Y a-t-il des journalistes qui ne savent pas lire?

La majorité des journalistes qui ont rendu compte du vote de la résolution Maillard à l’Assemblée nationale, le 3 décembre, ne l’ont visiblement pas lue.

Ils y ont en effet vu un amalgame entre antisionisme et antisémitisme. Sauf que le premier terme NE FIGURE PAS dans le texte de la résolution en question - dont on trouvera le texte intégral ci- dessous. Certes, l’exposé des motifs le mentionne, mais il n‘est pas évidemment soumis au vote.

De surcroît, si la résolution reprend la médiocre définition de l’antisémitisme par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), elle ne mentionne aucun des « exemples » qui accompagnent celle-ci et visent à discréditer toute critique de la politique israélienne.

Mes confrères n’ont pas non plus souligné que seuls 154 députés sur 577 ont approuvé le texte de Sylvain Maillard. Or l’hémicycle était plein un quart d’heure avant ce vote. Et, parmi les présents, il aura fallu le renfort de députés du Parti Républicain pour que le texte passe, tant le groupe LREM, à l’initiative de la résolution, était divisé.

Autre « oubli » de la plupart des commentaires: une résolution de l’Assemblée n’a aucun caractère contraignant. Pour mémoire, les deux chambres du Parlement avaient voté en 2014 une résolution pour la reconnaissance de l’État de Palestine. Les gouvernements français successifs ont-ils obtempéré depuis ?

Bref, la soi-disante victoire de Sylvain Maillard représente plutôt une défaite pour le CRIF, qui, après la petite phrase d’Emmanuel Macron à la commémoration du Vel d’Hiv, en 2017, exigeait une loi criminalisant l’antisionisme, avec répression a la clé. On en est loin.

Et quiconque sait lire peut le constater...

PS: Ci-dessous le texte intégral de la résolution proposée :

Article unique

L’Assemblée nationale,

Vu l’article 34-1 de la Constitution,

Vu l’article 136 du Règlement de l’Assemblée nationale,

Vu la résolution du Parlement européen du 1er juin 2017 sur la lutte contre l’antisémitisme,

Vu la déclaration du Conseil de l’Union européenne du 6 décembre 2018 sur la lutte contre l’antisémitisme et la mise en place d’une approche commune en matière de sécurité afin de mieux protéger les communautés et institutions juives en Europe ;

Estime que la définition opérationnelle utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste permet de désigner le plus précisément possible ce qu’est l’antisémitisme contemporain ;

Considérant qu’elle constituerait un instrument efficace de lutte contre l’antisémitisme dans sa forme moderne et renouvelée, en ce qu’elle englobe les manifestations de haine à l’égard de l’État d’Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive ;

Approuve la définition opérationnelle de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, en tant qu’instrument d’orientation utile en matière d’éducation et de formation et afin de soutenir les autorités judiciaires et répressives dans les efforts qu’elles déploient pour détecter et poursuivre les attaques antisémites de manière plus efficiente et plus efficace ;

Invite le Gouvernement, dans un travail de pédagogie, à la diffuser auprès des services éducatifs, répressifs et judiciaires

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