Le troisième tour 2012 sera décisif

Pour les élections présidentielles françaises en 2012, les perspectives de la gauche et des écologistes ne sont ni réjouissantes a priori ni claires mais il est en revanche plus probable que le troisième tour sera décisif.

Pour les élections présidentielles françaises en 2012, les perspectives de la gauche et des écologistes ne sont ni réjouissantes a priori ni claires mais il est en revanche plus probable que le troisième tour sera décisif.

La montée du Front National rend tout pronostic incertain. Les appels au vote utile vont continuer à se multiplier pour finalement concentrer toutes les voix sur Dominique Strauss Kahn. Que le Front National soit au deuxième tour ou non, ce qui est certain, c'est que l'exaspération des français est à son comble, contre le gouvernement Sarkozy, contre les politiques en général, contre les privilèges et l'oligarchie, contre les financiers et leur obscénité, contre les conséquences sociales de la crise, contre la destruction des rapports sociaux dans les entreprises et la précarité généralisée, contre le folle augmentation du prix des loyers, contre l'incapacité à agir sérieusement en matière d'écologie, contre l'impuissance dans lequel chacun se sent. Mais cette exaspération partagée se traduit dans des solutions politiques très opposées, qui favorisent des expressions extrêmes et qui disqualifient les traditions politiques classiques, de gauche ou de droite. L'abstention massive est encore la forme la plus apaisée de la protestation. Mais la montée de la violence des rapports sociaux ordinaires, des relations entre partis, vis-à-vis de boucs émissaires divers, toujours et encore trouvés chez les immigrés, nous prépare des lendemains sombres.

Dans tous les cas de figure, à la fin des élections 2012, l'autre camp sera radicalisé car encore plus frustré et conscient que, décidément, les élections ne changent rien. Si Sarkozy était réélu, le peuple de gauche n'aurait plus aucune raison d'écouter les appels au calme des partis et des syndicats qui ont permis de faire rentrer dans le rang les formidables manifestations contre les retraites. Si Strauss-Kahn était élu, le peuple de droite, et encore plus celui d'extrême droite, se sentirait dans la même situation et passerait nécessairement à l'action. Dans tous les cas, ceux qui auront dû voter pour l'un ou l'autre pour barrer le Front National, s'il était présent au second tour, seront malades de frustration : voter pour Chirac en 2002 contre Le Pen, c'était déjà faire preuve d'un sens aigu du devoir républicain, voter pour Sarkozy en 2012 pour les mêmes raisons, ce serait beaucoup plus difficile encore !

Bref, la marmite des frustrations accumulera encore un peu plus de pression et il deviendra évident que les institutions de la Veme République sont à bout de souffle et sans soupape de sécurité. Dans tous les cas, donc, des mouvements sociaux profonds sont susceptibles d'émerger (ils pourraient émerger avant les élections, mais cette perspective permet encore de calmer les esprits).

Comment la gauche et les écologistes se saisissent-ils de ce climat et comment anticipent-ils une telle situation ? Le PS n'en a cure et n'a pas su donner de perspectives autres que 2012 aux manifestants de 2010. Lorsque Montebourg vise avec justesse l'économie financiarisée, ses propositions se limitent à l'emploi des leviers législatifs. Or, chacun peut imaginer que les résistances de ceux qui ont pillé les richesses nationales à leur profit depuis plus de 20 ans au détriment du travail, seront énormes. Comment préparer des appuis dans l'opinion mais surtout comment inventer des modes d'action qui redonnent prise aux personnes là où elles sont ? On ne peut plus se contenter de demander à des électeurs ; « faites nous confiance, on s'occupe de tout ! ». Il serait déjà possible, par exemple, de préparer le départ de milliers de clients des banques vers des banques réellement coopératives dont les placements financiers seraient transparents et orientés vers les entreprises, les vraies. On pourrait penser que les écologistes, adeptes de démocratie participative depuis toujours, seraient concernés par cette question. Mais non, c'est toujours la question du candidat à choisir qui prime ou la proposition d'un référendum sur le nucléaire (qui serait cependant une condition d'un accord avec le candidat du PS ?). Pourtant, il serait déjà possible d'encourager les clients d'EDF à choisir un fournisseur d'énergie verte (un vrai !), à s'organiser pour le transport partagé et pour contrôler la qualité de l'offre de transports en commun, par exemple. Toute la mouvance écologiste sur le terrain se distingue justement par sa capacité à inventer des solutions pratiques à mettre en œuvre individuellement et de façon coopérative.Mais bien d'autres modes d'action sont possibles et surtout à imaginer pour en finir avec ce sentiment d'impuissance et avec ce rapport de délégation définitive du pouvoir aux élus et aux partis. Les partis dits à gauche de la gauche pourraient avoir des propositions d'action hors du champ électoral, qui préparerait à ce troisième tour. Mais non, à part des manifestations, des pétitions, rien de nouveau dans leur répertoire d'actions. Et pourtant, à l'exception de la victoire contre le CPE, depuis dix ans, ces méthodes n'ont conduit qu'à des échecs des mouvements sociaux. Alors que, par exemple, les réseaux numériques permettent d'organiser la solidarité active avec des grévistes sur le plan financier, alors qu'il est possible de mener une vraie guerre informationnelle pour mettre au jour tous les plans des grands groupes ou du gouvernement pour paralyser certains de leurs projets.

La désobéissance civile, les boycotts, les blocages, les réseaux sociaux, les actions où chacun peut jouer un rôle, même discret, seront nécessaires soit pour soutenir la gauche lorsqu'elle prendra des mesures justes, soit pour bloquer la droite. Le troisième tour aura lieu de toutes façons et l'expression des frustrations prendra des formes violentes si on ne prépare pas maintenant un changement dans les formes d'action collectives. Reprendre DU pouvoir, ce n'est pas attendre que des élus reprennent LE pouvoir : les ressources existent, la gauche et les écologistes doivent déjà préparer une mobilisation responsable et constructive, coopérative et imaginative, pour éviter de devoir subir un troisième tour violent et sans issue. Contre la finance, contre le racisme et contre l'irresponsabilité écologique, des objectifs précis et gagnables collectivement doivent déjà être proposés. C'est maintenant que ce troisième tour se prépare.

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