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Historien et journaliste, spécialiste des relations internationales et notamment du Proche-Orient, collaborateur du "Monde diplomatique", membre du Bureau de l'Iremmo, animateur bénévole de La Chance.
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Billet de blog 26 avr. 2020

«Euthanasie?» Non: «Euthanasie!»

Dans son édition du 22 avril, le «Canard Enchaîné» révèle une information gravissime: une circulaire aurait appelé le 19 mars les hôpitaux à limiter l'accès des personnes «fragiles» à la réanimation. Avec les conséquences qu'on imagine.

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Il y a quinze jours, dans ce même blog, sous le titre « Euthanasie ? », j’écrivais : « Selon des informations convergentes, dans un certain nombre d'hôpitaux, on pratique un choix parmi les malades, les plus gravement atteints, souvent les plus âgés, étant abandonnés à leur sort au profit des plus jeunes, jugés plus aptes à surmonter la maladie. Sans parler de la mort solitaire de milliers de pensionnaires des EHPAD. Je ne dois pas être le seul à qui cette méthode, même “justifiée” par l'urgence et l'insuffisance des moyens, rappelle de terribles souvenirs ».

Après avoir rappelé le génocide nazi des handicapés et malades mentaux en 1939-1941, j’ajoutais : « Comparaison n'est évidemment pas raison. Mais je veux mettre en garde contre ce que d'aucuns appellent déjà le “tri” comme s'il s'agissait d'une démarche normale. Non, elle n'est pas normale ! Outre les poursuites auxquelles s'exposent ceux qui les mettent en œuvre, ces pratiques, quelle qu'en soit l'explication conjoncturelle, nous replongent dans l'horreur. Certes, aucun des médecins français en cause ne partage l'idéologie darwiniste de l'élimination des “bouches inutiles”. Mais l'euthanasie reste l'euthanasie. » (Je ne pensais évidemment pas au choix volontaire que chacun de nous doit avoir le droit de faire.)

Avec l’enquête publiée par La Canard enchaîné mercredi dernier, il faut, hélas, retirer le point d’interrogation et le remplacer par un point d’exclamation : non plus « Euthanasie ? », mais « Euthanasie ! » Car les morts que je dénonçais ne seraient plus seulement le résultat des choix terribles auxquels ont dû se résoudre des médecins débordés par l’afflux de personnes âgées gravement atteintes par le Covid-19 et démunis des moyens nécessaires pour toutes les intuber et les ventiler, mais la conséquence d'UNE CIRCULAIRE VENUE D’EN HAUT !

Selon notre confrère, cette circulaire du 19 mars aurait limité l’accès à la réanimation des « personnes fragiles ». Et, en quelques jours, les patients de plus 75 ans en réanimation seraient passés de 19 % à 7 %, et ceux de plus de 80 ans de 9 % à 2 %. Jugez-en grâce au fac-similé de cet article :

"Le Canard enchaîné", 22 avril 2020 © H. L.

Le président de la République, son Premier ministre, son ministre de la Santé et le Directeur général de celle-ci doivent répondre à trois questions simples :

  • Cette circulaire existe-t-elle ?
  • Qui l’a signée ?
  • De combien de personnes « fragiles » a-t-elle entraîné la mort ?

J'ajoute une question destinée à mes consœurs et confrères journalistes : pourquoi la plupart des médias n'ont-ils pas - quitte à la contester - relayé cette information ?

Selon les réponses apportées par les autorités, il convient que le Parlement constitue SANS ATTENDRE une commission d’enquête, dont les résultats devront éventuellement déboucher sur un procès, s’il le faut devant la Cour de justice de la République.

Lorsque nous avons publié, grâce à Mediapart, notre « Manifeste des vieilles et vieux réfractaires », signé par des centaines de personnes, certains nous ont reproché d’« exagérer ». Nous n’imaginions pas que nos formules choc refléteraient la réalité tragique de plusieurs milliers de morts sur ordonnance… d’État.

Après l’hécatombe, involontaire, de la canicule de 2003, voici celle, partiellement volontaire, de l’épidémie de 2020. Les responsables de ces morts provoquées en masse doivent être punis pour que plus jamais un pouvoir politique débordé, impuissant et irresponsable ne puisse recourir à des moyens aussi barbares.

Faut-il le rappeler ? "Tu ne tueras pas", affirme le sixième Commandement.

Dominique Vidal.

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