Trump, Macron, même combat.

Quand le premier prétend que le climat va "finir par se refroidir", le second, rejette d'un revers de manche l'hypothèse même d'un moratoire sur le déploiement de la 5G. Il parle de "modèle Amish", de "retour à la lampe à huile". Ils disent en fait la même chose.

On rêve ! C'est exactement le même registre d'arguments qu'il y a 40 ans.

On le voit, l'utopie Saint-simonienne revisitée durant les "Trente Glorieuse" reste d'actualité malgré son grand âge. Pas d'obsolescence programmée pour ce genre de balivernes. Le "nouveau christianisme" commence pourtant à dater sévère[1]. Et l'apparente jeunesse d'Emmanuel Macron en prend vraiment un coup.

Est-ce que l'obscurantisme est bien là où on prétend qu'il est ?

En réalité, c'est étrange cette alliance qui se fait entre la stupidité de Trump et le Saint Simonisme Macroniste. Cet assemblage bringuebalant tient sur le dos du climat et de la biodiversité, des peuples non "modernes" et des non-humains, entre autres.

Trump ne pense pas que "la science sache quoi que ce soit" concernant les bouleversements du climat : "ça va bien finir par se refroidir" ; Macron, lui, dénie au peuple le droit de disposer d'une analyse sérieuse des conséquences potentielles de la 5G afin de pouvoir prendre une décision souveraine. Dans les deux cas, il y a un refus de voir la réalité en face.

Pire, par un étrange glissement sémantique, ce sont les opposants à cette fuite en avant délirante, qui passent, pour d'horribles réfractaires au progrès.

En appeler, comme le fait Emmanuel Macron aux Lumières, est une escroquerie intellectuelle caractérisée. Les Lumières, c'est le point de vue critique, la méthode scientifique : hypothèse, expérience, analyse, conclusion. Négliger les trois premiers et en arriver directement au quatrième, c'est la méthode astrologique -chère, il est vrai aux économistes.

Un des enjeux des Lumières, c'est aussi que nous soyons en capacité de prendre des décisions qui ne soient pas imposées par une quelconque entité extérieure, une transcendance. Elles nous ont libérés de Dieu. Le progrès n'a pas à prendre sa place. Pas plus que l'économie.

Notons qu'en plus Emmanuel Macron ne parle même pas de progrès, il parle d'innovation. La confusion est malheureusement fréquente dans son église. Il est juste fasciné par un nouveau jouet.

Il s'est passé bien des choses depuis, les Lumières, Saint-Simon et Auguste Comte. Est-ce qu'Emmanuel Macron est resté bloqué sur les positions des XVIIIe et XIXe siècles ? Est-ce qu'il n'a vu aucune des limites à prendre en compte ? Cette pensée est une pensée fantasmée de l'abondance – je conseille à Emmanuel Macron de lire l'excellent livre de Pierre Charbonnier[2].  À Trump ? Malheureusement je ne pense pas qu'il soit en capacité de lire quoi que ce soit de plus de 20 lignes.

Mais, lecteurs ou pas, ces gens-là sont victime d'une illusion.

On voit le monde non pas tel qu'il est mais tel qu'il nous apparaît au travers des instruments qu'on utilise pour le regarder. On analyse les signaux reçus au travers d'une grille de lecture. Le regard critique, c'est être conscient de ça et toujours penser contre soi-même ou tout au moins être conscient de ce biais de lecture et écouter l'autre qui ne pense pas comme soi.

C'est à ce prix que les mondes, humain et non-humains ont peut-être un avenir.

Malheureusement Emmanuel Macron et sont faire-valoir Donald Trump, ivres de leurs certitudes, nous emmènent droit à l'accident de trop. Nous méritons mieux que ces pantins restés bloqués aux temps héroïque de la machine de Watt. Pensons-y à chaque fois que notre avis est sollicité.

Et tant mieux si l'heure est aux invectives et aux crachats. Ça montre que les forces conservatrices paniquent.

 

 

 

[1] Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon : Le nouveau christianisme. 1825 !

[2] Pierre Charbonnier : abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées politiques

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.