Première note pour donner le ton

Ici, pas d’autres ambitions que de structurer une réflexion citoyenne parmi tant d’autres. L’écriture dans un blog constitue en l’occurrence un outil intellectuel porteur de vertus remarquées.

Ici, pas d’autres ambitions que de structurer une réflexion citoyenne parmi tant d’autres. L’écriture dans un blog constitue en l’occurrence un outil intellectuel porteur de vertus remarquées.

Il impose notamment des contraintes qui peuvent s’avérer salutaires.

 

En premier lieu, l’écriture publique, sauf à se cacher derrière un pseudonyme, impose à la pensée une tenue qui l’éloigne autant que faire se peut du ridicule, de l’outrance et de la vanité. À cet égard, les commentaires des lecteurs peuvent s’avérer redoutables. Et c’est un risque à courir qu’il faut assumer avec humilité.

 

En second lieu, l’écriture dans un blog obéit à deux règles éditoriales qui ne peuvent que stimuler le rédacteur. Il faut se garder des longs discours qui se perdent dans l’abondance des phrases fumeuses. La brièveté devient un art à maîtriser. Dès lors, c’est aussi la pensée qu’il faut dompter pour la conduire à produire un objet clair, cohérent et mobilisable avec aisance. Enfin, la tenue d’un blog impose à son auteur une production périodique qui l’extrait de la gangue de la paresse ou du maelström des occupations quotidiennes toujours plus importantes que le fait de s’arrêter un instant pour réfléchir. Si je pouvais proposer un à deux billets par mois, je m’estimerais heureux.

 

Une précision me tient néanmoins à cœur. Ici, je m’exprime en tant que citoyen sur une matière éminemment citoyenne. Au-delà de mon engagement professionnel, au-delà de mon engagement syndical, au-delà de mon engagement politique, il s’agit ici de tirer parti de toutes ces expériences pour contribuer à une réflexion ouverte et constructive. Sans illusion sur les fragilités inhérentes à ce type d’ambitions que la vanité menace dès la première seconde.

 

Chacun en France se prévaut d’une opinion, voire de convictions sur l’école. C’est une passion nationale. Comme toute passion, elle mobilise le meilleur et le pire. Tous les acteurs de ce débat permanent sont sincères. Ils ont tous à cœur de contribuer à consolider, à améliorer, à refonder ou à transformer ce monument français que constitue l’Éducation nationale. Certains se jettent dans la mêlée avec tant d’ardeur qu’ils n’hésitent pas à adopter la posture de l’imprécateur. Il y a du rebelle dans chaque contributeur, et il y a du réactionnaire conservateur dans chacun de ses contradicteurs. Les paradoxes abondent dans le monde passionné du débat sur l’école. Fort heureusement, certains auteurs ont la lucidité nécessaire pour discerner les impasses nées du fourvoiement de certaines postures qui se figent dans les certitudes. Je serais heureux d’avoir pu tirer profit du discernement de ces quelques auteurs à l’esprit ouvert et non recroquevillé sur des positions définitives.

 

Le titre que j’ai souhaité donner à ce blog pose une première note qui indique la tonalité de l’exercice. On ne peut réfléchir à notre système scolaire sans interroger notre société. Non seulement le système scolaire en est le reflet, mais surtout il en cultive l’avenir. Ici, la dialectique est permanente. De même, comme l’a magistralement montré l’historien Antoine Prost, notre système scolaire s’inscrit dans un appareil éducatif qui le dépasse largement, avec la vie familiale d’une part, et la vie culturelle, ludique et sportive d’autre part. Là encore, la dialectique prévaut pour comprendre et agir.

 

On le verra peut-être, je n’ambitionne pas ici d’étaler des certitudes. Il ne s’agit que de réfléchir sur la base de convictions intellectuelles et citoyennes. L’époque tend sans doute à faire trop souvent l’économie du temps nécessaire à la réflexion. Puisse ce blog contribuer à contrarier un peu cette dérive civilisationnelle implacable. S’il se trouve des lecteurs pour lui consacrer quelques minutes, ce sera déjà une sanction stimulante.

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