Ils marchent de Sivens à la COP21

Ils sont une vingtaine. Tantôt un peu moins, tantôt un peu plus.Ils marchent, vers Paris, vers la COP21.Ils étaient partis de la ZAD du Testet, à Sivens. Je les ai accueillis chez moi, le temps d'une étape: une journée entre deux nuits.Qui sont-ils?

Ils sont une vingtaine. Tantôt un peu moins, tantôt un peu plus.
Ils marchent, vers Paris, vers la COP21.
Ils étaient partis de la ZAD du Testet, à Sivens. Je les ai accueillis chez moi, le temps d'une étape: une journée entre deux nuits.
Qui sont-ils?

Sans doute, les croisant sur la route ou en ville, quelques obtus bourgeois ou même des "prolos" craintifs et surtout conditionnés pas la médiacratie pourraient les regarder de travers.
Trois ou quatre d'entre eux (au plus une demi-douzaine) pourraient faire penser aux "punks-à-chiens" version très douce et bien élevée.
Une grosse partie est constituée de jeunes tout simplement, des jeunes en rupture (ou pas), des jeunes qui n'acceptent pas le monde que leur construisent les dominants de cette société.
Et puis il y a les deux "vieux", D et P. "Vieux" c'est-à dire plus de 40 balais, et même juste un peu plus que 50 pour le moustachu jardinier, qui est également inscrit chez les "Faucheurs".
Ces deux-là sont les garants du groupe, les garde-fous. Qui organisent l'intendance, qui trimballent le matos dans les remorques, canalisent les indignations. Des sortes de "papas" bienveillants mais souvent fermes.
Donc, pas du tout ce qu'on peut imaginer.

Des "zadistes" qui ont pris la route pour rencontrer des Français et tenter de leur porter un message.
Voyous? Violents? Pas le moins du monde.
Nous avions pourtant été mis en garde : "Ne les laissez pas seuls".  Mais, après avoir passé quelques heures avec eux, je n'ai pas hésité à partir faire des courses, et, que ce soit le jour ou la nuit, ils se sont bien conduits.
Mais les deux "vieux" m'ont dit qu'ils n'ont pas accepté n'importe qui dans leur groupe. Sur la ZAD sont restés quelques éléments incontrôlables qu'il n'était pas question d'intégrer à la marche.

Et puis, à la Maison des Peuples et de la Paix, le dimanche soir, on a brièvement croisé Pétov, l'Indien. Celui de la Vallée d'Aspe.
Il avait des contacts dans le coin, un point de chute, il n'est donc pas venu dormir avec les autres.
D'après ce qu'on a compris, ce serait lui qui aurait incité les jeunes marcheurs à cheminer sur le domaine de la future LGV,  au lieu d'emprunter la route. Résultat: 6 inculpations (ou bien 8 comme le dit la presse?), la comparution aura lieu en février 2016 à Angoulême.

Le dimanche 25 octobre, entre 18h30 et 19h un cortège sommaire, parti de la MPP  a rejoint la mairie d'Angoulême pour une sobre cérémonie à la mémoire de Rémi Fraisse. Quand ils parlent de ce dernier, certains ont les larmes aux yeux. J'avoue que moi aussi..

Je n'écris pas pour moi mais pour le monde et pour EUX aussi.

4 novembre

Je reprends ce billet, pour la suite.

Or donc, je suis allée à Tours pour des raisons familiales, et, au retour, me suis arrêtée pour leur faire un coucou et leur laisser quelques cartes.
Ils sont à Poitiers, et sans doute repartent demain, jeudi.
Il faisait bon dans le tipi, et, repartant au sud j'ai croisé le groupe qui revenait du centre-ville.
Je les trouve très beaux, un peu extravagants, ce qui est le privilège des gens vivants.
La relève est assurée, s'ils ne font pas défection une fois arrivés au tournant de la trentaine, on quarantaine.

Mais il y a tant de forces contraires, tant de gens morts en dedans, tant de germes de guerre, de germes de barbarie, et cette violence d'état... qu'on peut craindre que leur belle santé ne finisse par être battue en brèche.
Qui vivra verra...

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