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Billet de blog 21 déc. 2020

dominique vidal
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Ni antisémitisme ni racisme!

Parce que son père est israélien et italien, l'élection samedi d'April Benayoum, Miss Provence, comme première dauphine du concours Miss France, a suscité une vague de commentaires. Les uns s’en prenaient à la politique anti-palestinienne d’Israël - mais sommes-nous responsables de nos parents ? D’autres affichaient un antisémitisme répugnant. Soyons clairs.

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J’ai retiré de ma page Facebook un post sur les commentaires antisémites à propos d’April Benayoum, élue Miss Provence et devenue première dauphine du concours Miss France. Parce qu’il a paradoxalement suscité des commentaires... antisémites. Et qui plus est stupides : depuis quand est-on responsable de ce que sont et font nos parents ?

À vrai dire, il suffirait de citer, pour déciller les yeux des aveugles, les déclarations des politiques - de Darmanin à Avia, en passant par Valls, Bergé, Ciotti et Collard - brandissant les débordements irresponsables pour justifier, qui le soutien à Israël, qui les lois liberticides, qui encore le racisme anti-immigré. L’odieux Odoul, provocateur islamophobe bien connu en Bourgogne, ne s’est-il pas écrié : « L’immigration massive et l’absence d’assimilation peuvent donc pourrir le concours de Miss France » (sic) ?. Au bal des hypocrites, il ne manquait plus que l’ambassade d’Israêl, pour condamner « avec la plus grande fermeté le déferlement de haine antisémite et antisioniste » (re-sic).

Une leçon de choses pour ceux qui n’auraient pas compris (ou feraient semblant).

Sur lde nombreux comptes Twitter...

Il faut que mes « amis sur Facebook », y compris  arabes (et ils sont, j’en suis heureux, très nombreux), s’y habituent : pour les mêmes raisons qui font que je me bats pour les droits des Palestiniens depuis des décennies, je m'insurge contre toutes les formes de racisme - sans jamais les hiérarchiser. Y compris l’antisémitisme, dont ma famille a appris jusqu’où il peut mener.

Du côté de mon père, 15 Sephiha sont morts dans les camps nazis. Quant à la famille de ma mère, les Wolf, les parents, résistants clandestins, durent mettre à l'abri leurs enfants dans des familles du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne.

Ma mère en est revenue militante, socialiste de gauche, puis au Parti socialiste unifié (PSU). Ce que les courageux protestants auvergnats avaient fait pour elle, elle le fit fait 15 ans plus tard pour les Algériens aspirant légitimement à l’indépendance. « Porteuse de valises », elle aida le Front de libération nationale (FLN), hébergea clandestinement ses dirigeants, vendit les livres interdits de Henri Alleg et de Pierre Vidal-Naquet, distribua le bulletin du comité « Vérité-Liberté » de Laurent Schwartz, transporta des tracts, transféra de l’argent...

Cette activité militante, elle la mena avec mon oncle, membre du Réseau Jeanson puis Curiel en Belgique. Revenu de Buchenwald et de Dachau, il était parti, comme beaucoup de jeunes juifs survivants, en Palestine. Il y a même servi dans l’armée en 1948, mais en revint dès 1950 : car il voulait un État binational judéo-arabe socialiste, pas un État juif capitaliste. Il a passé le reste de son temps (libre) à aider les peuples en lutte, notamment les maquis républicains espagnols jusqu’en 1953 et donc le FLN algérien jusqu’en 1965.

Et il s’est toujours prononcé pour l’autodétermination palestinienne. En juillet 2000, quelques jours avant sa mort, il critiquait encore vertement le sabotage du sommet de Camp David par Ehoud Barak...

Voilà dans quelle histoire s’enracine mon refus égal de tous les racismes. Ceux qui pensent qu’il faut s’en prendre aux juifs pour dénoncer la politique israélienne se trompent lourdement. Car l’antisémitisme sert les dirigeants de Tel-Aviv qui en font un argument pour justifier l’occupation, la colonisation et l’apartheid - un « Grand Israël » à même d’accueillir tous les juifs persécutés dans le monde entier.

Je comprends évidemment, parce que je la partage depuis l'adolescence, la colère que suscitent les crimes - ceux des dirigeants israéliens comme américains, syriens, russes, chinois, saoudiens, français, iraniens, etc. Une liste exhaustive serait trop longue... Mais transformer cette colère en racisme ne bénéficie qu'à ces criminels.

Et j’ajoute : ceux qui affichent leur antisémitisme, comme tout autre racisme, ne peuvent pas être mes ami(e)s, même sur Facebook.

Encore une idée, à mes yeux importante. La lutte du peuple palestinien est inséparable de celles que mènent tous les autres peuples victimes de l’impérialisme, occidental ou non, comme de leurs propres dirigeants: Darfouris, Ouïghours, Kurdes, Tchétchènes, Rohingyas, Yéménites, Indiens du Chiapas, Tibétains, etc... Et j’ajoute Sahraouis. À certains de mes amis(e) marocain(e)s, qui éprouvaient quelque difficulté, il y a dix jours, à critiquer la trahison des Palestiniens par le roi Mohamed VI, je rappelle que le droit à l’autodétermination ne se divise pas.

Au printemps 2002, une centaine d’intellectuels et d’artistes arabes rédigèrent une pétition contre les violences antisémites qui se multipliaient alors :

« La communauté juive, écrivaient-ils, n’est pas identifiable au peuple israélien. Le peuple israélien n’est pas non plus — loin de là — à l’image de Sharon. [...] Nos partenaires et nos partisans les plus précieux sont les Israéliens et les Juifs qui œuvrent, aux côtés des Palestiniens, contre l’occupation, la répression, la colonisation. [...] Un grand nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre les droits et les libertés universels ».

Et les pétitionnaires concluaient : « Ne nous trompons pas de combat. L’insulte contre un Juif ou un Arabe, c’est la même [1]. » 

Dominique Vidal.

 [1]  Je cite ce texte, publié par Le Monde le 10 avril 2002, dans « Combattre les racismes et leur manipulation », Revue internationale et stratégique, 2005/2 (n*58), pages 171 à 178.

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