L'histoire qui s'écrit.

On ne comprend jamais l'histoire qui est en train de se faire

On ne comprend jamais l'Histoire qui est en train de se faire. Tout occupés que nous sommes à gagner notre vie, à regretter ceci ou cela, à séduire, à quitter, à gémir, à jouir, à rire. Tout occupés à tout ce qui fait nos quotidiens, on ne voit pas l'Histoire s'écrire dans un livre de seconde de dans 85 ans. Un de ces livres qui fera dire à ceux qui le liront "qu'aurais-je fais à leur place ?", "Pourquoi n'ont-ils rien fait ?"

On ne voit pas l'Histoire se graver dans le marbre (comment savais-tu qu'il y avait un cheval dedans ?).

Pour nous, l'Histoire à la couleur sépia, elle porte des lavallières. Elle est toujours le passé qu'on raconte, jamais le futur qu'on construit. La flèche du temps ne se retourne pas.

Pour nous l'Histoire, c'est le passé dont on ne sait quoi faire.

L'Histoire ne se répète pas, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, quelles leçons pourrions nous tirer de ce qui s'est passé dans des photos sépia d'il y a 85 ans. Ils ont laissés faire, ce que nous vivons n'a rien à voir. Ils étaient lâches, nous sommes juste trop occupés ? Notre présent nous échappe, le leur ils ne le comprenaient pas.

Nous refusons de nous représenter dans l'Histoire, c'est une trop grande responsabilité. Notre vie n'a pas d'autres conséquences qu'un budget plus ou moins bien ficelé. Nos institutions ne sont plus rien d'autre qu'un cabinet d'experts comptables. Alors, que voulez-vous ? Ce qui se passe ici ou là, ce ne sont que des péripéties.

Je ne pensais pas un jour me retrouver en train de regarder l'Histoire s'écrire, la regarder, sans savoir quoi faire, engendrer le même monstre, les mêmes métastases.

Me voir dans 89 ans portant une lavallière dans un livre d'Histoire de seconde.

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