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Billet de blog 26 août 2010

Langue française : regrets d'une gloire passée?

L'offensive (contre la fierté de certains français pour leur langue) pourrait paraître légitime: après tout, n'avons-nous pas été des colonisateurs se souciant très peu de détruire les cultures de ceux qu'ils estimaient moins "civilisés"? "

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L'offensive (contre la fierté de certains français pour leur langue) pourrait paraître légitime: après tout, n'avons-nous pas été des colonisateurs se souciant très peu de détruire les cultures de ceux qu'ils estimaient moins "civilisés"? "
La roue tourne", disent certains. Le latin "lingva franca"... puis le français parlé dans toutes les cours d'Europe, maintenant l'anglais, quoi d'inquiétant à cela? Que l'on nous rabatte le caquet, n'est-ce pas "mérité"?

Des Français "arrogants", tournés vers leur "glorieux" passé...

Des Français refusant de parler aux touristes ne comprennant pas notre langue... Français grincheux, tournés vers leur nombril, refusant l'ouverture au monde. Le pinard, le béret basque et la baguette sous le bras.

Voilà la fable qui se colporte depuis maintenant plusieurs décennies. Bien entendu, pour qu'une fable soit crédible, il est nécessaire qu'elle contienne quelques éléments de vérité, même si c'est l'arbre qui cache la forêt.

ASSEZ !

Comment pouvons-nous être bêtes au point d'accepter d'endosser cette caricature ? Alors que nous nous insurgeons devant le portrait du Tzigane "voleur de poules", celui de l'Allemand "hyper discipliné", du Grec "amateur d'éphèbes" (j'en passe et des pires!!!), nous ne récusons pas ce portrait peu ragoûtant du Franchouillard replié sur lui-même, et (hurlant souvent avec la meute), certains d'entre nous en rajoutent encore dans l'autodénigrement.

ASSEZ!

Impliquée, depuis plus de deux décennies, dans la lutte émancipatrice pour l'équité linguistique, de nombreuses conversations m'ont conduite à cette hypothèse: ce qu'on décrit ainsi, c'est le comportement historique d'une partie seulement des Français, à savoir une classe sociale aisée.
La moyenne ou haute bourgeoisie avait en effet, à la fin du XIX è siècle et au début du XX è les moyens d'apprendre les langues étrangères, mais ne le faisait pas forcément. A vrai dire, on peut penser qu'elle ne le faisait presque jamais.
Peut-être les Britanniques (de la même classe sociale) le faisaient-il un peu plus * (1)... Je ne dispose pas des moyens de le vérifier.

En tous cas, la réalité actuelle est bien loin de ce repoussoir qu'on nous sert à toutes les sauces, et dont la fonction *(2) (je l'ai souligné dans la conclusion d'un autre billet) est, nous faisant honte, de nous gêner dans la défense de notre culture, qui comprend aussi des valeurs émancipatrices.

Les "Français" ne sont pas un bloc homogène. En France il y a une grande diversité d'individus. Ceux qui, hier encore (pensons au délégué à la SDN en 1922) croyaient la langue française incontournable, sont issus aujourd'hui d'une pseudo-élite nous poussant à nous applatir devant le triomphe de la langue anglaise.

Le peuple, lui, maintenant comme naguère, subit...

  • Subit le fait de ne rien comprendre quand les "élites" anglophones prennent la parole.
  • Subit les longues heures (souvent peu efficaces) d'enseignement de l'anglais, pendant que les petits Britanniques ou Etats-Uniens font des sciences, de la musique ou du sport.
  • Subit et intériorise la honte d'échouer (au moins en partie) dans cet apprentissage.
  • Subit les quolibets des "gens bien" qui dénigrent leur monolinguisme.

Il voudrait bien, lui, le peuple, savoir parler cette "meeeeeeeveilleuse" langue qui, dit-on, ouvre d'innombrables sésames à ceux qui le parlent. Il fait son possible, le peuple. Et il croit qu'il est le seul dans son cas, alors que "le peuple" d'Italie, d'Espagne, du Portugal.. du Japon même!... ou de bien d'autres pays éprouve exactement les mêmes difficultés. Une enquête de 2000, publiée dans le rapport Grin, montrait qu'en matière de prtaique de l'anglais, nous étions à l'époque à peu près dans la moyenne européenne. Les Espagnols, Italien et Portuguais étaient même un peu moins compétents que nous!

Le peuple, il a oublié ce que disait (comme bien d'autres Français du peuple) mon grand-père, ouvrier agricole, dans les années 30: "L'espéranto, ce serait bien si tout le monde pouvait l'apprendre!!!". Non, il n'a pas "oublié", le peuple, mais on l'a effacé de sa mémoire collective, et voilà pourquoi il ne sait pas, il ne sait plus que ça a existé, que ça existe toujours, l'espéranto.

J'étais la semaine dernière avec mon ami Michael aux Journées d'été des Verts, et, au coin d'une conversation, voici ce qu'il m'a glissé: "En matière d'anglais, on fait des promesses aux gens sans se donner les moyens de réussir. On dit aux pauvres qu'on va leur donner la même chose qu'aux riches, mais c'est comme si on leur donnait une voiture sans le moteur.".

Voilà très bien résumée la politique linguistique de nombreux pays.

On affiche une volonté de "multilinguisme", on pousse l'anglais en avant comme le fédérateur indispensable de ce multilinguisme, et en fin de compte on accroît les difficultés des apprenants.

Non, en matière de langues, nous ne sommes pas (ou du moins ne sommes plus) spécialement infatués de notre langue, refusant les autres... Alors, pourquoi cette accusation récurrente? Peut-être parce qu'il s'agit de finir de briser la résistance que nous avons longtemps opposée à l'uniformisation?

Faisons un pari: introduisons des expérimentations d'espéranto dans deux ou trois centaines de classes maternelles et primaires pendant une dizaine d'années (ce serait facile et ça ne coûterait presque rien, le professeur F Grin, spécialiste de l'économie des langues l'a bien montré dans son rapport de 2005) puis évaluons pour voir si les petits Français sont toujours "nuls"!! Mais je rêve sans doute...

"I have a dream"... après tout, ça ne rate pas toujours, les rêves....

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* 1) c'est toujours le cas aujourd'hui, mais on trouve des appels à délaisser le français pour des langues plus "utiles", et en tous cas, les petits Britanniques, dont on avait pendant quelques années augmenté le nombre d'heures de langues dans le cursus, sont à nouveau dispensés d'apprendre une langue de l'Union). La GB fait la démarche inverse de celle des autres pays!

* 2) je ne dis pas "l'intention", mais on peut se le demander

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