dominique vidal
Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient, collaborateur du "Monde diplomatique", membre du Bureau de l'Iremmo, animateur bénévole de La Chance.
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Billet de blog 9 avr. 2020

Christophe Castaner, relisez Maurice Grimaud!

Chaque jour, une vidéo témoigne sur les réseaux sociaux des violences commises par des policiers contre des citoyens, sous prétexte de faire respecter le confinement. Aujourd'hui, un jeune homme est mort !

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La brutalité de ces « cogneurs » est digne des régimes autoritaires. Elle fait penser à ce que le préfet de police Maurice Papon exigeait des "forces de l’ordre" pendant la guerre d’Algérie, avec les résultats sur l’on sait.

Cette comparaison ne doit rien au hasard. Les victimes de ces agressions policières sont souvent des jeunes issus de l’immigration vivant dans des quartiers populaires. Jamais on n’a vu les joggers bobos des quartiers chics "cognés" de la sorte.

Rien de tout cela ne se produirait si le ministère de l’Intérieur, au lieu de caresser ces "flics violents" dans le sens du poil, les sanctionnait avec la plus grande rigueur.

Que Christophe Castaner relise ce qu’écrivait, en Mai 1968, le préfet de police Maurice Grimaud à toutes ses troupes:

« Je m’adresse aujourd’hui à toute la Maison : aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, et je veux leur parler d’un sujet que nous n’avons pas le droit de passer sous silence, c’est celui des excès dans l’emploi de la force.

Si nous ne nous expliquons pas très clairement et très franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille dans la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi : c’est notre réputation. Je sais pour en avoir parlé avec beaucoup d’entre vous que, dans votre immense majorité, vous condamnez certaines méthodes. Je sais aussi, et vous le savez comme moi, que des faits se sont produits que personne ne peut accepter. Bien entendu, il est déplorable que, trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte et ne dise pas, dans le même temps, tout ce que la même police a subi d’outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

Je suis allé toutes les fois que je l’ai pu au chevet de nos blessés, et c’est en témoin que je pourrais dire la sauvagerie de certaines agressions qui vont du pavé lancé de plein fouet sur une troupe immobile, jusqu’au jet de produits chimiques destinés à aveugler ou à brûler gravement.

Tout cela est tristement vrai et chacun de nous en a eu connaissance. C’est pour cela que je comprends que lorsque des hommes ainsi assaillis pendant de longs moments reçoivent l’ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d’accord, c’est que, passé le choc inévitable du contact avec des manifestants agressifs qu’il s’agit de repousser, les hommes d’ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise. Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu’ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés.

Je sais que ce je dis là sera mal interprété par certains, mais je sais que j’ai raison et qu’au fond de vous-mêmes vous le reconnaissez. Si je parle ainsi, c’est parce que je suis solidaire de vous. Je l’ai déjà dit et je le répéterai : tout ce que fait la police parisienne me concerne et je ne me séparerai pas d’elle dans les responsabilités.

C’est pour cela qu’il faut que nous soyons également tous solidaires dans l’application des directives que je rappelle aujourd’hui et dont dépend, j’en suis convaincu, l’avenir de la Préfecture de Police.

Dites-vous bien et répétez-le autour de vous : toutes les fois qu’une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n’a pas de limites. Dites-vous bien aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer même s’ils ne le disent pas.

Nous nous souviendrons, pour terminer, qu’être policier n’est pas un métier comme les autres; quand on l’a choisi, on en a accepté les dures exigences, mais aussi la grandeur. Je sais les épreuves que connaissent beaucoup d’entre vous. Je sais votre amertume devant les réflexions désobligeantes ou les brimades qui s’adressent à vous ou à votre famille, mais la seule façon de redresser cet état d’esprit déplorable d’une partie de la population, c’est de vous montrer constamment sous votre vrai visage et de faire une guerre impitoyable à tous ceux, heureusement très peu nombreux, qui par leurs actes inconsidérés accréditeraient précisément cette image déplaisante que l’on cherche à donner de nous.

Je vous redis toute ma confiance et toute mon admiration pour vous avoir vus à l’œuvre pendant vingt-cinq journées exceptionnelles, et je sais que les hommes de cœur que vous êtes me soutiendront totalement dans ce que j’entreprends et qui n’a d’autre but que de défendre la police dans son honneur et devant la Nation. »

D. V.

P.S. : Christophe Castaner a exigé des maires ayant décrété le port du masque qu’ils annulent leur arrêté. Selon lui, l’efficacité du masque comme protection contre le Covid-19 "est un sujet médical qui n'est pas démontré" (1). Sauf que l’Académie de médecine l’a affirmé il y a une semaine: Le port d'un masque "grand public" ou "alternatif" aux masques médicaux en pleine pénurie, devrait être rendu obligatoire pour les sorties pendant la période de confinement et lors de sa levée. "Il est établi que des personnes en période d'incubation ou en état de portage asymptomatique excrètent le virus et entretiennent la transmission de l'infection. En France, dans ce contexte, le port généralisé d'un masque par la population constituerait une addition logique aux mesures barrières actuellement en vigueur", estime l'Académie (2).

Outre la mise en cause du mensonge d’État, faudra-t-il ajouter une plainte collective pour non-assistance à personnes en danger ? Comme si la pénurie de masques, de tests, de gel et de respirateurs ne suffisait pas. À côté de l’affaire des masques, celle du sang contaminé va finir par passer pour un détail...

(1) http://www.lcp.fr/…/confinement-mobilisation-des-forces-de-…
(2) https://www.sciencesetavenir.fr/…/covid-l-academie-de-medec…

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