En défense d’Edwy Plenel et de Mediapart

Trop, c’est trop !

La campagne menée par Charlie, suivi du ban et de l’arrière ban des grands médias, contre Edwy Plenel et Mediapart prend des proportions proprement – ou plutôt salement – stupéfiantes.

« On ne savait pas », titre l’hebdomadaire satirique au bas d’une caricature montrant les moustaches du fondateur de Mediapart l’empêchant de voir et d’entendre les crimes de Tariq Ramadan et a fortiori d’en parler. Comme si la charge ne suffisait pas, l’éditorial de Riss accuse Edwy Plenel de « condamne[r] à mort une deuxième fois “Charlie Hebdo” ».

Car le diffamé a eu l’audace de répondre à son diffamateur. Sur le fond. Chacun, en effet, l’a compris : les viols dont Ramadan est accusé ne constituent qu’un prétexte, la polémique porte en réalité sur l’islamophobie dont l’essor, à gauche comme à droite, gangrène la France d’aujourd’hui.

Scandale des scandales : Edwy Plenel souligne que Charlie participe à une « guerre contre les musulmans ». La formule est certes forte, mais elle vise juste. L’attentat atroce dont le journal satirique a été victime – et contre lequel j’ai bien sûr, en son temps, manifesté – ne saurait faire oublier l’islamophobie qui le caractérisait et le caractérise toujours. De ce point de vue, Riss est bien l’héritier de Charb.

Avec la finesse qui le caractérise, Manuel Valls, l’ancien pro-palestinien reconverti par François Hollande dans le « chant d’amour pour Israël et pour ses dirigeants », force encore le trait : il accuse Edwy Plenel de « complicité intellectuelle » avec le terrorisme, lui prête « la même sémantique utilisée par la propagande que Daesh » et prétend qu’il a lancé « un appel au meurtre ». Et de conclure: « Je veux qu'ils reculent, je veux qu'ils rendent gorge, je veux qu'ils soient écartés du débat public. »

Comme Manuel Valls, une pente glissante a progressivement amené Charlie à converger avec l’extrême droite identitaire pour, du terrorisme, s’en prendre à l’islamisme, puis à l’islam et finalement aux musulmans. Et, sur cette route en forme d’impasse, il trouve – entre autres – Mediapart, un journal dont le succès garantit l’indépendance. D’où sa rage.

L’enjeu du vrai débat n’a rien de marginal : il est central. Pour aller vite, réconcilier la France et sa jeunesse représente la condition sine qua non de tout progrès démocratique et social. La question concerne en tout premier lieu les enfants de l’immigration. Si la critique évidemment nécessaire des dérives de l’islamisme se mue en diffamation permanente de l’islam, religion de nombre d’entre eux, cela ne peut qu’ajouter l’humiliation aux discriminations qui les frappent au quotidien – en matière de logement, d’enseignement, d’emploi, de santé, de culture… Bref, à cet « apartheid territorial, social, ethnique » que dénonçait un certain... Manuel Valls.

Il en va donc bien de l’avenir de la France, comme, dans l’immédiat, de la réussite du combat contre le terrorisme. Comme l’écrivait Edwy Plenel dans la préface à son livre Pour les musulmans, il faut prendre « le parti de nos compatriotes d'origine, de culture ou de croyance musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes. L'enjeu n'est pas seulement de solidarité mais de fidélité. Pour les musulmans donc, comme l'on écrirait pour les juifs, pour les Noirs et pour les Roms, ou, tout simplement, pour la France ».

D. V.

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