A-t-on le droit de vouloir l’union Mélenchon-Hamon ?

Le billet que j'ai publié lundi, sous le titre "Pourquoi je ne voterai pas Mélenchon", a suscité de nombreuses réactions. Voici ma réponse, en bref.

Si le commentaire est libre, le commentaire du commentaire aussi. Ceux que j’ai lus – attentivement – toute la journée sur mon billet d'hier (https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/200317/pourquoi-je-ne-voterai-pas-melenchon) appellent plusieurs remarques.

D’abord, ils confirment l’intérêt de ce débat, qui a suscité un très grand nombre de réactions. Certaines convergent avec mon analyse. La majorité diverge. Quantité ne rime malheureusement pas toujours avec qualité. Certains « insoumis » semblent avoir perdu toute culture de débat démocratique : ils croient pouvoir remplacer les arguments par des invectives.

Je relève d’ailleurs quelques innovations dans ce domaine souvent répétitif : me voici transformé en « millepattes », en « porte-voix à cravate – moi qui n’en porte jamais – du porte-voix à cravate » ; je suis en « service commandé », cherchant à « alimenter (mon) fond de commerce » ; je défends mon « aspiration à la retraite » (j'y suis depuis sept ans) et à la « protection de (mon) patrimoine » (gigantesque)… Un complotiste me soupçonne même d’être un électeur de Sarkozy !

Mais le point commun le plus fréquent est de m’accuser de « rouler » pour Benoît Hamon. Je mets évidemment au défi qui que ce soit de trouver sous ma plume un appel à voter pour Benoît Hamon – a fortiori pour Emmanuel Macron qui, à mes yeux, ne relève pas de la gauche, pour ne rien dire d’un Asselineau ripoliné par quelques messages…

Et pour cause : je tiens Hamon ET Mélenchon pour co-responsables de la division de la gauche. Pourquoi est-ce grave ? Parce que cette division, qui exclut la gauche du second tour, ouvre un boulevard à la droite, voire à l’extrême droite. Visiblement, la plupart des intervenants ne mesurent pas ce risque, voire le nient. Avaient-ils prévu le Brexit, l’élection de Trump ? Non, bien sûr. Mais ils constatent que les sondages donnent l’adversaire de Marine Le Pen vainqueur dans tous les cas de figure. Et eux qui ne croient pas aux sondages en déduisent qu’il n’y a pas péril en la demeure.

Je n’ai donc pas convaincu sur ce point. Et pourtant le FN, d’élection en élection, n’a cessé de progresser, dépassant les 26 % aux départementales de 2015. Une majorité relative d’ouvriers et d’employés non abstentionnistes le choisissent. Et 80 % de ses électeurs potentiels se disent déterminés, contre 60 % en moyenne pour l'ensemble des candidats. Or la gauche est désunie, Fillion affaibli, Macron fragile. Dans cette situation inédite, rien ne permet d’exclure un bond en avant de Marine Le Pen du premier au second tours. Nous vivons au temps de la revanche – à droite – des victimes de la mondialisation néolibérale.

Or la clé d'une bataille efficace contre la présidente du FN, c'est la capacité à lui disputer cet électorat populaire qu'elle a conquis depuis plusieurs années. François Fillion en est bien incapable, tant la nouvelle cure d'austérité qu'il propose est insupportable. Emmanuel Macron est à la peine, contraint à un va et vient permanent entre les deux ailes qu'il tente de fédérer. Seuls Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon pourraient s'acquitter de cette tâche décisive... s'ils défendaient ensemble une véritable alternative de gauche, démocratique, sociale et écologique.

On l’a bien vu au cours du débat télévisé d’hier. La démagogie de Marine Le Pen a atteint de tels sommets qu’elle m’a fait irrésistiblement penser à cette vieille publicité pour une marque de biscuits, dans laquelle un certain « Monsieur Plus » bousculait les confiseurs afin d’y introduire plus de noisettes. A chaque question, « Madame Plus » ajoutait une promesse supplémentaire, financée par l’opération du Saint-Esprit. Basique mais redoutable, cette technique a désarçonné les candidats de la droite et du centre. Seux de gauche auraient pu mieux la contrer… s’ils s’étaient concertés pour parler d’une seule voix.

Mais qu’allez-vous voter ?, me demandent certains correspondants. Pour l’instant, ce n’est pas la question que je me pose [1]. Mon espoir, c’est que l’exigence unitaire contraigne les deux leaders de gauche à se mettre d’accord. Je rappelle que 1,2 million d’électeurs ont choisi Hamon pour « dégager » Valls. Et, loin de céder à la pression de la droite socialiste, le vainqueur de la primaire a pris un « tournant à gauche » : Alexis Corbière a même parlé de « mélenchonisation ».

Allons, camarades, encore un effort ! Et la droite sera battue…


[1] Je rappelle qu’il y a d’autres candidats à gauche que Mélenchon et Hamon…  

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