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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Dernière édition

Les protocoles de Gilad Atzmon

L’horreur de Toulouse et de Montauban comme sa manipulation électoraliste le confirment : le racisme, en particulier l’antisémitisme et l’islamophobie, sont des poisons redoutables, qu’il convient plus que jamais de combattre – dans la perspective de changements démocratiques en France et dans celle d’une paix juste et durable au Proche-Orient.

L’horreur de Toulouse et de Montauban comme sa manipulation électoraliste le confirment : le racisme, en particulier l’antisémitisme et l’islamophobie, sont des poisons redoutables, qu’il convient plus que jamais de combattre – dans la perspective de changements démocratiques en France et dans celle d’une paix juste et durable au Proche-Orient.

Soixante-sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et cinquante ans après celle de la Guerre d’Algérie, ces « maladies » n’ont, hélas, pas disparu. Converti en islamophobie, le vieux racisme anti-arabe est même redevenu « politiquement correct », à l’initiative de la droite et de l’extrême droite et de leurs hommes au pouvoir. Quant à l’antisémitisme, bien que politiquement marginalisé, il n’a pas pour autant disparu. Voici, à titre d’exemple, des extraits du dernier « livre » de Gilad Atzmon.

Intellectuel israélien exilé à Londres, ce saxophoniste est aussi connu pour ses écrits « borderline ». Avec La Parabole d’Esther (1), il franchit… la ligne jaune. Sous titré Anatomie du peuple élu, réflexion sur la politique juive contemporaine, cet « ouvrage » constitue un florilège de tous les poncifs de l’antijudaïsme le plus vulgaire, salué par le site de Silvia Cattori (2) et défendu par celui d’Info-Palestine (3).

L’auteur, naturellement s’en défend (4), assurant qu’il ne vise qu’une catégorie de Juifs, ceux qui « placent leur judéité au-dessus de tous les autres traits de leur personnalité », et non ceux qui « suivent les préceptes du judaïsme » ni ceux qui « se considèrent comme des êtres humaines dont il se trouve qu’ils sont d’origine juive ». Les antisémites, c’est connu,  ont toujours leurs « bons juifs ». Il suffit pourtant de lire le dernier opus de Gilad Atzmon pour vérifier qu’il vise bien en général les Juifs et le judaïsme, y compris les Juifs antisionistes considérés comme les plus dangereux.

Quelques citations, parmi tant d’autres, suffisent à s’en convaincre :

- « Si l’argumentaire colonial a été populaire durant un certain temps, c’est non seulement parce qu’il exonérait les juifs (en tant que peuple) des crimes perpétrés par Israël, mais aussi parce qu’il comportait une promesse : tôt ou tard, l’“État colon israélien” grandirait, sortirait de son cauchemar colonial, et la paix pourrait éventuellement l’emporter » (page 28) ;

- « Dès lors qu’Israël se définit comme l’“État juif”, nous sommes parfaitement en droit de nous interroger sur la signification réelle des notions de judaïsme, judéité, culture et idéologie juives » (page 29) ;

- « J’ai franchi certaines lignes jaunes en toute conscience. J’examine philosophiquement les aspects tribaux inhérents au discours juif séculier tant sioniste qu’antisioniste » (page 29) ;

- « Le nationalisme juif est un état d’esprit, et une mentalité n’a pas de frontières clairement tracées. En fait, personne ne sait où, exactement, finit la judéité et où commence le sionisme, et vice-versa » (page 30) ;

- « Manifestement, nous n’avons pas affaire seulement à Israël et aux Israéliens. En réalité, nous sommes en conflit avec une philosophie pragmatique extrêmement déterminée qui génère et promeut des conflits internationaux d’ampleur gigantesque » (page 30) ;

- « Il s’agit en réalité d’une guerre contre une mentalité regrettable qui a pris l’Occident en otage et l’a, tout au moins momentanément, détourné de ses inclinations humanistes et de ses aspirations athéniennes » (page 31) ;

- « J’ai compris qu’Israël et le sionisme n’étaient que des sous-parties constituantes d’un problème beaucoup plus vaste, le problème juif » (page 51) ;

- « Le sionisme n’est pas un mouvement colonialiste ayant des intérêts en Palestine, contrairement à ce que suggèrent certains spécialistes. Le sionisme, en réalité, est un mouvement mondial alimenté par une solidarité tribale sans équivalent » (page 56) ;

- « Tout au long des siècles, certains banquiers juifs ont acquis la réputation d’être des partisans et des financeurs de guerres, et même d’une révolution communiste » (page 66) ;

- « L’Holocauste a été une “victoire sioniste”, exactement de la même manière que tout viol est interprété par les idéologues féministes séparatistes comme une vérification de la validité de leurs théories » (page 85) ;

- « En raison de la nature raciste, expansionniste et judéo-centrique de l’État juif, le juif de la Diaspora se trouve intrinsèquement associé à une idéologie intégriste et ethnocentrique, ainsi qu’à une interminable liste de crimes contre l’Humanité » (page 92) ;

- « En juxtaposant des stéréotypes juifs (ceux que les juifs semblent abhorrer par opposition à ceux que les propagandistes ethniques juifs s’efforcent de promouvoir), on pourrait sans doute mettre en lumière, de manière cruciale, certaines problématiques relatives à l’identité juive » (page 95) ;

- « Les antisionistes d’origine juive (cette catégorie peut englober des gens haineux d’eux-mêmes et fiers de l’être, comme moi) sont là pour donner une image de pluralisme idéologique et de souci de l’éthique » (page 118) ;

- « Le socialisme juif, comme le socialisme, est une idéologie sans équivalent, ésotérique, avant tout préoccupée des intérêts juifs et de la judéité » (page 124) ;

- « Le socialisme et le militantisme progressiste juifs s’intègrent parfaitement dans le projet sioniste. En tant que parties constitutives du projet sioniste, ils ont pour rôle de rassembler les âmes perdues parmi les juifs humanistes et de les ramener à la maison pour Hanouka » (page 125) ;

- « Le débat entre les sionistes et les soi-disant “juifs antisionistes” n’a strictement aucun impact sur Israël ni sur la lutte contre la politique israélienne. Il a pour seule fin de maintenir le débat “au sein de la famille”, tout en semant davantage de confusion chez les Goyim. Cela permet aux militants juifs ethniques prétendument “progressistes” d’affirmer que “tous les juifs ne sont pas sionistes”. Cet argument de peu de poids a pourtant réussi à faire voler en éclats toute critique du lobbying juif ethnocentrique qui a pu être exprimée au cours des quatre décennies passées » (page 157) ;

- « Quand il s’agit de “passer à l’action” contre les soi-disant “ennemis du peuple juifs”, les sionistes et les “juifs antisionistes” se comportent comme un seul homme, comme un seul peuple, pour la bonne raison qu’ils sont effectivement un seul et même peuple » (page 157) ;

- « Le légendaire Matzpen progressiste et les néoconservateurs réactionnaires ont recours au même concept abstrait, non sans prétendre à l’universalité, pour justifier rationnellement le droit juif à l’autodétermination et à la destruction de tout pouvoir régional édifié par les Arabes et l’islam » (page 166) ;

- « Très souvent nous entendons dire à propos de juifs de gauche que leur affinité pour les problèmes humanitaires résulte de leur “héritage humaniste juif”. Plus d’une fois, j’ai moi-même expliqué que c’est là un mensonge absolu. Il n’existe pas d’héritage juif de cette nature. Déterminés qu’ils sont par des préceptes tribaux, tant le judaïsme que l’“idéologie juive” sont exempts de toute éthique universelle » (page 172) ;

- « Le vol interminable de la Palestine au nom du peuple juif fait partie d’un continuum spirituel, idéologique culturel et pratique entre la Bible, l’idéologie sioniste et l’État d’Israël sans oublier ses zélotes d’outremer. Israël et le sionisme (…) ont institué le pillage promis par le Dieu hébreu dans les écritures saintes judaïques (page 182) ;

- « On dirait que l’armée israélienne, en rayant de la carte de lors de la bande de Gaza, en janvier 2009, mettait en application le verset du Deutéronome 20 :16 ; de fait, elle n’a “laissé la vie à rien de ce qui respire” » (Page 184) ;

- « Le vol et la haine imprègnent l’idéologie juive contemporaine, que celle-ci soit de gauche ou de droite » (page 185) ;

- « Alors que le contexte biblique judaïque est plein de références à des faits violents habituellement commis au nom de Dieu, dans le contexte national et politique juif contemporain les juifs tuent et volent en leur propre nom, au nom de l’autodétermination, de la “politique de la classe laborieuse”, de la “souffrance juive” et de leurs aspirations nationales » (page 185) ;

- « Si Shlomo Sand est dans le vrai (…), si les juifs ne sont pas une race et s’ils n’ont rien voir avec le sémitisme, alors l’“antisémitisme” est formellement un mot vide de sens. Autrement dit, la critique du nationalisme, du lobbying et du pouvoir juifs ne peut être considérée comme autre chose qu’une critique légitime d’un idéologie, d’une politique et d’une praxis » (page 212) ;

- « Il m’a fallu des années pour comprendre que l’Holocauste, cette croyance centrale de la foi juive contemporaine, n’était pas un récit historique, dès lors que les narrations historiques n’ont que faire de la protection de la loi et des politiciens » (page 215) ;

- « La religion de l’Holocauste est de toute évidence judéo-centrique jusqu’à la moelle. Elle définit la raison d’être juive. Pour les juifs sionistes, elle signifie un épuisement total de la Diaspora et elle fait du Goy un assassin irrationnel en puissance. Cette nouvelle religion juive prêche la revanche. Il pourrait s’agir de la religion la plus sinistre de tous les temps car, au nom de la souffrance juive, elle délivre des permis de tuer, d’écraser, de nucléariser, d’annihiler, de piller, d’épurer ethniquement. Elle a fait de la vengeance une valeur acceptée en Occident » (page 216) ;

- « La religion de l’Holocauste est le stade final, conclusif, de la dialectique juive (…) Au lieu d’avoir besoin d’un Dieu abstrait pour désigner les juifs en tant que peuple élu, dans la religion de l’Holocauste, les juifs se passent de ce divin intermédiaire et ils s’élisent eux-mêmes » (page 217) ;

- « Ceux qui tentent de réviser l’Histoire de l’Holocauste sont victimes de mauvais traitements des grands prêtres de cette religion (…) Nous ne sommes pas autorisés à y toucher, pas plus qu’il ne nous est permis de l’examiner » (page 220) ;

- « La religion de l’Holocauste était déjà bien établie très longtemps avant la Solution finale (1942), bien avant la Nuit de Cristal (1938), les Lois de Nuremberg (1936) et même avant la naissance d’Hitler (1889). La religion de l’Holocauste est sans doute aussi ancienne que les juifs le sont eux-mêmes » (page 221) ;

- « La morale de cette histoire [celle d’Esther] est très claire : si les juifs veulent survivre, ils ont intérêt à infiltrer les arcanes du pouvoir. À la lumière du Livre d’Esther, e Mardochée et de Pourim, l’AIPAC et la notion de “pouvoir juif” semblent l’incarnation d’une idéologie profondément biblique et culturelle » (page 226) ;

- « L’authenticité historique du Livre d’Esther est très largement remise en cause par la plupart des biblistes contemporains (…) Autrement dit, toute considération morale mise de côté, la tentative de génocide décrite est fictive » (page 227) ;

- « Le Livre d’Esther esquisse une identité exilique. Il provoque le stress existentiel et constitue un prélude à la religion de l’Holocauste » (page 227) ;

- « Tant dans Exode que dans le Livre d’Esther, l’auteur du texte réussit à prédire le genre d’accusations qui allaient être jetées contre les juifs pour les siècles à venir, telle que la recherche du pouvoir, le tribalisme et la tricherie. De manière choquante, le texte d’Exode fait penser à une prophétie de l’Holocauste nazi (…) Pourtant, aussi bien dans Exode que dans le Livre d’Esther, au final, ce sont les juifs qui tuent » (page 228) ;

- « Il m’a fallu des années pour comprendre que mon arrière grand-mère n’avait pas été transformée en “savonnette” ou en “abat-jour” contrairement à ce qu’on m’enseignait en Israël. Ella a sans doute péri d’épuisement ou du typhus, ou peut-être a-t-elle été victime d’un mitraillage collectif (au cours de ce qu’on appelle la Shoah par balles). C’était assurément triste et tragique, mais cela n’est pas très différent du sort qu’ont connu des millions d’Ukrainiens qui ont eu à apprendre le sens réel du mot communisme. Le sort de mon arrière grand-mère n’a pas été très différent de celui de centaines de milliers de civils allemands tués dans un bombardement aveugle cyniquement orchestré, pour l’unique raison qu’ils étaient allemands » (page 248) ;

- « Soixante-six ans après ans après la libération du camp d’Auschwitz, nous devrions pouvoir poser la question du “pourquoi”. Pourquoi les juifs étaient-ils haïs ? Pourquoi les peuples européens se sont-ils levés pour faire la guerre à leurs voisins ? Pourquoi les juifs sont-ils haïs au Moyen-Orient, où ils avaient sûrement une chance d’ouvrir une nouvelle page de leur histoire ? S’ils avaient envisagé de le faire, comme le clamaient les pionniers du sionisme, pourquoi ont-ils échoué ? Pourquoi l’Amérique a-t-elle durci ses lois d’immigration au plus fort du danger pour les juifs européens ? Nous devons aussi nous demander à quoi servent, au juste, les lois sanctionnant le négationnisme de l’Holocauste ? Qu’entend cacher la religion de l’Holocauste ? Tant que nous ne nous poserons pas de questions, nous serons assujettis aux sionistes et à leurs complots. Nous continuerons à tuer au nom de la souffrance juive » (page 249) ;

- Et les dernières lignes de l’épilogue du « livre » d’Atzmon sont les suivantes : « Je ne saurais laisser passer l’opportunité qui m’est ici offerte de remercier du fond du cœur ma demi-douzaine de détracteurs juifs marxistes qui m’ont harcelé, moi et ma carrière musicale, nuit et jour, des années durant, et sans lesquels je n’aurais jamais pris toute la mesure e la profondeur de la férocité tribale. Ce sont ces activistes juifs soi-disant “antisionistes” qui m’ont appris infiniment plus de choses que n’importe quel sioniste enragé au sujet de la véritable signification pratique – ô combien dévastatrice – de la politique identitaire juive » (page 268).

Fermez le ban ! Une telle diarrhée nauséabonde ne mérite pas de commentaire : elle condamne sans appel son auteur. Et son préfacier : car le Belge Jean Bricmont a cru bon de lui apporter sa caution.

Gilad Atzmon me propose de discuter de ses « idées » : je ne le ferai évidemment pas. À mes yeux, le racisme, quels qu’en soient la cible et le prétexte, ne représente pas une opinion, mais un délit. Il ne se débat pas, il se combat. C’est ce qu’ont d’ailleurs bien compris les intellectuels palestiniens, qui ont appelé le mouvement de solidarité à « désavouer » ces idées qu’ils jugent « dangereuses ». « Nous réaffirmons, précisent-ils, qu’il n’y a pas de place (…) dans notre combat pour quelque attaque que ce soit contre nos alliés juifs, les Juifs ou le judaïsme ou pour la négation de l’Holocauste (…) Nous considérons toute tentative visant à adopter un langage antisémite ou raciste - même dans le cadre d’une politique se prétendant anti-impérialiste et antisioniste - comme réaffirmant et légitimant le sionisme. Outre son immoralité, ce discours masque le rôle fondamental de l’impérialisme et du colonialisme dans la destruction de notre terre, l’expulsion de notre peuple et le soutien à un système et à des idéologies d’oppression, d’apartheid et d’occupation (5). »

Ou, comme le dit un vieux proverbe, « avec des amis comme ça, on n’a pas besoin d’ennemis »…

Dominique Vidal.

NOTES

(1) Editions Demi-Lune, Plogastel Saint-Germain, 2012. 

(2) www.silviacattori.net/

(3) www.info-palestine.net/

(4) www.silviacattori.net/article3075.html

(5) http://uspcn.org/2012/03/13/granting-no-quarter-a-call-for-the-disavowal-of-the-racism-and-antisemitism-of-gilad-atzmon/

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Article qui se justifie uniquement avec des citations mises bout à bout sans aucune critique ou argument à leurs encontres.  

On lit, de la plume de l'auteur: "Les antisémites, c’est connu,  ont toujours leurs « bons juifs »".

Cet argument par contre, s'il en est un, permet de dire de son interlocuteur qu'il est antisémite, même s'il peut s'en référer à d'autres juifs. Et c'est bien ce que critique Gilad: Les détracteurs d'un "supposé antisémite" vont qualifier à leur bon vouloir ce que "juif" voudrait dire et soutendrait de limites contre une pure et simple liberté d'expression pour simplifier le débat jusqu'à se donner raison: "je sais mieux MOI, ce qu'est un "bon" juif. Si tu n'es pas d'accord avec CE JUIF que j'ai imaginé pour toi, alors tu es antisémite."