Journalistes: l'auto-régulation de la profession par une instance indépendante, un défi à relever

Le Syndicat National des journalistes (SNJ), 1ère organisation de la profession, milite depuis fort longtemps en faveur de la création d'une instance indépendante de déontologie de l'information. Quelques commentaires et remarques après la tribune des SDJ : «Conseil de déontologie: pourquoi nous n’y participerons pas». Par Dominique Pradalié, Secrétaire Générale du SNJ.

Quelques commentaires et remarques après la tribune des SDJ : "Conseil de déontologie: pourquoi nous n’y participerons pas".

Tout d’abord, affirmer que ce CDJM est créé « à l'initiative du gouvernement » revient à relayer une fausse information.

Le Syndicat National des journalistes (SNJ), première organisation de la profession, milite depuis fort longtemps en faveur de la création d'une instance indépendante de déontologie de l'information. Une réflexion engagée en 2008 lors de son congrès du Havre. Il en a jeté les bases légales dans la résolution finale de son congrès de Villeurbanne (2012). Une décision tellement murie depuis des années, que l’adoption en a été presque complète. Et le SNJ est loin d’être le seul à croire en sa nécessité pour retrouver la confiance des citoyens en leurs médias. 

L’Association pour la préfiguration d’un conseil de presse, pour ne citer que celle-là, a longtemps et sérieusement travaillé sur le même thème.

Plusieurs rapports, avant celui de Emmanuel Hoog, avaient été rendus publics sur le sujet.

Il serait intéressant de connaître ce que les signataires de cette tribune estiment être les « préalables qui ne sont pas remplis ».

 

Autre surprise : lire que « ce sont les lecteurs qui jugent les journalistes, pas les journalistes entre eux » alors que la « Charte d’éthique professionnelle des journalistes », fondatrice des devoirs et droits de la profession, adoptée par une très grande partie de l’Audiovisuel Public et bien d’autres médias et la « Déclaration de Munich », adoptée par Mediapart, précisent que «…le journaliste n’accepte, en matière professionnelle, que la juridiction de ses pairs… ». Ces deux textes reconnus par la profession. appuyés par la « Charte mondiale d’Ethique » de la FIJ*, ne constituent donc pas une « norme artificielle de déontologie ».

S’il est consternant de constater que, malgré l’opposition d’une profession plutôt unie, le gouvernement français a fait voter plusieurs lois liberticides contre le droit d’informer et d’être Informé, cette unité doit bien demeurer et faire œuvre d’auto-régulation dans ce contexte difficile. 

Il est bien dommage de lire que, pour certaines SDJ, cela représente « un piège » . 

Le travail effectué concrètement, et en toute transparence, depuis des mois pour fonder une instance indépendante, légitime la démarche.

L’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) où, depuis plusieurs années, se réunissent journalistes, éditeurs et agences, syndicats et associations, représentants de la société civile, a initié cette réflexion tripartite sur les médias et procède à des analyses des dysfonctionnements, enquêtes regroupées dans un rapport annuel. C’est donc l’ODI qui a invité toutes et toutes à participer aux travaux. Toutes et tous ont pu s’y exprimer et poser les questions nécessaires.

C’est pourquoi la présence des SDJ a été saluée par les participants. Ils ont été heureux de constater que celle de France 2, par exemple, avait voté à 58% son intérêt pour la démarche entreprise. D’autres SDJ se sont exprimées publiquement sur le sujet lors d’un débat à la SCAM.

Même si les nombreux journalistes qui appuient ce projet se sont étonnés d’entendre que certaines SDJ proclamaient une spécificité prioritaire en matière de déontologie et n’avaient pas, à leur connaissance, publié leurs réflexions sur la triste affaire Dupont de Ligonnès.

Au printemps le gouvernement, il est vrai, a tenté de diviser la profession en évoquant un « conseil de l’ordre » ce que n’est évidemment pas le projet de « Conseil de déontologie des journalistes et de médiation ». 

Ce conseil a pour objectif d’émettre des avis publics, après enquête, sur les cas qui lui sont soumis, il ne se substitue pas à la justice et ne traite pas les questions de ligne éditoriale.  

Ce 2 décembre, une assemblée générale constitutive doit adopter le projet de statut et de règlement intérieur. Celles et ceux qui n’auraient pas adhéré à cette date peuvent le faire ensuite.

L’auto-régulation de la profession par une instance totalement indépendante et transparente est le défi à relever.

Ce que 18 pays européens ont déjà fait, la Suède, bonne première en 1916.

 

Dominique Pradalié

Journaliste 

Secrétaire Générale 

SNJ

*La Fédération Internationale des journalistes est la plus grande instance mondiale de représentation des journalistes avec 600 000 adhérents dans 146 pays. La Charte a été adoptée à l’unanimité lors du Congrès de Tunis en juin 2019. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.