Première appli pour le supérieur « enjeux sociopolitiques du numérique »

Oui j'ai récidivé ! Après avoir créé le premier diplome en ligne à l'UTC en 1997 (15 cours sur l'ingénierie de la doc technique, sur la plate-forme Learning Space), qui a duré 10 ans, je viens de lancer une appli mobile (Android et iOS) pour diffuser une version mobile de mon cours « enjeux sociopolitique du numérique » que je donne à Sciences Po depuis 6 ans.

Oui j'ai récidivé ! Après avoir créé le premier diplome en ligne à l'UTC en 1997 (15 cours sur l'ingénierie de la doc technique, sur la plate-forme Learning Space), qui a duré 10 ans, je viens de lancer une appli mobile (Android et iOS) pour diffuser une version mobile de mon cours « enjeux sociopolitique du numérique » que je donne à Sciences Po depuis 6 ans. C'est une première pour l'enseignement supérieur (ou du moins je le crois, si on m'apporte la preuve du contraire, je démentirai illico!).


Ni un MOOC ni un jeu

Car il ne s'agit pas de porter un MOOC sur mobile avec du responsive design ni même en appli comme le fait Coursera (avec des vidéos de 20 minutes sans problème!!!) mais de concevoir une véritable innovation pédagogique qui exploite les potentiels ( et les limites) de notre vie connectée à nos smartphones. Les MOOC reproduisaient des principes de diffusion de masse issus des médias et des cours magistraux. Ici les vidéos sont conçues dans la durée comme dans l'écriture pour être adaptées au contexte d'attention intermittente de la mobilité. Mais ce que l'on perd ainsi est récupéré par une proposition pédagogique de challenges, de défis à réaliser par équipes, ce qui permet de travailler dans la durée.

La coopération comme ressort pédagogique clé

Cette "mobile class" est donc fondamentalement coopérative car c'est de cette expérience dont nous avons besoin partout, et non de compétition, d'isolement et de fermeture propriétaire. C'est donc bien un projet pédagogique politique, qui n'est pas du tout dans la lignée des MOOC, qui n'est pas non plus techno pour la techno, mais qui possède une visée pédagogique affirmée, orientée vers la génération qui sort du lycée et entre à la fac. Pour la désintoxiquer du solutionnisme technologique, pour lui montrer qu'il y a certes des choses passionnantes à faire avec le numérique à condition de ne pas copier ce que font les voisins et de ne pas se coucher devant la toute puissance des plates-formes (suivez mon regard !) . Les maitres mots du cours : "amplification" et aussi "pluralisme des architectures techniques", bref, de la démocratie dans la technique, ça ne ferait pas de mal, non?

Téléchargeable sur Android Google play store et sur l'app store de Apple gratuitement.

Avis critiques bienvenus!

Voici l'article de Sciences Po sur cette appli

 

Sciences Po lance le 1er octobre son premier cours en “mobile class” : une application du cours “Enjeux sociopolitiques du numérique” entièrement conçue pour les smartphones. Objectif : se réapproprier l’innovation digitale grâce aux sciences sociales. Explications avec Dominique Boullier, professeur à Sciences Po et auteur de ce cours.

Pourquoi créer un cours sur smartphone ?

Dominique Boullier : Plus de la moitié de l’humanité possède un téléphone portable : c’est devenu le premier point d’entrée pour tous les contenus, y compris l’éducation. Nous voulions nous appuyer sur ce nouveau support, et proposer un cours pensé spécialement - et exclusivement - pour cet outil et ses usages. L’application “Enjeux sociopolitiques du numérique” ne sera d’ailleurs disponible que sur smartphone. Nous voulons proposer une véritable expérience de “mobile class” : une salle de cours qui tient dans la poche, avec son prof, sa leçon, ses étudiants et ses discussions.

À quoi ressemble cette “mobile class” ? En quoi ces contenus sont-ils spécialement adaptés aux smartphones ?

D. B. : L’accès à la classe est très simple : il s’agit d’une appli gratuite qui donne accès à huit “saisons” de cours. La première saison est accessible directement. Pour voir les suivantes, il suffit de s’inscrire avec une adresse e-mail. Chaque saison comprend six vidéos de 2 minutes 30 chacune et d’autres documents. Sur smartphone, l’attention des usagers est intermittente, interrompue par de nombreuses sollicitations. Nous avons composé avec ce régime d’attention particulier et calibré ces vidéos en conséquence.

Quelles règles avez-vous adoptées pour ces séquences vidéo ?

D. B. : Il faut compenser en intensité ce que l’on perd en durée d’attention : les vidéos du cours sont très rythmées, grâce au montage, à l’habillage sonore, aux documents visuels, à l’écriture. Dans chaque séquence, on s’efforce de faire passer un concept et trois exemples. Et croyez-moi, c’est plus difficile de réussir cela en 2 minutes 30 secondes qu’en une heure…

Mais que peut-on véritablement apprendre en 2 minutes 30 ?

D. B. : Les vidéos ne représentent qu’une partie de la mobile class. On va capter l’attention du public grâce à l’intensité des séquences vidéo, et la prolonger sur la durée grâce à l’activité coopérative qui se crée via l’application. Chaque usager du cours va rejoindre une équipe de six étudiants. À chaque saison de cours, les équipes vont devoir résoudre collectivement un “challenge”. Pour cela, les étudiants se rencontrent et échangent au sein de mini-forums sur l’application ou via d’autres plate-formes. La réponse à chaque challenge prend la forme d’un document produit collectivement car cela permet d’être actif et d’être soutenu dans son apprentissage

Pouvez-vous donner des exemples de ces challenges coopératifs ?

D. B. : Ils diffèrent en fonction du sujet abordé. Par exemple, on va se saisir d’un constat qui semble évident : “La révolution numérique”, et demander aux étudiants de prendre le contre-pied de cette idée et de produire deux avis opposés, et argumentés, sur ce concept. Un autre challenge consiste à demander aux équipes de décider ensemble de se passer d’une plate-forme (Google, Facebook, ou autre) pendant une journée, et de tirer les leçons de cette expérience. À travers ces défis ludiques, le cours souhaite amener les étudiants à se poser des questions sur des concepts et des usages numériques qui sont rarement interrogés. L’objectif est de sortir des lieux communs, de provoquer une mise à distance critique de ces outils, en montrant qu’il existe en réalité un pluralisme des usages et des solutions : tout ne va pas de soi.

C’est la raison pour laquelle ce cours s’adresse à des élèves qui entrent dans l’enseignement supérieur ?

D. B. : Oui, l’appli se destine en priorité à des jeunes qui viennent de terminer leurs études secondaires - et à leurs professeurs - mais je l’utilise aussi avec mes étudiants de première année de master, et certains des “challenges” proposés seront utilisées avec les professionnels de l’Executive master Digital humanities de Sciences Po. Pour les étudiants, tout ce qui relève du numérique paraît nouveau, évident. Ce cours cherche à remettre ces usages en perspective, à penser le digital au-delà du flot incessant d’idées reçues, du “buzz” à court terme. Les sciences sociales donnent les cadres pour sortir de cette “fatalité numérique”. Elles permettent de se réapproprier le digital dans ce qu’il a de politique. Il n’y a aucune raison que le numérique demeure l’apanage des experts : toutes les générations de citoyens doivent être en mesure de le comprendre et d’agir sur ses enjeux.

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