Voter Macron seulement en fonction des sondages, oui, c’est raisonnable

Pour le deuxième tour, comme plusieurs tweets et posts l’ont déjà proposé, il est possible de ne voter Macron qu’en fonction des sondages selon le degré de risque de voir Le Pen gagner. C’est un vote stratégique et opportuniste à la fois et c’est tout-à-fait raisonnable, largement plus que le report automatique "républicain" qui prend encore les électeurs pour des moutons.

J’avais dit que je n’irai plus voter par rejet de la démocratie représentative. Pourtant je suis allé voter Mélenchon car les sondages avaient annoncé une possibilité qu’il soit au second tour. C’était donc un vote opportuniste calé sur les sondages et je vais recommencer pour le second tour, en adoptant le vote blanc tant que le risque de voir Le Pen passer n’émerge pas dans les données. Je prends en compte et j’assume le fait que nous avons désormais des méthodes (bien plus fiables qu’on ne le dit quand les sondages sont bien faits et quand leurs limites sont bien précisées) pour anticiper et pour agir aussi stratégiquement. Pourquoi se passer du GPS uniquement pour le plaisir de la navigation à vue ? Et d’ailleurs, plus de 40% de votants pour Macron ont déjà voté utile en tenant compte des sondages et non selon leurs convictions, par peur de laisser la voie à Le Pen annoncée déjà en tête (et cela seul devrait obliger Macron à un peu plus d’humilité car on est loin d’un élan massif!!).

Lorsque je me suis décidé à voter Mélenchon, c’était une ligne politique cohérente puisque mes objectifs principaux étaient pris en compte par sa candidature (Vie République, écologie et lutte contre la finance et contre les inégalités pour résumer). Mais surtout ma voix pouvait peut-être s’avérer utile pour franchir le seuil du second tour. Si les sondages m’avaient indiqué qu’il stagnait à 10% des intentions de vote, je ne me serais pas déplacé car la mécanique représentative est, dans son principe, une incitation à la tromperie et à la confiscation du pouvoir par une oligarchie. J’ai donc agi selon un principe de cohérence (programmatique) opportuniste (en fonction des chances de gagner).

Pour le deuxième tour, la situation est la même. Le Pen représente l’un des ennemis de la démocratie par son racisme et sa xénophobie qui sont au cœur de tout son programme. Mais Macron représente lui deux ennemis de la démocratie à la fois : la finance ( qui le porte à bout de couvertures de magazine) et la technocratie (qui veut faire disparaitre la politique au profit des algorithmes et du benchmarking, car c’est cela le ni gauche ni droite moderne ne nous y trompons pas). Car ces trois ennemis de la démocratie, chacun à leur façon, disqualifient a priori tout débat sur les finalités (alors que la démocratie est faite pour ça) et éliminent certains êtres (les étrangers, les pauvres, les ignorants, etc.) en niant ainsi notre commune humanité (j’ai développé tout cela dans mon livre « Déboussolés de tous les pays. Une boussole cosmopolitique » paru en 2003 et disponible en libre sur le site de Cosmopolitiques). Mais je ne veux surtout pas du premier ennemi raciste et xénophobe, Le Pen, car elle peut saboter durablement toute chance de future démocratie. Il y a donc une priorité dans les ennemis et l’histoire nous l’enseigne. Cependant, je ne veux en aucun cas appliquer automatiquement la règle républicaine qui conduit depuis des décennies à voter par défaut pour ceux qui font une politique contraire aux intérêts du plus grand nombre, qui reproduisent et aggravent les injustices et les inégalités et réduisent les libertés des petits tout en laissant se goinfrer le 1%.

En conséquence, si Macron est annoncé à 60 ou 70% par les sondages, je voterai blanc (car je vais voter quand même) car je ne veux pas lui laisser croire un seul instant qu’il a mérité ce vote et qu’il pourra se comporter comme Chirac. Macron doit faire le score le plus faible possible pour que ce vote soit un vote de défiance. Dans tous les cas, toute sa politique sera combattue dans la rue dès qu’il voudra la mettre en œuvre et il ne sert à rien d’attendre de sa part des inflexions contre-nature dans son programme libéral. Cependant si (et seulement si) il est annoncé à 55%, je considère que le risque sera trop élevé de voir Le Pen passer, et dans ce cas, j’irai voter Macron, la mort dans l’âme mais en assumant cette responsabilité car je ne suis pas partisan de la politique du pire que les plus démunis payent largement plus que les autres.

Cela peut paraitre cynique, calculateur, sans principe. Or, cette méthode est fondée politiquement, réaliste sur les modes de décision actuels des citoyens et confiante dans leurs capacités. Mais il est vrai qu’elle dit l’état de déliquescence du principe représentatif et en particulier de la Ve République monarchique. Elle dit aussi que les électeurs sont compétents, qu’ils ont des principes et des stratégies, que rien ne doit être automatique ou bêtement discipliné et que les informations (les sondages) sont des aides à la décision. Nous sommes dans une société instruite qui doit pouvoir faire usage des données selon ses visées et qui n’est plus inféodée à aucune autorité incontestable, notamment aux partis dont la fin est proche, je l’espère.

Dans la consultation de France Insoumise, il eût été judicieux de proposer aussi ce vote stratégique et opportuniste calé sur les risques estimés par les sondages.

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