Rien n’est perdu, fors l’honneur

Ma critique du Manifeste de Philippe Val m’a valu un flot sans précédent de messages de soutien. Et une insulte infâme.

Visiblement, ce que j’ai écrit dans la nuit de dimanche à lundi (à lire ici) a rencontré des échos profonds chez nombre d’amis. D’autres textes ont d’ailleurs été publiés, qui vont dans le même sens - je les ai repris sur ma page Facebook.

Tout cela a suscité de riches débats, parfois contradictoires, le plus souvent convergents. Rarissimes ont été les réponses polémiques, à fortiori insultantes.

Mais il fallait évidemment que quelqu’un me traite d’antisémite - pardon: de "néo-antisémite". C’est l’ultime argument des inconditionnels d’Israël, lorsqu’ils s’avèrent incapables d’en formuler d’autres.

J’ai expliqué patiemment à Bruno Ribard que son insulte était obscène. Non seulement mon père a connu Auschwitz, mais la plupart des membres de ma famille paternelle ont été déportés: Ravensbrück, Buchenwald, Dachau. Ma mère et ses frères et sœur ont été cachés chez d’admirables protestants en Auvergne.

Il n’y a évidemment pas que mes origines. À 13 ans, j’étais l’un des animateurs du Comité antiraciste de mon lycée. J’ai participé à toutes les mobilisations contre l’antisémitisme et le racisme. Et je suis le premier à avoir consacré un livre aux nouveaux historiens allemands qui, archives en main, ont restitué la Shoah dans son véritables contexte (1). Un coup d’œil sur les sommaires du Monde diplomatique témoigne en outre que j’ai souvent écrit sur le génocide nazi.

Voilà pourquoi me faire traiter d’antisémite m’est insupportable.

« Tout est perdu, fors l’honneur », a dit François Ier après la bataille de Pavie. Bruno Ribard pourra dire, lui, après la bataille du Manifeste : « Rien n’est perdu, fors l’honneur. »

D. V.

(1) Les historiens allemands relisent la Shoah, Complexe, 2002.

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