Sauvons les éditions Le Temps des cerises!

La fraction néo-stalinenne du PCF a-t-elle décidé de mettre la main sur Le Temps des cerises, maison créée il y a près de trente ans ? Au-delà de médiocres calculs personnels, cette opération semble cibler le fondateur, le poète Francis Combes, mais aussi la direction du Parti. Il faut sauver ce petit éditeur dont l’indépendance, le pluralisme et l’ouverture ont fait la grandeur.

J’ai été membre durant près de vingt ans du Parti communiste français (PCF) et travaillé dix-huit ans dans sa presse. Cette aventure s’est terminée par mon licenciement, avec celui de la majorité de la rédaction, de l’hebdomadaire Révolution.

Depuis, même lorsque l’envie me démangeait, je n’ai jamais polémiqué avec mon ancien parti et mes anciens employeurs. Parce que je ne veux pas « cracher dans la soupe ». Parce que combattre son passé, c’est compromettre son présent et son avenir. Et surtout parce que j’ai bâti ma vie professionnelle ailleurs, avec bonheur: à La Croix, puis comme directeur international du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) et enfin au Monde diplomatique, durant dix ans comme collaborateur extérieur, puis pendant vingt ans comme rédacteur, puis rédacteur en chef adjoint aux côtés d’Alain Gresh et enfin comme directeur du développement et des éditions internationales.

Si je sors de ce silence volontaire, c’est que la fraction néo-stalinienne du PCF règle ses comptes avec une nouvelle direction qu’elle a pourtant contribué à imposer. Et tout lui est bon.

Si leur hold-up réussissait, les néo-staliniens détruiraient Le Temps des cerises comme ils ont détruit le Parti communiste. Ils renonceraient à l’ambition culturelle et humaniste de Francis Combes pour se contenter de produire de petits livres de propagande pour leurs idées préhistoriques.

Il ne faut pas les laisser faire. C’est pourquoi j’ai invité Parricia Latour, co-fondatrice, autrice et ancienne gérante du Temps des Cerises, à s’exprimer sur mon blog.

D. V.

P. S.: Je doute que le Iznogood de service, qui veut être calife à la place du calife, connaisse le remarquable film d'Andrej Wajda intitulé Sans anesthésie. Il le plagie sans le savoir: dans le film aussi, lorsque le journaliste communiste critique arrive un matin à son travail, il trouve en face de lui un autre journaliste, qui s'est fait livrer son bureau et lui propose avec un grand sourire de lui prêter ses journaux..

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Le Temps des Cerises a été créé en 1993, par un collectif de trente-trois autrices et auteurs, réunis autour du poète Francis Combes. Parmi ces fondateurs, dont j’étais, il y avait le romancier brésilien Jorge Amado, Gilles Perrault, Patrick Besson, Eugène Guillevic, Catherine Claude, Pierre Bourgeade, etc.

En vingt-sept ans, cette maison s’est affirmée dans le paysage éditorial pour sa place singulière : sa production poétique et littéraire, son engagement progressiste, son ouverture à une grande diversité d’auteurs, son indépendance d’esprit. Elle est aussi connue pour le rôle qu’elle a joué dans la défense du pluralisme éditorial, en étant à l’origine, avec d’autres, de la création de l’association l’Autre livre qui réunit environ 200 éditeurs indépendants et dont Francis Combes est aujourd’hui le président.

Il y a quelques années, nous avions pris la décision d’ouvrir le capital à de nouveaux partenaires, notamment Freddy Huck, de la fédération CGT de l’agro-alimentaire, et Isabelle Figuères, de Malakoff. Ceux-ci ont tout un temps apporté leur concours en respectant les choix éditoriaux qui étaient faits et sans attendre de contrepartie financière à leur engagement.

Mais depuis plusieurs mois, la situation a visiblement changé. Francis Combes ayant fait part de son intention de préparer la relève, il a formulé des propositions pour la future équipe éditoriale. Or, ces associés (qui se retrouvent aujourd’hui majoritaires) ont écarté ces propositions sans tenir compte de son avis.  Alors qu’il s’agit quand même de prendre sa suite,  dans la maison qu’il a fondée et dirigée pendant de nombreuses années…

Ils ont décidé unilatéralement de nommer comme nouveau directeur un permanent du PCF, l’actuel rédacteur en chef de la revue du secteur économique de ce parti, qui est de plus secrétaire départemental du PCF dans le Lot-et-Garonne et élu à Agen…

Ce nouveau directeur pressenti n’a ni le profil, ni les compétences requises pour ce travail.

De plus, Le Temps des Cerises n’a jamais été la maison d’édition du PCF. Et, même si les communistes, dans leur diversité, ont leur place dans cette maison, ils ne sont pas les seuls et sont loin d’être majoritaires parmi les auteurs ou au sein du conseil éditorial.

Tout cela se fait sans tenir compte du collectif humain que constitue cette maison, avec ses fondateurs, ses collaborateurs et ses auteurs qui ont toujours joué un rôle essentiel dans la vie de la maqison. Cette pratique du fait accompli s’est illustrée lors de la première rencontre qu’a eue l’actuel directeur avec son remplaçant potentiel : à peine la discussion s’achevait-elle qu’un nouveau bureau était livré dans le bureau de Francis Combes pour que son remplaçant puisse s’y installer (sic) !

De quoi s’agit-il ? D’une reprise en main ? Par qui et pour quels intérêts ? S’agit-il seulement de reclasser un permanent (ce qui n’est pas la vocation de cette maison d’édition) ? Ou bien de l’effet collatéral de luttes de factions internes à la CGT et au PCF ?

En fait, tout se passe comme si une fédération de la CGT et une section de travail du PCF avaient décidé de mettre la main sur cette maison d’édition indépendante pour réaliser un autre projet éditorial, un projet politique.

Quoi qu’il en soit, nous sommes nombreux dans et autour de la maison d’édition à éprouver les plus vives inquiétudes quant à son avenir. Il ne faut pas que la belle aventure du Temps des Cerises soit ainsi détournée et remise en cause.
 
Patricia Latour.

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