Sauvegarder la Vallée de la Salindrenque. Non à la disneylandisation des Cévennes

Pourquoi pensons-nous que le projet touristique dit "Capfun" en Salindrenque (Lasalle, Cévennes) est aberrant et ruineux pour le pays ? l'Association pour la Préservation de la Vallée de la Salindrenque a publié ce texte qui expose les raisons de refuser l'implantation de ce camping géant dans la vallée. Une pétition (lien ci-dessous) est en cours: Si vous en êtes d'accord, signez-la, svp.

https://www.change.org/p/8959040/u/22094955?utm_medium=email&utm_source=petition_update&utm_campaign=199475&sfmc_tk=ewy1MvRDmQMqJk8Xz9zwvbROl6xsMS4lPzfrHxr3lcXx%2b%2bQzbelEBUFLqYYFZ7g3&j=199475&sfmc_sub=147577618&l=32_HTML&u=36850804&mid=7259882&jb=1

 Pourquoi pensons-nous que le projet touristique "Capfun" en Salindrenque est aberrant et ruineux pour le pays ?

1. Nous admettons que le tourisme n'est pas un mal en soi. Nous-mêmes avons tous été et serons des "touristes", et on comprend que voyager, visiter d'autres lieux et partager des moments avec des gens différents de ceux qui sont nos voisins immédiats sont des activités enrichissantes pour le voyageur.
2. La question qui se pose est celle de savoir si le tourisme est par nature "enrichissant" pour les lieux visités et les gens qui y habitent. La réponse est "non": Pour les habitants, il peut être enrichissant (humainement et économiquement), ou bien destructeur.
3. Toutes les études le démontrent : la variable décisive qui rend le tourisme enrichissant ou destructeur est la dimension : dimension des flux (nombre de visiteurs), dimension des infrastructures et aménagements réalisés pour les recevoir. De ce point de vue, le tourisme de masse (défini par le grand nombre de visiteurs en un lieu) est absolument partout où il se déverse, une véritable calamité.
4. Les seuils de dimension (flux et aménagements) au-delà desquels le tourisme devient destructeur varient selon les lieux. C'est la dimension de la ressource "lieu" et sa nature qui déterminent ce seuil. Lorsque le tourisme, par son impact sur l'intégrité du bien visité et la vie dont il est le support devient excessif, il consomme littéralement le bien. Il épuise ce qui était la raison même de son utilité pour les habitants, et était aussi la raison de son attrait pour les visiteurs.
5. L'impact du tourisme de masse (celui dont la dimension est excessive par rapport au lieu où il s’implante) ne s'exerce pas seulement si on peut dire, sur le "bien" qui est l'objet des activités touristiques (site, monument, centre urbain historique, parc naturel, paysage, etc.). Il s'exerce avec une énorme intensité sur les sociétés locales concernées : village, ville petite ou grande voire très grande. Le tourisme crée des emplois, stimule le commerce, donc crée de nouvelles sources de revenus, c'est entendu. Mais le tourisme de masse détourne pour son bénéfice les ressources humaines existantes qui viennent à manquer pour les activités préexistantes, attire des activités et des personnels temporaires plus encore que saisonniers. Il entre ainsi en concurrence (déloyale) avec d'autres activités économiques et sociales et conditionne, parfois de manière irréversible, la structure de l'économie et des sociétés locales.
6. Le tourisme de masse produit de graves déséquilibres dans la structure de la population active. Il compromet la viabilité d'activités permanentes, implantées en fonction de ressources de grande valeur sociale, économique et culturelle, capables de fournir emploi et activité locale, tout au long du cycle annuel.
7. Parmi ces ressources, les plus essentielles sont l'eau et la terre cultivable. Le détournement massif des ressources hydriques au profit des implantations touristiques compromet l'approvisionnement en eau potable des populations permanentes, les ressources en eau à usage agricole avec le pillage des nappes phréatiques (ex. Les terrains de golf, campings, piscines...), la pollution des cours d'eau de surface.
8. Le détournement des terres cultivables au profit du tourisme entre en compétition déloyale avec les projets agricoles, en soustrayant les terres à leur usage agricole, en en faisant monter les prix de façon à rendre inaccessibles aux agriculteurs déjà installés ou à ceux qui pourraient s'installer.
9. Ces deux impacts négatifs (eau, terres), sont d'autant plus critiques dans les régions où ces ressources sont depuis toujours limitées, voire rares, comme c'est le cas pour l'eau sur le pourtour méditerranéen en général et pour la terre en zone de moyenne montagne méditerranéenne. Les Cévennes concentrent les handicaps dans ces deux domaines : l'eau y est depuis toujours un bien rare (et le sera de plus en plus), et la terre cultivable un bien excessivement rare. À titre d'exemple, dans des vallées cévenoles le pourcentage de terres agricoles (cultivables) peut aller de 1% à 3% de la surface totale de la vallée.
10. "L'injection" d'un projet de tourisme de masse dans une société (petite ou grande) provoque ce que l'on pourrait exprimer par une image, en disant que la société locale soumise au tourisme de masse (qui est par nature saisonnier) va vivre sous un régime de prise d'amphétamines pour "la saison" suivie de la prise massive de somnifères, après elle. Si la "saison" signifie activité, excitation, effervescence, saturation, le "hors-saison" signifie dépression, apathie et désertification. En dehors de la saison, avec le départ des touristes, ce ne sont pas seulement les travailleurs saisonniers qui s'en vont: parmi les habitants "permanents" (ou autrefois permanents), nombreux sont ceux qui vont chercher á s'évader (littéralement) du village mort, de la petite ville endormie et déserte.
11. Ceci est particulièrement vrai pour les jeunes et pour les femmes. Les premiers parce que les emplois manquent et les projets locaux sont hors de portée et aussi parce que la vie agitée et festive propre de leur âge devient impossible. Les secondes, parce que la vie sociale rétrécie par le départ des habitants permanents, par la difficulté de développer des activités en-dehors des cercles étroits du foyer les condamnent à un relatif isolement - ce qui était déjà depuis longtemps la cause du départ préférentiel des femmes dans l'exode rural. Les lieux soumis à la saisonnalité du tourisme de masse sont "dévitalisés" pour la quasi-totalité de l'année (souvent 9 à 10 mois par an).
12. Il n'y a jusqu'à des problèmes inédits de sécurité qui n'émergent dans ces circonstances : village mort, maisons vides, habitants murés chez eux, égale intensification des crimes contre la propriété et les personnes. Une criminalité spécifique apparaît dans ces lieux auparavant connus pour leur tranquillité et leur sécurité.
13. Nous avons évoqué le danger de destruction du bien qui devient la cible du tourisme de masse. Cette destruction revêt deux aspects : la destruction physique du bien, et la destruction de l'ensemble des qualités qui faisaient l'attrait du bien, c'est-à-dire, celles-là mêmes qui le rendaient désirable en tant que destination touristique.
14. Parmi les caractéristiques physiques (et biologiques) du bien, on a selon les cas dénoncé la destruction de l'équilibre des sols des pentes en montagne (sports d'hiver, circulation de véhicules tout-terrain, motorisés ou non , donc vélos y compris, piétinement des prés et des bois, etc.), le bétonnage des côtes en bord de mer (destruction de l'équilibre des ensembles dunaires, des échanges terre-mer, des milieux biologiques côtiers, etc.), menace de destruction des équilibres lagunaires et des ensembles villageois ou urbains (le cas incroyablement clair de Venise que le tourisme de masse contribue puissamment à enfoncer dans les eaux), etc.
15. La destruction du bien a un autre aspect qui est, lui, immatériel : l'élimination de ce qui précisément en faisait l'intérêt et l'attrait touristique et n'est pas lié à une caractéristique physique. Pour comprendre comment cela s'applique aux vallées cévenoles et en particulier à celle de la Salindrinque, il faut rappeler le constat suivant :
- Il n'y a pas, en Cévennes, l'attrait du bord de mer, dunes et plages de la Méditerranée, vers lesquelles convergent chaque année des dizaines de millions d'Européens du nord en une formidable migration saisonnière transcontinentale.
- Il n'y a pas en Cévennes de grands cours d'eau permanents comme on en trouve par exemple dans bien des vallées pyrénéennes, dans le massif Central, et au nord de la Loire en de très nombreux endroits. Au contraire, les cours d'eau ont ici (la Salindrinque y compris) un caractère torrentiel, et si on dit ici que "avril met les ruisseaux à fil", juillet, août et septembre ne laissent dans la Salindrinque qu'un chapelet de trous d'eau entre lesquels ne court parfois plus qu'un filet d'eau. La plupart du temps impropre à la baignade. On s'accorde à penser que si des projets agricoles reprenaient les terres qui étaient cultivées il y a un demi-siècle, le ruisseau serait entièrement à sec quatre à cinq mois par an. Ces projets sont possibles, et auraient des effets bénéfiques sur toute la vallée.
- Il n'y a pas l'attrait de la haute montagne, avec ses sports d'hiver (quoi qu'on ait dit plus haut), ses grands espaces d'altitude propices aux loisirs d'été, à la randonnée de longue distance, avec ses plaisirs dûs à la fraîcheur propre de l'altitude et aux espaces ouverts.
- Il n'y a pas de sites naturels individualisés remarquables de grande réputation (ni Mont Saint Michel no cathédrale de Chartres...).
16. Ce n'est pas un hasard si l'UNESCO a classé l'ensemble "Causses et Cévennes" au Patrimoine Culturel Immatériel de l'humanité, en tant que vaste ensemble de vallées et plateaux, et non en tant que liste de trois ou quatre sites remarquables comme l'institution l'a fait dans d'autres cas.
C'est au contraire l'expression du paradoxe cévenol : le patrimoine, ce qui est remarquable, c'est l'ensemble, non les parties. Mais pour que l'ensemble existe en tant que patrimoine, ce sont toutes ses parties qui doivent être sauvegardées.
17. Ce n'est donc pas un hasard, non plus, si ce que recherchent ici les touristes ne sont pas ces ressources absentes en Cévennes, mais un autre type de ressources. Non pas les grandes concentrations touristiques qui apportent la profusion de biens de consommation, mais le calme et une certaine intimité.
18. À cet égard, il est remarquable que sur des sites et de petites régions comme les Cévennes, parmi les facteurs qui rendent compte de l’attrait qu’ils exercent sur les visiteurs, il s’en se trouve deux qui sont pour ainsi dire « négatifs » : l’obscurité et le silence. Il n’y a pas si longtemps qu’on a mesuré l’impact de la pollution lumineuse sur la vie des sociétés humaines et sur les milieux « naturels » ; les effets désastreux de la pollution sonore sont, eux étudiés depuis longtemps. Or, ce que les visiteurs recherchent en Cévennes à défaut d’y trouver les ressources classiques « positives » (mer, plage, sports…) ce sont précisément ces ressources devenues extrêmement rares : la nuit et le silence.
19. On aura beau dire que la nuit est, du point de vue physique, simplement l’absence de lumière solaire, elle est beaucoup plus que cela. Elle est un moment à part entière du cycle circadien et son obscurité – et elle seule – permet de voir et sentir, pratiquer le monde de manière entièrement différente. Sauvegarder l’obscurité de la nuit - ce qui est le contraire de ce que font systématiquement les grands projets touristiques - offrent à ce type de visiteurs -, c’est permettre de vivre un autre pays dans le pays chaque cycle de 24 heures qui passe.
20. On en est venu, on le sait, à décréter des zones de « dark sky » - réserves de ciel noir - à sauvegarder comme une ressource auparavant inaperçue. Les éclairages « a giorno » qu’affectionnent les lieux de tourisme de masse parce qu’ils permettent de prolonger le temps utile de consommation, comme leur nom indique, sont la manière de prolonger le jour au sein de la nuit, et de perturber gravement le bénéfice de l’obscurité de la nuit, avec ce qu’elle permet de voir ( !), sentir et vivre de différent de ce qui s’offre à vivre le jour.
21. L’autre ressource en creux, ou en « négatif » est le silence. De façon très consciente et explicite, les visiteurs des Cévennes dans le « petit tourisme », celui qui flue dans les systèmes « capillaires » des mas, des gîtes et des petits lieux de villégiature, mettent an avant la qualité du silence dont ils peuvent profiter ici. Ce n’est pas la « simple » absence de son qui fait ce silence, mais la qualité sonore qui le compose. Il n’y a pas dans ces pays un silence absolu, silence de mort qui le rendrait insupportable, mais un environnement sonore composé par ensemble de sons dont le volume est toujours faible, voire très faible, qui ne sont audibles que parce que le niveau sonore des sources artificielles (moteurs, haut-parleurs, voix humaines) a radicalement baissé avec la tombée de la nuit.
22. Ce que le tourisme de masse exige, c’est exactement l’inverse : les volumes sonores très élevés sont des outils de manipulation psychologique, et surtout émotionnelle. L’excitation permanente que la diffusion ininterrompue de « musique » (et pas n’importe laquelle, rythmes brutaux et accélérés, dominante des basses profondes, etc., facteurs bien connus de l’impact psychologique), les interventions « d’animateurs » hurlées via des amplificateurs puissants, cette excitation permanente conduit les touristes considérés comme simples machines à consommer à dépenser plus, plus vite, plus longtemps chaque 24 heures qui passent.
23. Ce que les visiteurs recherchent en venant dans ces vallées, ce n’est donc pas l'effervescence d'un certain type de vie festive, notamment nocturne, mais un autre type de festivité: entre amis et cercles restreints, réactivant année après année à la fois les liens entre personnes et les liens avec "le pays". Le fait de visiter de façon réitérée les mêmes trous d'eau, les mêmes petits parcours de balades, les mêmes petits marchés, les mêmes esplanades de cafés de village, au lieu de correspondre au désir dominant du nouveau vite devenu fade et routinier qu'il faut vite remplacer par la recherche frénétique d'autres nouveautés, traduit plutôt une autre forme de vie, qui tout en intégrant le fait touristique (le départ du lieu de résidence permanente vers des lieux de villégiature), intègre relations sociales, mémoire et culture.
24. Le fait remarquable dans cette autre forme de vie qui est aussi une autre forme de tourisme, c'est qu'elle intègre la mémoire du pays qui, tout en étant détenue en tout premier lieu par ses habitants permanents, accueille ceux parmi les "étrangers" qui sont, ou considèrent être les descendants de générations de fugitifs et de persécutés pour leurs croyances religieuses, les descendants de ceux qui ont dû émigrer, qui vers la plaine, qui vers le nord de la France, au cours des deux derniers siècles. Telle est la puissance du mythe (c'en est un, mais les mythes partagés sont des forces objectives), que même ceux et celles qui n'ont pas de liens réels ou inventés avec ce passé, sont pris par lui, et participent de multiples façons et à des degrés divers, à l'état d'esprit qui fait de ces vallées quelque chose qui est à la fois unique et... parfaitement invisible.
25. Le peu qui soit visible, ce sont des traces ténues dans le paysage, un mas isolé qui abrita les pasteurs fugitifs, un modeste temple plusieurs fois incendié et reconstruit à l'économie, une vallée où la présence d'un mas soulève un immense obstacle à sa noyade par un barrage (La Borie), un chapelet de filatures, les unes ruinées, les autres récupérées de manière souvent aléatoire. Ce qui n'est, au sens propre pas visible, c'est la raison d'être, au milieu d'une châtaigneraie, d'un lieu de culte et pèlerinage qui prend pour nom "Désert", lieu désert en temps ordinaire, où viennent de toute l'Europe des gens - des touristes - qui se souviennent de choses dont ils ne peuvent se souvenir, parce qu'elles ont eu lieu des siècles auparavant.
26. Et les églises catholiques. Moches les unes, belles souvent, chapelles, sanctuaires, croix et ex-voto : ce pays où rien ne vaut vraiment le déplacement - si ce n'est le pays lui-même - garde aussi une mémoire divisée: comme il se doit. Catholiques et Protestants ont mis plus de deux siècles et des milliers de morts à trouver ce partage tout-à-fait original qui est celui des espaces enchevêtrés de villages - parfois des mas - catholiques et villages ou mas protestants, mémoire inscrite aux carrefours des routes et des cols d'un conflit qui, pour être apaisé, n'en est pas du tout oublié. La grande victoire de ce modeste pays réside bien là: nous avons appris à vivre en paix avec nos ennemis d'hier.
27. Sans qu'on puisse le démontrer rapidement et de manière définitive, on peut parier que ce qui attire le tourisme (modeste en termes numériques) dans ces vallées, c'est un ensemble de faits invisibles, mémoires, récits, symboles, inscrits dans l'ombre, marques, traces, petites choses qui exigent, pour être "vues", en tout cas ressenties, un certain calme, un certain - oserais-je écrire -, recueillement, un peu de silence qui n'exclut pas les rires et les jeux, mais laisse à ces voyageurs venus de loin le temps de se souvenir d'eux-mêmes, voire de se souvenir, comme je l'ai écrit, de ce que d'autres ont vécu, avec la mémoire desquels on fait un bout de chemin: Chemins de la Soie, Chemin de Stevenson, Chemins des Camisards, lieux du maquis de la seconde guerre mondiale. Comme les tombes de ceux qui étaient les morts d'autres familles que la leur.
28. Aucun pays n'est l'Eden et les Cévennes ne font pas exception. Tous sont parcourus par des conflits, entre voisins, entre générations, entre autochtones et "estrangers". Mais le tourisme de masse vient créer un nouveau déséquilibre. "L'invasion touristique", en devenant omniprésente et en assumant des formes de "corps étrangers" parfois ghettoïsées, provoque ici et là des rejets d'autant plus viscéraux qu'ils sont nourris par la mauvaise foi: on déteste les touristes qui "nous nourrissent".
29. Tant que le tourisme se glisse dans les mailles existantes du terroir, il peut se fondre dans le paysage et le temps (autre variable décisive - la vitesse à laquelle les phénomènes se produisent) finit par atténuer les ressentiments, comme ce fut le cas, péniblement, lors de la vague d'achats des vieux mas à ceux qui (dans les décennies de 70 et 80, surtout) les transformaient en résidences secondaires, voire tertiaires, spéculatives, renchérissant ainsi le prix du foncier et faisant obstacle, déjà, à l'installation de jeunes agriculteurs: ils ont cessé d’y avoir accès.
30. La mauvaise foi et la mauvaise conscience peuvent devenir meurtrières. Faute de pouvoir attaquer les touristes "riches", détenteurs d'un capital social élevé (auxquels on réserve le cambriolage "propre", durant la morte saison), la haine de l'étranger et de l'étrange trouve désormais à s'assouvir sur ceux parmi les voyageurs qui sont les plus faibles. Je vois un danger immédiat découlant de l'installation de tout méga-projet touristique ("méga" eu égard à l'échelle du pays, des vallées des villages, du paysage): Les conflits sporadiques entre autochtones et "estrangers" deviendront plus fréquents, plus violents, moins contrôlables.
31. Les jeunes originaires des vallées, à qui le tourisme de masse traite comme n'importe quel saisonnier qu'on embauche et débauche selon les besoins immédiats, dont des contrats précaires n'ont même pas la compensation de salaires acceptables, sentent qu'ils n'ont véritablement plus de place chez eux. Sauf peut-être comme larbins des touristes. Les mouvements dits « identitaires » qui ne trouvent pas, en Cévennes, à s’assouvir sur des « immigrés », se retournent contre toute personne venue « du-dehors ». Les nouveaux « identitaires » sont parmi ceux-là, qui étaient hier, sûrs de leur identité parce qu’elle allait de soi, et se croient désormais contraints de l’affirmer, au moment même où le pays qui était le leur cède devant une « invasion » qui n’est pas celle d’immigrés (rarissimes ici), mais celle des flots de touristes de passage dont la conduite arrogante fondée sur le pouvoir d’achat les humilie.
32. La destruction que provoquent les grands projets touristiques démultiplient les effets néfastes de tout tourisme de masse: plus qu'un site, plus qu'une vallée, plus qu'un village, on détruit un pays. Et son âme.
Les Cévennes, le 19-10-2017
José Rodrigues dos Santos

Discussion

José Rodrigues dos Santos

 

chris KOECHLIN

4 hrs ago

Bravo quel beau texte, si pertinent et si profond..! Souhaitons qu'il soit lu, relu, placardé, médité.. ! Merci

 

Perret YVES

7 hrs ago

Il replace la pierre tombée du vieux mur,
Il fleurit la porte de sa maison,
Il rabat la ronce qui barre le sentier...

Il ne laisse pas faire la renouée,
Il regarde, il écoute,
Il remet la tuile par le vent déplacée,
Il replace la barrière du pré,
Il reprofile la rigole par la taupe abîmée
Longue succession de gestes,
Il fait le paysage.
Vivent les paysages habités...

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Projet Capfun aberrant en Salindrenque

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Association pour la Préservation
de la Vallée de la Salindrenque
Prades – 30140 THOIRAS
apv.salindrenque@gmail.com

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