Entretien dans le monde sur les sciences sociales 3G et le Big Data

Le monde publie un entretien de Laure Belot avec moi-même qui aborde les questions de sciences sociales de troisième génération telles que nous les travaillons avec Bruno Latour depuis quelques années au médialab

http://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/03/les-sciences-sociales-ne-jouent-plus-leur-role-de-contre-pouvoir_4745227_4415198.html

et qui ont fait l'objet d'un séminaire pendant 6 mois à la FMSH, disponible sur le site SHS3G et sur CanalU.

http://shs3g.hypotheses.org/

Les textes présents sur ce site donnent le programme de travail et permet de prolonger les remarques que je faisais sur le livre de Todd dans le billet précédent.

 

Le titre du Monde peut être source de malentendus. Les sciences sociales comportent toujours des chercheurs qui jouent effectivement leur rôle de contre-pouvoir dans les approches de la société et de l'opinion, vis à vis respectivement de l'Etat ou des médias. Mais le pouvoir principal actuellement, celui qui asservit ou affaiblit les deux précédents, est le capitalisme financier numérique, les firmes souveraines  et les plates-formes souveraines. le contre-pouvoir à exercer est précisément contre ces pouvoirs qui envahissent tout y compris nos esprits.

 

Note additionnelle (assez éloignée de la question des sciences sociales mais qui m'est venue en lisant Badiou et Gauchet cet été)

Ce pouvoir de la finance et des plates-formes numériques est tellement puissant ( et les marques font le lien entre les deux) qu'il a réussi quasiment à accomplir plusieurs promesses originelles du communisme de Marx en les détournant totalement évidemment,  dans la lignée de la récupération de la critique qu'avaient montrée Boltanski et Chiappello dans "le nouvel esprit du capitalisme":

-dépérissement de l'Etat: c'est en bonne voie avec les firmes souveraines et avec la destruction programmée de l'Europe seule entité supra étatique inventée récemment et qui avait des chances de gagner un certain poids. C'est aussi très avancé avec la dérégulation générale, le sabotage fiscal pour enlever toute ressource etc.

-internationalisation: par la globalisation et la liberté des échanges, avec dépérissement des nations, qui cependant se mettent à résister massivement au moment de leur agonie

-abolition du salariat: la précarité généralisée sous forme d'intermittence, d'autoentreprise et d'uberisation est largement avancée et cela libérera les travailleurs de l'aliénation sans nul doute puisque désormais il leur faudra s'autoexploiter

La seule chose qui ait été amplifiée, c'est la propiété privée, ce que Nordqvist, conseiller de Bush, avait annoncé en disant dans les années 2000 qu'ils allaient abolir le salariat en faisant de chacun un propriétaire (d'actions évidemment mais aussi de maisons... à crédit avec le succès que l'on sait). La propriété étendue, c'est la spéculation pour tous,......un jeu où certains sont plus égaux que d'autres.

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