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Billet de blog 5 novembre 2025

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A Marseille, 7 ans après le drame, ville et tribunal administratif restent indignes

Le procès du drame de la rue d'Aubagne a scellé la responsabilité des deux institutions marseillaises. Vont-elles se corriger ou comptent elles passer du déni à l'oubli ? Pourtant la réparation de leurs dysfonctionnements reste nécessaire, d'autant que la violence contre les habitants semble bien de retour.

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Marseille capitale du logement indigne est désormais aussi capitale de la défaillance des institutions. Le tribunal correctionnel de Marseille a rendu son verdict cet été dans le procès du drame de la rue d’Aubagne, qui a tué huit de nos concitoyens le 5 novembre 2018.

Il faut saluer encore la dignité et le courage des familles des victimes, au terme d’un procès qui aura permis de nommer des responsabilités longtemps niées.

Le verdict a mis en lumière la chaîne de responsabilités : propriétaires négligents ou cupides, professionnels complaisants, autorités publiques défaillantes. Il révèle aussi un « système marseillais » qui permet depuis trop longtemps de tels drames. C’est une étape nécessaire pour la vérité et la justice. Mais il laisse ouverte une question majeure : comment empêcher qu’un tel drame se reproduise ?

Depuis 4 mois les institutions n'ont toujours pas répondu aux paroles de sagesse de Domenico, le père de Simona décédée rue d'Aubagne, qui dénonçait la permanence de ce "système marseillais" :

« Vous, vous vivez encore là. Nous on habite ailleurs. Cette situation n’est pas rassurante pour vous. Car s’il n’existe pas de signe d’amélioration, les erreurs peuvent se répéter. »

Le constat est pourtant grave pour les institutions locales. Deux responsables de l'action publique ont été condamnés. Julien Ruas adjoint au maire et Richard Carta expert du tribunal administratif (TA) chacun à 2 ans de prison avec sursis. Leurs fautes reconnues ne sont pas détachables de leur fonction. Ce sont donc les institutions qui sont fautives. C'est maintenant officiel.

Or ces deux institutions ont nié leur responsabilité dans le drame, elles ne se sont pas remises en cause suite aux effondrements, et elle ont provoqué la crise des délogés et les autres victimes reconnues par le verdict. Leur aveuglement sur leur responsabilité dans le drame et dans cette crise a été total :

  • A tel point que la municipalité de Marseille a osé tenter de se poser en victime (partie civiles) et le tribunal correctionnel l'a rejetée !
  • A tel point que le TA a continué à confier des expertises d'immeubles à Richard Carta jusqu'à ce verdict par lequel le tribunal correctionnel le lui interdit désormais !

Il faut donc maintenant exiger que ces institutions présentent comment elles vont analyser et corriger leurs défaillances coupables. 

Il y a encore à Marseille des signalements de périls quasiment tous les jours, des expertises toutes les semaines. Quelles dispositions va prendre le TA pour que ses expertises soient gage de sécurité et non cause de risque mortel ?

Les habitants attendent de ces institutions la transparence sur ces réponses, par respect pour les victimes et les habitants de Marseille.

Il faut aussi préserver une justice impartiale : la dignité commande le dépaysement de la procédure d’indemnisation des victimes, pour éviter tout conflit d’intérêt avec le tribunal administratif marseillais, celui-là même qui avait validé la réintégration des habitants avant l’effondrement.

Enfin, il faut soutenir la demande des familles, des associations et députés locaux pour qu’une enquête parlementaire approfondisse les causes systémiques de ce drame et propose des réponses à la hauteur de la crise à Marseille.

Le tribunal administratif de Marseille et l'administration municipale sont restés incapables pendant 7 ans de regarder en face leur responsabilité dans ce drame et leur défaillance dans la gestion des immeubles en périls. Ces institutions se sont enfermées dans le déni. Comment peuvent-elles encore depuis 4 mois, rester sourdes au verdict du procès et à l'appel des victimes ?

J'ai dirigé le service des périls dans cette administration municipale en 2020-2021. Avec la direction de la prévention et gestion des risques (DPGR) nous avions commencé à réparer cette action publique. Je peux témoigner du déni de responsabilité dans lequel plusieurs agents et l'institution étaient enfermés. Après nous avoir laissé réparer le service et résorber en partie la crise des périls, cette administration nous a empêchés de poursuivre notre travail.

Aujourd'hui nous constatons dans plusieurs copropriétés que la brutalisation des habitants a toujours cours à Marseille dans les affaires immobilières. Avec même un nouveau niveau de violence qui parait induit par le juteux business des meublés touristiques (cf. "Marseille, du taudis au airbnb" de Victor Collet). 

J'ai connu un véritable "marseille far-west" en arrivant à la Ville en 2020, avec plein de situations de périls mises en scène pour provoquer des délogements dans tous les sens.

Comme Domenico le père de Simona, je ne suis toujours pas rassuré pour ma ville, et le silence des institutions m'inquiète.

Pour mémoire et pour l’avenir, avec nos amis nous n'oublions pas les victimes : Ouloume, Julien, Taher, Chérif, Fabien, Simona, Pape et Marie-Emmanuelle. Et les milliers de victimes délogées qui ont subi la destruction de leur cadre de vie.

Dominique Dias,

Ingénieur Architecte, chef d'entreprise et ancien fonctionnaire 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.