Re-faire de la politique, re-consentir à l’impôt

Celui ou celle qui prendrait le risque, aujourd’hui, de prétendre savoir ce qu’il va se passer dans les jours, mois, semaines à venir est à peu près certain de se tromper. Celui ou celle qui, dans quelques temps, quand la perturbation sera amortie, se trouvera dans la situation d’avoir eu raison, celui-là, ou celle-là serait bien mal avisé de prétendre au génie.

Alors, comment faire de la politique au milieu des lacrymos ? Rien ne serait pire, en effet, que de continuer à faire comme si de rien n'était. De continuer à laisser les "forces du marché" seules maîtresses de nos destins. Le mouvement actuel n'est pas, je l'espère, résumable à des "honnêtes gens qui désirent pouvoir vivre de leur travail", comme le dit Nicolas Dupont-Aignan. Bien des choses nous obligent à mieux, à autre chose. La crise écologique nous oblige à mieux. Les ahurissantes inégalités que l'ordre néolibéral a creusées nous obligent à autre chose.

Le pouvoir ne disparaît jamais très longtemps. Des institutions apparaissent, elles enthousiasment, elles indiffèrent, elles exaspèrent, elles sont renversées. Un autre cycle commence.

Les gilets jaunes et les marches pour le climat se croiseront, elles se rejoindront peut-être. Un gouvernement tombera, peut-être, voire une République. Toutes et tous s'enthousiasmeront de nouveau à construire quelque chose de neuf.

Sur les barrages, on entend partout la même chose : les français veulent (re)faire de la politique, être consultés, co-élaborer (ne plus être des "collaborateurs" comme on dit maintenant dans l'entreprise). Ils ne veulent plus que des hauts fonctionnaires et leurs relais éditoriaux viennent leur expliquer, l'air suffisant, à longueur de temps que la raison dicte sa loi. Thatcher doit être enterrée une bonne fois pour toute, Hayek avec elle : oui, il y a des alternatives.

Oui, l'impôt est nécessaire pour que chaque français puisse accéder aux administrations, aux écoles, aux hôpitaux, etc.  dans de bonnes conditions. Oui, des investissements énormes sont nécessaires pour développer un réseau dense de transports en commun. Oui, la remise en cause des "critères de stabilité" est nécessaire : la dette financière n'est qu'une affaire de convention quand la dette écologique que nous sommes en train de creuser, elle, est bien réelle et surtout non remboursable.

Se contenter de dire que le capitalisme est seul responsable des massacres perpétrés dans les biotopes, c'est se condamner à ne rien faire. Ne pas le dire, c'est se condamner à des politiques tiédasses, impuissantes.

Réclamer une hausse du "pouvoir d'achat" est légitime pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas se nourrir correctement, se loger, se vêtir, se chauffer correctement, s'éduquer et éduquer leurs enfants correctement. Mais s'il s'agit de quitter les ronds-points avec une prime en poche et se ruer vers l'obscénité consommatrice que les supermarchés exhibent à cette heure jusqu'à l'écœurement, alors tout cela aura été inutile, voire contre-productif puisqu'on aura épuisé une énergie politique somme toute rare... et que le néolibéralisme aura sauvé sa peau. Thatcher et Hayek ricaneront dans leurs tombes.

Nul n'est prophète à priori ! Souhaitons que ce gouvernement tombe, qu'il s'en aille avec ses théories fumeuses, ses jeunes cadres dynamiques "startupers" arrogants, que les lois antisociales qu'ils ont votées depuis un an et demi soient abrogées. Souhaitons que la démocratie s'installe radicalement dans les entreprises. Que le consentement à l'impôt soit rétabli. Souhaitons tout cela : pas de l'eau tiède. Utilisons cette énergie politique pour un véritable bouleversement.

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