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Billet de blog 11 avr. 2022

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On ne votera pas Macron le 24 avril sans conditions.

Les électrices et électeurs de gauche ont déjà donné dans le vote à droite (Chirac ou Macron) pour faire barrage à Le Pen (Jean-Marie puis Marine). On ne recommencera pas à voter ainsi sans contreparties sérieuses. A Macron de prendre des engagements sur le social, l'écologie et le respect des droits des migrants s'il espère compter sur nos voix !

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Que ceux des électeurs de droite qui résistent aux sirènes lepénistes et zemmouriennes n'aient guère de peine à voter pour Emmanuel Macron est assez logique tant ce dernier leur a donné de gages au cours du quinquennat qui s'achève. Faut-il rappeler ses deux premiers ministres issus des Républicains ? Ses politiques économique, fiscale, budgétaire, sociale, scolaire, hospitalière, judiciaire, policière, etc., en un mot sa politique a été en même temps à droite et à droite pendant 5 ans !

Il n’en va pas de même pour les électeurs de gauche, les citoyennes et les citoyens qui ont apporté au premier tour leur voix à Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud. La priorité n’est pas à refaire le film en cherchant qui sont les responsables des 421 420 voix qui ont manqué au candidat de gauche le mieux placé pour se qualifier au second tour et ainsi éliminer Marine Le Pen. Ne convient-il pas en revanche que nous, électrices et ces électeurs de gauche, nous demandions si nous devons voter sans contreparties pour Emmanuel Macron au second tour comme nous sommes très nombreux à l'avoir fait pour Jacques Chirac en 2002 et déjà pour Emmanuel Macron en 2017 ?

Le quinquennat qui s'achève et les propositions avancées par le candidat Macron pour le suivant ne laissent aucun doute sur l'orientation néolibérale, les choix sécuritaires et répressifs et l’indifférence au défi climatique qu'il entend donner à son second mandat s'il est réélu. Si voter pour Marine Le Pen n'est évidemment pas une option, voter blanc ou s'abstenir est en revanche un choix vers lequel beaucoup d'entre nous tendent, tout en craignant que cette fois-ci l'extrême-droite n'arrive à l'Élysée avec toutes les conséquences dramatiques que cela entraînerait !

Peut-on sortir de ce dilemme : soit donner un blanc-seing à Macron au nom de l’antifascisme, soit se retirer du jeu de l'élection présidentielle en espérant que le pire ne se produise pas le 24 avril et en comptant sur une revanche bien incertaine sur l'élu.e du second tour aux législatives du mois de juin ?

Et si l'on mettait Emmanuel Macron au pied du mur, non pas en lui demandant de renoncer à l'intégralité de son programme, même s'il n'a réuni que 20,5% des électeurs (en tenant compte de l'abstention), c'est plus que tous les autres candidats. Lui-même a d'ailleurs estimé le matin du 11 avril, à Denain, que son programme devait être « enrichi ». Chiche ! Mais c’est à lui d’amender son programme de droite et de plus en plus à droite.

Qu’il respecte la promesse qu’il a trahie il y a peu en s’engageant à présenter sans délai un projet de loi reprenant « sans filtre » les conclusions de la convention citoyenne sur le climat qu'il avait lui-même convoquée.

Au lieu de décider de reporter l'âge légal du départ en retraite à 65 ans, qu’il s'engage à mettre en place les conditions d'un débat éclairé sur les différentes propositions visant à pérenniser le système de retraite par répartition, puis à soumettre à référendum le choix entre plusieurs solutions, et qu’il s’engage à en respecter le résultat. Et s’il est nécessaire de modifier la constitution pour permettre ce type de référendum, qu'il s'engage à réformer la constitution.

Quant à la réforme de l'École de la République si malmenée depuis 5 ans, qu’il s’engage là aussi à organiser un débat national en donnant le temps aux différents acteurs (élèves et étudiants, parents et citoyens, enseignants et personnels administratifs) de s'informer, de réfléchir, de discuter avant toute décision.

Dans l'immédiat, qu’il s'engage sur un rattrapage rapide des effectifs et des salaires dans la fonction publique, notamment dans les secteurs de l'éducation et de la santé, en lieu et place de son projet fumeux autant qu’injurieux d'échanger quelques miettes salariales contre l'accroissement des tâches des enseignants.

S’il veut valoriser le travail et le recul du chômage, ce ne peut pas être en multipliant les emplois précaires et en culpabilisant les chômeurs : qu’il retire pour commencer son projet de travail obligatoire en échange du RSA, un minimum social qui relève de la solidarité nationale et non de l’humiliation des pauvres.

Qu’il s’engage à renoncer officiellement, lui et son futur ministre de l’Intérieur, aux mauvais traitements infligés aux demandeurs d'asile (pas seulement ceux venus d'Ukraine) fuyant les guerres, les tortures et autres mises en danger pour leur vie et celle de leurs proches : est-ce lutter contre l'extrême-droite que de reprocher à Marine Le Pen d’être « trop molle », comme le fit Darmanin à la télé ? Est-ce lutter contre l'extrême-droite que de charger nos policiers de confisquer ou de détruire des vêtements, du matériel de camping ou de cuisine des réfugiés ?

Si Emmanuel Macron veut pouvoir compter sur des voix d’électrices et d’électeurs de gauche le 24 avril, qu'il annonce des mesures qui l’engageront publiquement. Alors, utiliser le bulletin Macron ce jour-là aurait du sens pour ces citoyennes et ses citoyens qui lui rappelleront ces engagements. S'il ne le fait pas et se contente de quelques propos lénifiants, c'est lui qui prendra le risque d'un « accident démocratique ».

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