Pornographie (1)

Pornographique ce monde qui prend forme jour après jour, élection après élection, crise après crise.

Pornographiques les centaines de millions qu'Arnaud, Pinaud et quelques autres sortent de leurs chapeaux l'incendie de Notre Dame pas encore éteint. Écrasantes par leur énormité, dégoulinantes par leurs arrière-pensées ces diarrhées ostentatoires réduisent à rien, la seule pensée de générosité. A quoi bon nos quelques dizaines d'euros ? Les pornographes nous privent même de la sensation d'être utiles.

Leur charité défiscalisée ou pas rend la nôtre dérisoire. Ils se retrouvent enfin, bourgeois faisant l'aumône sur les parvis. Sauf que les pauvres ne les intéressent pas. C'est le parvis qu'ils financent.

Le système inégalitaire qui est le nôtre doit humilier. Sans quoi il s'écroule. Quel humain, disposant encore d'un minimum de fierté accepterait qu'un autre humain vive dans une telle débauche de luxe que 100 ou 200 millions d'euros lui sont une offrande anodine, envisageable ?

Certes, il ne manquera pas de se trouver quelques puritains pour penser toujours que la richesse est une vertu. Ni quelque moine soldat pour propager cette foi. Des prêcheurs hurlant contre la haine des riches, et plus encore de la richesse, honnissant l'impôt, vantant la générosité, la charité, la philanthropie, l'abnégation. Mais les rois sont nus ! Leurs richesses sont bien là, tels des trésors cachés, vains, inutiles aux quotidien des peuples. Tas d'or sur lesquels veilles des Picsou irascibles.

Nous devrions remercier les flammes. Elles montrent avec quelle facilité ces fortunes sont mobilisables rapidement. Nous avions fini par croire à ces fariboles qui les disent enfouies dans les comptes et bilans des entreprises. Les flammes révélant la liquidité ! quelle ironie ! Et quel poids auront encore les arguments austéritaires dans les entreprises ? Que reste-il de l'impécuniosité prétendue générale ?

Rien sinon, une histoire à dormir debout, un conte, un croquemitaine.

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