François Hollande contre le reste du monde : Kinshasa, Glasgow, New York. Il peut le faire ?

Il y a des semaines où le monde vous tombe dessus par cinéma interposé et vous restez là, hébété, à vous demander si tout cela vaut encore la peine. Et à vous demander si la joie (réelle) de la victoire de François Hollande, partagée à la Bastille, va longtemps résister à ce monde-là, pas joli, joli. Voir Viva Riva, Tyrannosaur et Margin Call dans la foulée, c’est explorer sa propre désespérance. Glasgow, Kinshasa et Wall Street, même combat, mêmes dégâts !

Il y a des semaines où le monde vous tombe dessus par cinéma interposé et vous restez là, hébété, à vous demander si tout cela vaut encore la peine. Et à vous demander si la joie (réelle) de la victoire de François Hollande, partagée à la Bastille, va longtemps résister à ce monde-là, pas joli, joli. Voir Viva Riva, Tyrannosaur et Margin Call dans la foulée, c’est explorer sa propre désespérance. Glasgow, Kinshasa et Wall Street, même combat, mêmes dégâts !

Des villes, d’abord, oui des villes qui ont dégénéré, l’une, Glasgow, toute propre sur elle mais triste à mourir et enflée de misère camouflée, l’autre, Kinshasa, bordélique et sale, où l’on veut jouir à tout prix, vraiment à tout prix, surtout si ce sont les autres qui paient, la troisième enfin, New York, vue d’en haut, des sommets du Wall (Street), car les êtres de la finance vivent hors sol. Du Nord au Sud, des superpauvres aux hyperriches, le délitement du cadre urbain est différent mais il est pourtant là, même si la villa de classe moyenne écossaise et la villa de luxe du caïd congolais peuvent faire illusion, comme celle de Brooklin où se réfugie le trader licencié. Mais ce qui a dégénéré, ce sont avant tout les normes sociales, dans le cas écossais malgré des lois qui semblent encore sauver les apparences (celui qui tue un chien et celle qui tue son mari se retrouvent même en prison), dans le cas de Kinshasa, sans aucun garde-fou puisque tous les gardes en question sont devenus fous et corrompus, jusqu’à l’église, dans le cas de Wall Street, avec une seule loi, les marges, qui peuvent tout justifier, la ruine des acheteurs comme le licenciement à la seconde du personnel en trop .

La violence est la grande ordonnatrice de ces mondes, violence présente à tout moment, pour tout prétexte. On ne sait plus parler sans s’insulter, on ne sait plus s’insulter sans se cogner, on ne sait plus se cogner sans se massacrer. Même si le sang ne coule pas à Wall Street, les prédateurs qui gouvernent ces algorithmes sont des carnassiers tout aussi féroces et ont aussi perdu tout savoir vivre (au point de couper à la minute même le mobile du trader licencié, la seule chose qui l’énerve vraiment !). Les étrangers et la haine des compagnons de misère sont aussi bien proches, qu’ils soient angolais ou pakistanais, de même que la concurrence a pénétré tous les esprits à Wall Street, surtout avec votre collègue voisin de desk. L’autre moitié du monde, les femmes, sont là pour tout encaisser et subir, autant au Nord qu’au Sud, humiliations, viols et violences permanentes et sont rares à pouvoir survivre à Wall Street sauf à se transformer en robots comme les autres.

Pourtant, il faut une histoire d’amour, comme une recette ancienne qu’on tente pour se dire qu’on a bien tout essayé et qui rate dans tous les cas, mais mortellement au Congo et moins tragiquement en Ecosse. Mieux encore à Wall Street, la seule histoire d’amour qui pourrait générer de l’émotion (mais le spectateur en est il encore capable au spectacle d’un tel monde ?), se déroule entre un maitre et son chien, qui meurt, seul lien affectif encore fiable : là aussi, ça rate donc. Mais tout se passe comme si l’on savait bien (mais quand même…) que tout cela n’avait aucune chance de réussir, que l’on ne devrait pas être dupes de l’amour : les écossais n’y croient d’ailleurs pas vraiment, même s’ils profitent de petits instants arrachés à la misère solitaire, alors que les congolais se jettent à corps perdus dans la passion plus que dans l’amour, mais en sachant très bien qu’ils jouent avec les limites et avec la mort, sans rien faire pour l’éviter. A Wall Street, seul l’animal ne peut pas tromper, et c’est pourquoi on s’y attache.

Direct à l’estomac, uppercut en pleine gueule, et direct à la tempe, comment ne pas se retrouver spectateur groggy, après ces trois films ? Comment ne pas sentir une impuissance effrayante vous saisir, plein d’ « à quoi bonisme » qui met fin à toute velléité politique ?

Il se trouve que je relis au même moment tous les Rougon-Macquart, et d’une certaine façon la proximité est telle que cela permet de se rassurer, si l’on peut dire: le monde a bien toujours été un enfer. Même quand Zola parle de « La joie de vivre »,  titre prometteur et bien rare chez lui, il dresse un tableau désespérant de la misère d’une famille dans un port normand. Et son portrait de la spéculation effrénée dans « La curée » ou de la séduction irrésistible de la consommation dans « Au bonheur des dames », est une véritable démonstration qui analyse tout autant l’esprit d’aujourd’hui. Mais après la révolution industrielle qui a produit cette humanité de survie, nous voilà donc encore obligés de vivre cette révolution financière, celle de Wall Street, qui détruit encore plus les âmes que les corps et cela à l’échelle mondiale, de Glasgow à Kinshasa. Tout ça nous pousserait à ricaner tristement à la face de tout martien qui viendrait nous parler du Progrès et du modernisme.

Pourtant, le progrès, sans doute qu’Hollande y croit, et sans doute qu’on aimerait y croire avec lui. Mais va-t-il lui aussi se retrouver groggy lorsque le monde va lui tomber dessus, celui d’en haut des puissances financières, celui du pauvre Sud avec racisme, gangs et misère, et celui du pauvre Nord avec racisme encore, haine et déclassement ? Hollande contre le reste du monde ? Où sont ses armes, ses alliés, ses leviers ? Un seul conseil à lui donner, agir vite, par surprise, contre « l’ennemi principal » ( !), la finance, pour récupérer enfin des moyens pour sortir le sud et le nord de la misère. Mais pour cette grande mission, qu’il a accepté, faut-il devenir super héros ( et c’est Avengers qu’on préfère aller voir dans ce cas-là, mais on nous a fait le coup pendant 5 ans avec le résultat que l’on sait !) ? Ou faut-il rester humain, attentivement humain? Attends encore une seconde, François, je cherche un film pour te donner la recette et j’arrive!

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