dominique vidal
Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient, collaborateur du "Monde diplomatique", membre du Bureau de l'Iremmo, animateur bénévole de La Chance.
Abonné·e de Mediapart

114 Billets

0 Édition

Billet de blog 16 mars 2020

Coronavirus : je vous implore...

Une lettre du Docteur Raybaud au président de la République: le nécessaire confinement n’a de sens qu’accompagné d’autres mesures, dont certaines, les plus importantes, n’ont pas été prises. Pire : sans ces mesures, le confinement serait même contre-productif. La priorité absolue est à la distribution de masques aux Français, donc à leur production en masse.

dominique vidal
Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient, collaborateur du "Monde diplomatique", membre du Bureau de l'Iremmo, animateur bénévole de La Chance.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Lettre à Monsieur le Président de la République

par Pierre-Jacques Raybaud

Le Vésinet, 15 mars 2020

Monsieur le Président,

Je vous ai adressé il y a 6 jours un courrier et un dossier sur la très inquiétante épidémie. Ma lettre était accompagnée de toutes les références et sources scientifiques que j’avais publiées, Médiapart du 2 mars dernier. Il s’agissait de ce que je crois être modestement un ensemble complet de recommandations et de propositions tant du point de vue de la santé publique que de l’économie. À ce jour, je n’ai pas reçu de réponse.

Sans catastrophisme outrancier, le défi est grave, mais la réponse est simple.

Vous avez pris, le 14 mars, des mesures suggérées par vos conseillers, que je respecte, avec toute la confraternité qu’il se doit. Mais, comme de nombreux scientifiques et confrères, je ne partage pas du tout leurs avis.

JE VOUS IMPLORE : un confinement isolé n’a de sens qu’avec d’autres mesures, dont certaines, les plus importantes n’ont pas été prises. Pire : sans ces mesures, le confinement serait même contre-productif.

Ainsi, si les confinés sortent sans masque ou écharpe, notamment dans les transports en communs, sans prendre de précautions pour les autres, de manière systématique, alors ils ne peuvent que développer l’épidémie. J’insiste notamment sur l’hygiène des toilettes, formidable lieu de redistribution. Toute mon argumentation et mes sources scientifiques figurent dans le dossier.

JE VOUS IMPLORE : le port en tout lieu d’un masque ou, à défaut, d’une simple écharpe épaisse et bien mise en permanence et par la totalité de la population, toutes professions confondues, est la solution radicale à marteler dans la population. Cela devrait être, non pas un conseil, mais une obligation responsable, solidaire et républicaine. Si toutes ces recommandations n’accompagnent pas le confinement, alors on augmente le nombre de cas, comme ce fut le cas, dans un premier temps, en Italie.

J’aimerais tant me tromper, mais, faute de ces recommandations, le nombre de cas va s’accroître de manière spectaculaire dans les 2 à 3 semaines, pour atteindre entre 15 000 et 20 000, avec peut-être 500 décès – et je suis optimiste.

Pour enrayer l’épidémie, il faudrait mettre des masques FFP3 ou minima des masques chirurgicaux, à la disposition, d’abord de la totalité des personnels médicaux et hospitaliers, de la femme de ménage au chef de service, puis de la totalité de la population, leur port étant obligatoire. Cette simple mesure, mise en œuvre radicalement, stopperait à coup sûr l’épidémie en un mois et demi.

JE VOUS IMPLORE : il est absolument nécessaire de faire construire très rapidement des usines pour augmenter les capacités de production de ces masques.

C’est possible. Il ne s’agit pas de construire des avions, des voitures ou des ordinateurs. Les quelques millions d‘euros à investir ne représentent rien à côté du coût de l’épidémie annoncé par votre ministre des Finances : plusieurs dizaines de milliards tant pour la santé publique que pour le ralentissement de l’économie. Sinon, effectivement, nous courons clairement à la catastrophe.

JE VOUS IMPLORE : aidons de manière plus spectaculaire le milieu médical et hospitalier, qui, déjà au bord du gouffre, risque d’exploser. Ce n’est plus l’heure des petites mesures, inadaptées à la gravité de la situation.

JE VOUS IMPLORE : annulez le second tour des élections municipales, comme l’a suggéré justement Jacques ATTALI, sauf à adopter la barrière principale : le masque ou l’écharpe pour les électeurs, les assesseurs et l’ensemble du personnel.

Je redoute que le premier tour, avec des électeurs sans masque ou écharpe, décuple les chiffres, dans les quelques jours qui vont suivre.

JE VOUS IMPLORE : observons la performance du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan qui ont endigué l’épidémie par un confinement modéré, au demeurant, mais avec masques, et ce en entraînant un faible ralentissement de l’économie.

Au Japon, on compte en ce moment 90 % de porteurs de masque dans les transports en commun, et la responsabilité individuelle et collective y est beaucoup plus développée que chez nous. Le gouvernement a distribué 600 millions de masques rien que pour le mois de mars. Dans les hôtels et les transports, c’est quasi 100 % des personnels qui portent le masque.

JE VOUS IMPLORE : lançons des études auprès des scientifiques sur l’intérêt de l’utilisation de la chaleur inhalée au-dessus de 56-60 degrés, jamais testée jusqu’ici dans le monde. C’est logique scientifiquement. Étudions cette solution : l’inhalation, dont l’innocuité est connue, y compris celle des saunas à 80 degrés, ne diminuerait-elle pas le risque de contracter le virus ? Quel protocole, à quelle précocité, avec quelle fréquence ? Une fois la personne malade, diminue-t-elle les complications de la maladie et en réanimation ? Selon le protocole évoqué, ne diminue-t-on pas le taux de mortalité du SRAS ? C’est peut-être inefficace, mais, si c’est l’inverse, tout le monde médical réduira l’incidence des maladies respiratoires virales, avec un procédé simple et peu coûteux, en sus des autres traitements.

JE VOUS IMPLORE : renversez la situation. Il en va de votre responsabilité de chef d’État. La France peut le faire. Nous pouvons avoir confiance dans le peuple dès lors que tout est clair d’un point de vue scientifique.

Vous n’êtes pas responsable du délitement progressif de notre société française en matière de respect et de tolérance des autres, de propreté collective et tout simplement d’empathie. C’est un long processus que d’autres spécialistes analyseront mieux que moi.

Pourtant l’enrayement ultra-rapide de cette épidémie pourrait montrer, par ces mesures radicales, qu’il est possible d’inverser ce délitement, par une prise de conscience collective. La culture et le tourisme, de grandes richesses de notre pays, les transports aériens, maritimes et terrestres, les commerces, les entreprises, les professions libérales et j’en oublie beaucoup vont être lourdement impactés. Beaucoup mettront la clef sous la porte.

Ces mesures, par ailleurs doivent être mondiales.

J’admire votre initiative de saisir le G7 sur la question, elle est tout à votre honneur. J’ai confiance dans cette prise de conscience générale.

Je salue l’ensemble de la profession médicale et mes confrères qui font un travail exceptionnel.

Je vous prie, Monsieur le Président de la République, de bien vouloir recevoir toute ma respectueuse reconnaissance.

Dr Pierre-Jacques Raybaud

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
Parlement : ce que peut espérer la Nupes
Et si la gauche devenait la première force d’opposition au Palais-Bourbon en juin prochain ? Un scénario plausible qui pourrait, dans une certaine mesure, transformer le paysage politique, explique Olivier Rozenberg, spécialiste de la vie parlementaire.
par Pauline Graulle
Journal
Ukraine : divisé, le monde occidental peine à dessiner une issue
Alors que le spectre d’un conflit long se précise, faut-il continuer, et jusqu’à quand, à livrer des armes à Kyiv ? Est-il encore possible de ménager une « porte de sortie » à Vladimir Poutine pour faciliter de futures négociations de paix ? Aux États-Unis comme en Europe, des dissensions commencent à affleurer sur ces sujets clés.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
La guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Législatives : des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet d’édition
Hebdo #123 : Parole à celles et ceux qui ont déjà bifurqué
À la suite du retentissant appel des jeunes diplômés d’AgroParisTech à déserter les postes dans l’agro-industrie, nous avons recueilli de nombreux témoignages d’anciens étudiants « en agro » devenus paysans, chercheurs, formateurs, etc. Ils racontent leur parcours, les embûches et leur espoir de changer le système. Bifurquer, c’est possible. Mais il faut s’organiser !
par Sabrina Kassa
Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent
Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse
Billet de blog
Bifurquer, c'est tout le temps à refaire (et ça s'apprend)
Je suis diplômée ingénieure agronome depuis décembre 2019. On m'a envoyé mille fois la vidéo du discours des diplômés d’AgroParisTech qui appellent à bifurquer et refusent de travailler pour l’agro-industrie. Fantastique, et maintenant ? Deux ans après le diplôme, je me permets d'emprunter à Benoîte Groulte pour répondre : ça dure toute la vie, une bifurcation. C'est tout le temps à refaire.
par Mathilde Francois