Hollande: une impuissance annoncée, la nécessité des ennemis

C'est un peu triste de se dire qu'on avait raison et que la volonté de conflit violent que j'avais diagnostiquée à droite il y a un an est désormais patente et que l'impuissance de Hollande à désigner un ennemi et à assumer la guerre qui se déclare est devenue évidente. Cela n'a jamais servi à rien d'avoir raison avant sans avoir pu convaincre, c'est exact. Mais au moins cela peut donner des pistes de reconstruction: c'est aux forces de gauche qu'il faut donner des ennemis pour qu'eux sachent qu'une vraie bataille est en cours et pas contre le Front National mais contre la finance. Extraits du billet du 27 Avril 2012 , qui s'appuie en fait aussi sur celui du 5 juin 2011.

C'est un peu triste de se dire qu'on avait raison et que la volonté de conflit violent que j'avais diagnostiquée à droite il y a un an est désormais patente et que l'impuissance de Hollande à désigner un ennemi et à assumer la guerre qui se déclare est devenue évidente. Cela n'a jamais servi à rien d'avoir raison avant sans avoir pu convaincre, c'est exact. Mais au moins cela peut donner des pistes de reconstruction: c'est aux forces de gauche qu'il faut donner des ennemis pour qu'eux sachent qu'une vraie bataille est en cours et pas contre le Front National mais contre la finance. Extraits du billet du 27 Avril 2012 , qui s'appuie en fait aussi sur celui du 5 juin 2011.

Hollande ne pourra pas fuir le conflit qui vient

Hollande, de son côté, a cherché à rassembler, ce qui veut dire adopter la posture exactement inverse de celle de la désignation d’un ennemi. Pour un second tour, il se peut que l’opération fonctionne, mais adopter cette posture dès le premier tour, cela conduit à produire cette campagne amorphe sans élan et sans vision. Paradoxalement, cela peut être un avantage, selon l’équation : moins d’espoir = moins de déception. Finalement le risque est réel de voir Hollande « s’Obamiser » très vite, c'est-à-dire se retrouver impuissant  et incapable de gérer l’opposition guerrière de la droite. Avec une différence cependant, qui peut être un avantage, celui de n’avoir jamais suscité d’attentes démesurées.

Mais l’impuissance qui l’attend est pourtant certaine. Car le pays est à droite et tire à droite (sans parler des pays autour de nous en Europe !), les thématiques des ennemis de substitution se sont imposées et aucun autre ennemi ne peut désormais être pris au sérieux, notamment la finance que la gauche aurait dû imposer comme cible, comme l’avait fait Attac. Imaginons l’état d’esprit des électeurs du FN, certes divers mais positionnons le curseur sur les moins marqués à l’extrême-droite. Ils vont considérer sans hésitation que Hollande fait partie du même monde, de ces politiques qui veulent leur part du gâteau. La gauche se retrouvant occuper tous les niveaux de gouvernement des institutions, il y a pourtant fort à parier que dès qu’une mesure un peu sensible et conflictuelle devra être prise, la droite et toutes les droites descendront dans la rue ou engageront toutes les formes de sabotage pour cela : si Le Pen ne le fait pas, on peut faire confiance à Coppé pour le faire. Il restera chez tous ces électeurs une envie d’en découdre qui ne sera toujours pas satisfaite et qui n’attendra pas les prochaines élections. La droite est prise désormais d’un vrai désir de guerre, aux plus faibles, à l’Europe et aux élites, maintenant que tous les verrous démocrates-chrétiens ont sauté, avec la complicité de ces élus comme Méhaignerie qui ont tout abandonné de leurs traditions. Tous les prétextes seront bons. On le voit aux Pays Bas (il faudra éviter de dire en Hollande désormais !), l’extrême droite fait tout pour saboter tout accord comme elle l’a fait en Belgique, car elle n’a aucun intérêt à apparaitre comme gestionnaire des vrais problèmes.

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Celui qui refuse la guerre, qui est commencée depuis trente ans par la finance avec l’appui de Thatcher et Reagan, ne fait que reculer l’échéance et se déshonorer : c’est ce qu’a cru pouvoir faire la gauche pendant vingt ans, en se présentant avec Jospin comme bonne gestionnaire, ce qui voulait dire en fait laisser la bride sur le cou à toute la finance spéculative qui fait désormais la loi. Pour pouvoir changer de posture, il faudra des élus  et des ministres moralement forts, irréprochables, qui n’ont rien à perdre et qui présentent une autre image radicalement nouvelle des politiques. Car le dégoût de la classe politique qui est au cœur du vote FN, prospère en fonction de l’impuissance de cette élite face aux vrais tenants du pouvoir, impuissance qui va de pair avec son enfermement dans ses petits jeux de pouvoir et d’avantages. Si dans les autres pays, la lutte contre la corruption a fait tant de partisans, c’est que la gangrène est profonde dans nos démocraties

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Bref, nous sommes au carrefour mais toutes les voies conduisent à un conflit sévère qu’il faudra être capable d’assumer, bien loin de la démarche bonhomme et sympathique du grand rassembleur. C’est précisément ce décalage dans les styles qui rend encore Sarkozy séduisant aux yeux de certains. Et le modèle autoritaire inscrit dans les gènes de la constitution de la Veme République (et bien au-delà !) garde tous ses attraits pour une large majorité de la population, à gauche aussi. On le voir, ce n’est pas précisément le temps des avancées démocratiques mais plutôt celui de l’efficacité dans la guerre à la finance, à la xénophobie et à tous ceux qui les ont laissé prospérer.

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