas remarqué? L'italien, ce n'est pas une langue, peut-être? Et dis-moi un truc:  un anglais qui ne sait parler que l'anglais, tu ne lui dis pas qu'il est nul en langues! Tu sais, l'anglais je le parle, mais ça me déplait que les autres langues soient de moins en moins utilisées)

J'étais vraiment en pétard.
Et je le suis toujours d'ailleurs. Les Italiens, en pourcentage, sont de plus en plus nombreux à apprendre l'anglais et délaissent le français. C'est un comble pour des Latins, d'utiliser entre eux l'anglais!
Il m'est arrivé pas mal d'autres choses du genre au cours de mes voyages. L'obsession de parler anglais bouffe tout, applanit tout au point qu'il prend toute la place.  Vous pouvez être trilingue, quadrilingue, si vous ne parlez pas anglais, certains vous regarderont comme une sous-merde.
Parce que c'est aussi (et pour certains avant tout) cela, parler anglais: un marqueur social, un savoir "discriminant", qui trie d'un côté les gens respectables, de la même catégorie que vous, et de l'autres les incapables, faignants ou crétins (dont les braves gens n'aiment pas que... ils suivent une autre route qu'eux).
Je n'ai peut-être pas eu de chance ce jour-là, peut-être que je suis tombée sur l'employée la plus stupide (et par ailleurs la plus discourtoise) du lieu... Ou peut-être que les autres étaient comme elle? Je ne le saurai jamais.
Mais quoi qu'il en soit, ça en dit long sur le décervelage d'une grande partie de la population européenne.
Parce que cette histoire des Français "nuls en langues", c'est du pipeau intégral. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur le fait d'assimiler "leS langueS" au seul  anglais.
J'ai voyagé, j'ai vu et entendu des gens de tous pays parler (et aussi, comme au Japon, NE PAS savoir parler) anglais, et je sais par expérience que nous nous situons grosso modo dans une fourchette pas très éloignée de ce qui existe ailleurs.
Et donc, cela me paraît très inquiétant, ce manque de lucidité de nos contemporains qui véhiculent ainsi des rumeurs sans jamais se demander si ce qu'ils affirment est vrai.
Non, non, et encore non, les Français ne sont pas plus nuls en langues que les autres peuples.
Ils ont sans doute des performances EN ANGLAIS un peu moins brillantes que celles des peuples du Nord de l'Europe (surtout les Scandinaves qui sont très imprégnés dès leur plus jeune âge, avec des conséquences inquiétantes), mais ne doutons pas que si la 1ere langue enseignée dans les école d'Europe était l'espagnol ou l'italien, tout le Sud deviendrait plus "brillant", car on semble l'ignorer, tous les autres Latins (Italie, Espagne, Portugal) viennent encore derrière nous, en termes statistiques, pour ce qui concerne la connaissance de l'anglais. Un enseignement intensif fait qu'ils nous rattrappent peu à peu, mais... en tous cas ils ne sont pas globalement "meilleurs". Alors arrêtons de nous autoflageller, et luttons pour une véritable équité linguistique, au lieu de pratiquer la "servitude volontaire"...
--------------------

Remarque du 2 avril: Au fait, merci aux commentateurs... et aux 66 "recommander" de Facebook (à ce jour)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Husain, Shahwali, Maryam... : ces vies englouties au large de Calais
Qui sont les vingt-sept hommes, femmes et enfants qui ont péri dans la Manche en tentant de rallier la Grande-Bretagne ? Il faudra des semaines, voire des mois pour les identifier formellement. Pour l’heure, Mediapart a réuni les visages de dix de ces exilés, afghans et kurdes irakiens, portés disparus depuis le naufrage du 24 novembre.
par Sarah Brethes (avec Sheerazad Chekaik-Chaila)
Journal — Éducation
« On veut comprendre pourquoi le collège n’a rien fait »
Près d’un mois après le suicide de Dinah, 14 ans, ses parents ont déposé plainte pour « harcèlement » et accusent le collège de non-assistance à personne en danger. Plusieurs témoins dénoncent la passivité de l’établissement. La direction dément tout dysfonctionnement.
par David Perrotin
Journal
Étudiants précaires : une petite prime et des bugs
Plutôt que de réformer le système des bourses, le gouvernement a décidé d’accorder une prime inflation de 100 euros aux étudiants boursiers. Les serveurs du Crous n’ont pas tenu le choc, les bugs se sont multipliés et nombre d’étudiants n’ont pas pu faire leur demande dans les délais.
par Khedidja Zerouali
Journal
Professeurs non remplacés : la Cour des comptes dénonce une « défaillance institutionnelle »
Dans un rapport publié jeudi, les magistrats financiers se penchent sur les absences des enseignants qui font perdre aux élèves 10 % d’heures de cours dans les lycées. Les deux tiers sont liés à une mauvaise organisation de l’Éducation nationale.
par Faïza Zerouala

La sélection du Club

Billet de blog
Ne vous en déplaise, Madame Blanc
Plusieurs médias se sont fait l’écho des propos validistes tenus par Françoise Blanc, conseillère du 6ème arrondissement de Lyon du groupe « Droite, Centre et Indépendants » lors du Conseil municipal du 18 novembre dernier. Au-delà des positions individuelles, cet épisode lamentable permet de cliver deux approches.
par Elena Chamorro
Billet de blog
SOS des élus en situation de handicap
Voilà maintenant 4 ans que le défenseur des droits a reconnu que le handicap était le 1er motif de discrimination en France, pourtant les situations de handicap reconnues représentent 12% de la population. Un texte cosigné par l’APHPP et l’association des élus sourds de France.
par Matthieu Annereau
Billet de blog
Handicap, 4 clés pour que ça change !
Engagée depuis vingt ans pour l’égalité des droits de toutes et tous, je constate comme chacun que les choses avancent très peu. Les changements arriveront lorsqu’il sera compris que le handicap est un sujet social dont tout le monde doit s’emparer. Le 3 décembre, journée internationale du handicap : voici 4 solutions pour qu’advienne enfin une société inclusive !
par Anne-Sarah Kertudo
Billet de blog
Exaspération
Rien n’est simple dans la vie. Ce serait trop facile. À commencer par la dépendance physique à perpétuité à des tiers, professionnels ou non. Peut-être la situation évoluera-t-elle un tant soit peu lorsque les écoles de formation aux métiers du médico-social et du médical introduiront la Communication NonViolente (CNV) et le travail en pleine conscience dans leurs modules ?
par Marcel Nuss