Toute politique écologiste est impossible sous dictature financière

 Pascal Canfin l’a bien dit : « 50 milliards de réduction des dépenses publiques, aucun gouvernement de droite ne l’a jamais fait ». Voilà la limite atteinte. La droite n’a jamais fait qu’augmenter les déficits et la dette pour mieux accuser ensuite la gauche de mal gérer ou d’augmenter les impôts pour rétablir les équilibres détruits par la droite.  Mais c’est toujours le même refrain : faire faire le sale boulot par les partis qui sont supposés représenter les catégories concernées, ce qui paralyse toute contestation. Mais quid de l’écologie dans cette affaire ? Peut-elle avoir sa place ? Il faudrait pour cela admettre que nous vivons sous dictature financière pour changer les priorités et les politiques d'alliance en conséquence.

 

Pascal Canfin l’a bien dit : « 50 milliards de réduction des dépenses publiques, aucun gouvernement de droite ne l’a jamais fait ». Voilà la limite atteinte. La droite n’a jamais fait qu’augmenter les déficits et la dette pour mieux accuser ensuite la gauche de mal gérer ou d’augmenter les impôts pour rétablir les équilibres détruits par la droite.  Mais c’est toujours le même refrain : faire faire le sale boulot par les partis qui sont supposés représenter les catégories concernées, ce qui paralyse toute contestation. Mais quid de l’écologie dans cette affaire ? Peut-elle avoir sa place ? Il faudrait pour cela admettre que nous vivons sous dictature financière pour changer les priorités et les politiques d'alliance en conséquence.


Faut-il encore faire de l’écologie à tout prix, vraiment à tout prix, c’est-à-dire à tout petit coût et à grand prix social ? Depuis presque 40 ans que je suis écologiste, je pensais que l’écologie devait toujours être en tête des politiques à conduire et que toute avancée était bonne à prendre : au gouvernement, pas au gouvernement, de droite ou de gauche, c’était toujours ça de pris. Et si ça ne venait pas assez vite, il restait la rue, les actions collectives, contre le nucléaire, les OGM ou les gaz de schiste.  Et nous avions réussi à gagner l’opinion, sans aucun doute. Sans oublier qu’il ne pouvait y avoir d’écologie sans plus de démocratie (non cumul, décentralisation et régionalisation, diversité culturelle, démocratie dialogique pour tous les débats scientifiques et techniques, etc.) ni d’écologie sans plus d’égalité et de solidarité (droit au logement, droits des immigrés, réforme fiscale pour redistribuer les richesses, etc.)

Ne pas oublier la crise financière

Mais les temps ont changé, chers amis écolos. Etes-vous au courant que la crise financière de 2007/2008 est passée par là ? Que tout a été mis en œuvre pour sauver nos banques spéculatrices ? Que les réformes bancaires et financières annoncées n’ont en rien changé quoi que ce soit à ce qui a ruiné des pays et des secteurs entiers ? Que les revenus du capital et des dirigeants des grandes firmes ont repris leur envolée et que les inégalité ont continué de se creuser ? Que les financiers qui nous gouvernent en ont même profité pour nous convaincre que la faute de tout cela revenait à trop d’Etat, à trop de protection sociale (coût du travail), à trop d’impôts et à trop de règles ? Très fort quand même, quand la dérégulation et la défiscalisation massives ont permis à ces spéculateurs de siphonner à leur profit toute la richesse de nos pays, développés ou non. Car richesse il y a, partout, massive mais non productive, non redistribuée et seulement autoalimentée par la spéculation financière. Et l’on s’étonne qu’il n’y ait pas de croissance : ce ne serait certes pas la solution car il faut toujours se demander de quelle croissance il s’agit. Mais surtout,  il faudrait qu’elle se fasse en arrêtant la croissance des revenus du capital qui a gagné tous les arbitrages depuis 1980 aux dépens du travail. Aujourd’hui, nous n’avons pas de problèmes de richesses, si on traduit cela par liquidités : les capitaux ne savent pas où se placer, on peut lever 27 fois ses besoins en capital quand on est une entreprise innovante sur le marché du Nasdaq car le seul enjeu reste toujours la comparaison avec les retours sur investissements des autres cotes,  l’optimisation des placements mais non la disponibilité du capital ni sa fluidité.  

Oui les ressources existent pour la transition énergétique

La révolution verte, la transition énergétique, nous avons largement de quoi les financer ! Mais nous sommes passés sous dictature financière et c’est cela qu’il faut que les écologistes entendent. Cela change tout ! Nous ne sommes pas en situation d’amender un capitalisme industriel productiviste en lui faisant comprendre tous les avantages à tirer d’un nouveau modèle de production, énergie verte, économies, coûts indirects auparavant externalisés enfin assumés, nouveaux produits, etc. Cet argumentaire industriel vert n’est plus d’époque, il faut l’admettre une bonne fois, même si le modèle que même Ségolène Royal va nous ressortir. La transition énergétique est le dernier souci du capitalisme financier voire même son ennemi car nous sommes en régime de capitalisme financier dictatorial, au sens de tout-puissant, sans contre-pouvoir, sans limite et s’auto intoxicant lui-même. Toute la gestion des entreprises est orientée au profit de la valeur pour l’actionnaire, pour des impératifs financiers et non industriels car les managers eux-mêmes sont désormais bénéficiaires, à travers stock-options et autres dispositifs, de cette nouvelle orientation. Et toutes les marges de manœuvre doivent être reprises sur les acquis précédents,  à tout prix et à court terme : haro sur les impôts, sur l’Etat, sur les règlements, etc.

L'écologie doit faire de  lutte contre la dictature financière sa priorité

L’écologie ne peut qu’être vaincue par ce primat de la spéculation financière, orientée par définition sur le court terme.  Toute politique écologique nécessite une forte politique publique, de forts investissements à très long terme parfois, des soutiens forts à la transition et donc des ressources financières importantes. Ces ressources existent mais elles sont toutes gaspillées au profit du capital financier. C’est pourquoi il est vain de continuer à participer à un gouvernement qui a fait la preuve qu’il se couchait face aux exigences du capitalisme financier. Rien n’a été fait pour contrer son pouvoir. Mieux, ce gouvernement de gauche lance un pacte de responsabilité qui va diminuer les charges des entreprises sans aucune garantie que tous les avantages ne seront pas captés par la rémunération des actionnaires. Il faudrait en plus nous dit-on,  refuser toute hausse d’impôts, reporter sine die toute réforme fiscale et serrer la ceinture des dépenses publiques, comme si elles étaient pour quelque chose dans la panne de croissance. Même les plus fervents productivistes devraient l’admettre : c’est le capital improductif, spéculatif et à court terme qui tue tout investissement. L’écologie doit savoir choisir ses ennemis et ses priorités. La condition de possibilité de l’écologie c’est la fin de la dictature financière car les coûts de la transition énergétique et celle de la lutte contre le réchauffement climatique sont énormes, inédits même. Pour cela, il faut des marges de manœuvre budgétaire. Pour cela, il faut récupérer la richesse confisquée par la finance.  Et pour cela il faut des alliances contre la dictature financière avant toute chose. Même une alliance avec des productivistes, même avec ceux qui n’ont rien d’écolo.

C’est cela la seule réponse au combat dévoyé des bonnets rouges. Ne vous battez pas contre la pollutaxe  et contre l’Etat, car ce sont des alliés qui peuvent préparer votre avenir, anticiper les mutations inévitables. Battez-vous contre les dérives financières de vos entreprises, contre la pression des banques, de la grande distribution, pour récupérer du pouvoir sur ces responsables de la crise que nous traversons. Oui vous pouvez même vous battre à côté de vos dirigeants d’entreprise locales, à condition qu’ils ciblent clairement leurs actionnaires, les fonds de placement, les autres investisseurs qui leur mettent une telle pression. Si ces dirigeants sont, comme la plupart, dans le camp des actionnaires, et qu’ils n’ont rien à redire à ces pseudo impératifs d’abaissement du coût du travail alors que le coût du capital a explosé, alors ce sont vos ennemis, vous vous faites rouler dans la farine et vous vous condamnez vous-mêmes.

De nouvelles alliances

Les impératifs d’alliance ont changé depuis que nous sommes sous dictature financière. Ce gouvernement ne fait rien pour en sortir et veut même être un bon élève de l’austérité qui a fait crever la Grèce, le Portugal et l’Espagne : alors tant pis pour lui, plus d’alliance avec lui, même s’il fallait essayer. Et pas d’illusion sur les mesurettes écolos qu’il pourrait adopter. Ce ne sera jamais la véritable transition énergétique et le sommet mondial de décembre 2015 sur le changement climatique ne sera qu’une farce tragique, répétant en pire l’impuissance de Copenhague.

Oui être écologiste aujourd’hui, c’est être avant tout contre le capitalisme financier et adopter cette boussole pour toute décision et pour toute alliance. Le départ du gouvernement n’aura servi à rien s’il n’est pas accompagné d’une vraie réflexion stratégique sur ce plan. Le temps des cosmopolitiques que j’ai toujours défendu n’a aucune chance d’advenir dans une époque de finance où triomphent par définition le court terme et la spéculation, et où la démocratie est confisquée par la toute-puissance des argumentaires de la dictature financière ( où tout le monde ne pense que réputation des marques, quelle extase, quelle irresponsabilité).

Gaïa ne peut ignorer quels sont ses ennemis

La pression de Gaïa  qu’invoque Bruno Latour n’atteindra jamais le cuir épais des financiers enfouis sous leurs profits qui sont tout occupés à la curée car c’est de cela dont il s’agit et dont ils se délectent : toute catastrophe est bonne à prendre comme le furent les guerres (la fameuse destruction créatrice), car cela permet de rebâtir  un monde nouveau soi-disant et surtout de faire des profits pendant l’effondrement. Gaïa ne saurait être un argument qui touche l’opinion car trop idéal, trop lointain et totalisant : il faut au contraire privilégier le conflit ouvert entre humains, il n’y aucune unité à rechercher avec les fossoyeurs de la planète que sont les capitalistes financiers sous toutes leurs formes. Le mythe de Gaïa ne peut pas produire ce « tout » mystique de l’humanité associée à la nature car l’espèce prédatrice et destructive est en nous, c’est elle qu’il faut éliminer pour pouvoir seulement espérer penser encore en termes de Gaïa un jour ( mais n’oublions pas que par définition c’est la diversité, biologique, culturelle, etc.  qui est la condition de la survie  et c’est pour cela que Gaïa est un concept très risqué!).

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