Passport PN : un protocole innovant et inclusif pour les pervers narcissiques

Enfin un programme expérimental innovant à destination des pervers narcissiques - jusque là injustement négligés dans les protocoles d’optimisation cérébrologique ! Grâce à la convergence de la génétique, des neurosciences, du numérique et du management, notre rêve peut maintenant se réaliser….

A l’instar du « passport BP » soutenu par la fondation FondaMental, le projet d’expérimentation « Passport PN » - à destination des patients pervers narcissiques -, est en attente d’autorisation par le ministère des Solidarités et de la Santé.
Porté par la Fondation Fonda-Men-Health, il s’agit d’un dispositif d’expérimentations pour l’innovation en santé, à finalité de qualité performato-disruptivo-inclusive.
Ce Passport PN, financé par les plus éminents think tank néolibéraux, par des entreprises du CAC 40 et par d’importants laboratoires pharmaceutiques, est également soutenu par les Centres Experts « Narcissism Perversion », mais aussi par les associations d’usager « Happypervers » et « Perversforever ».

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Ses objectifs : améliorer le pronostic des clients et de leur entourage, leur qualité de vie et leur satisfaction – sur tous les plans -, réduire les arrêts de travail abusifs, soutenir les perspectives d’ascension professionnelle vers les plus hautes sphères, exploiter le potentiel managérial de ses profils efficients dans la gestion technocratique des ressources humaines, favoriser la tolérance, la permissivité et lutter contre la perversophobie, tout en améliorant la performance médico-économique du système de santé.

Ruptures dans le parcours de soins, les carrières professionnels et la vie familiale, accès difficile à une reconnaissance collective voire stigmatisation, ou encore complications somatiques non prises en charge comptent effectivement parmi les difficultés rencontrées par les personnes avec perversion narcissique. Le projet « Passport PN » soutenu par un budget de plusieurs millions d’euros obtenus grâce à des campagnes d’optimisation fiscale au détriment des institutions publiques, s’attache à relever ces défis auprès de personnes réputées perverses, réparties sur des territoires représentatifs de l’organisation des protocoles en cérébrologie.

Comme le souligne notre éminent spécialiste expert, directeur et responsable du Réseau universitaire « Genetopervers », auteur de « Pourquoi l’affect quand on a des intestins? », « cette expérience concrétise les transformations souhaitées par les managers, coachs et représentants auto-désignés, visant à une prise en charge privatisée et lucrative, au sein d’un modèle incitant à la qualité et à l’efficience. Il s’agit là évidemment d’un Cheval de Troie visant à s’étendre à tous les secteurs du Soin et de la société ».
En rupture avec l’archaïsme du soin institutionnel ou de la tradition humaniste et émancipatrice de la psychiatrie française, « Passport PN » propose un processus standardisé de normalisation et d’exploitation du capital humain, sur un mode inclusif. Il s’agit donc de proposer des solutions toute-faites, élaborées par nos experts-vers omniscients, amenant à une évaluation sur nos Centre Experts-pairs « Pervers » dans les cas les plus complexes. Un case manager formé au lance-pierre par un organisme lucratif et labellisé par notre fondation pilotera alors le programme de rééducation intensive et de mise en avant du potentiel hors-norme, de façon à l’adapter à la violence des échanges en entreprise capitaliste. Cet optimisateur sera en charge de renforcer les aspects positifs du potentiel pervers, de l’orienter vers la gestion des ressources humaines, en vue d’augmenter la rentabilité. Il s’agira également de garantir l’articulation soin – capital, avec les différents actionnaires impliqués, en favorisant la diffusion des bonnes pratiques et des dividendes.
Évidemment, le projet « Passport PN » s’appuiera sur une utilisation intensive d’outils d’embrigadement et d’aliénation, à travers notamment des algorithmes numériques permettant le traitement massif de données personnelles et intimes afin de pouvoir les exploiter de façon optimale, et en permettant l’accès à des techniques opératoires de conditionnement peu disponibles en soins courants. D'ailleurs, dans les cas les plus complexes, du fait notamment de violences récurrentes et mal dirigées, des Centres de réhabilitation Perverso-cial seront organisés, de façon à pouvoir réorienter cette incroyable énergie vitale, à même d'être déployée dans l'entreprise. Innovante et adaptative, la solution « MentalPerversion » de « Narcisco » autorisera un suivi rapproché du matériel humain, facilitant la normalisation à distance des comportements humains non réglementaires, séditieux, subjectifs, déviants, marginaux, émancipateurs, libres. Au travers de l’utilisation de l’intelligence artificielle, « MentalPerversion » permettra également d'introduire des logiques prédictives dans la prise en charge orientant des actions d’embrigadement et de contention. D’autres outils numériques seront également mobilisés, comme la solution « EasyPervers », un outil digital de rentabilisation de conduites perverses à des fins d’optimisation gestionnaire.
« L’apport massif de données comportementales, l’invasion de la vie privée et intime, l’intrusion biométrique, l’instrumentalisation des conduites, permettront de mobiliser un arsenal pervers capitalisé, en remobilisant la perversion de nos usagers dans un sens prédictif et productif. La mise à disposition de ces outils digitaux va tout simplement transformer les soignants en agents cérébro-techniques », Jean-Claude Bourru, co-fondateur de EasyPervers.

De surcroit, Passport PN propose d’expérimenter un nouveau mode de financement, avec une mise à mal systématique de la solidarité collective, en faveur d’une logique de flux et de filières rentables pour les actionnaires. Il s’agira enfin de transformer la psychiatrie française en un domaine de pointe sur le plan de la marchandisation et de la rentabilité financière, à même de soutenir les politiques d’austérité, conformément aux prérogatives du New Public Management. Enfin, cette optimisation s’appuiera également sur la mesure d’indicateurs élaborés avec l’association « Pervers un autre » : extension du domaine de la jouissance et de l’accaparement, impunité, légalisation de l’exploitation du capital humain, détournement des affects, déploiement de la prédation…
Car, l’un des axes principaux de notre dispositif de captation et d’enrégimentement sera de lutter contre les stigmates et les rejets que subissent nos clients pervers narcissiques.
De fait, comme le souligne Olivier Cheval, « le droit de chaque individu de n’être pas discriminé pour être l’individu qu’il est apparaît pour beaucoup comme le fondement de toute politique à venir », à travers notamment « le modèle numérico-policier de la surveillance de chacun par chacun ».
Dès lors, nous défendrons la Fierté perverse, nous exigerons la reconnaissance de droits et de prérogatives spécifiques, nous garantirons l’inclusion systématique des pervers narcissiques aux plus hauts échelons de la hiérarchie, dans les agences étatiques ou les ressources humaines.
La perversophobie a déjà causé trop de torts, il convient désormais d’inverser les stigmates, et de faire de nos usagers des victimes exigeant réparation, accueil et acceptation.
Après tout, il s’agit là d’une fatalité neuro-génétique, indépendante des conditions sociales concrètes et de l’histoire individuelle de chacun. On nait pervers, et on meurt pervers. Et ce n’est pas parce que le cerveau pervers l’amène à instrumentaliser l’autre, à jouir de sa chosification, que l’on doit pour autant l’exclure. Il a sa place dans la société que nous sommes en train de bâtir, une société de la forclusion, de l’exploitation, de la prédation, de la destructivité, de la pléonexie…

Grâce à notre programme de recherche « NeuroNarcisse », nous allons contribuer à mettre en évidence des modélisations neuronales de la perversion, à détecter les gènes impliqués – et à les sélectionner dans des programmes d’optimisation reproductive – ainsi qu’à proposer de belles cartographies en IRM haute résolution des cerveaux perverso-divergents.
Car, d’après notre équipe de neuroscientifiques, la perversion narcissique serait un stade supérieur de l’évolution phylogénétique de l’espèce humaine, ayant atteint une configuration cérébrale particulièrement adaptée au contexte néolibéral.
Nos spécialistes tendent effectivement à prouver que, dans des conditions optimales de stimulations, le cerveau humain pourrait déployer sa véritable nature computationnelle sans frictions émotionnelles ni inhibition relationnelle ou empathique. Ainsi, des études de cohorte de pervers sélectionnés nous permettront de déterminer les profils de perversion comportementale les plus efficaces en fonction de leur génotype. Dans un second temps, l’isolement des gènes pertinents permettra une amélioration de l’espèce en population générale, avec l’aide des Big Data.
Cependant, pour le moment, notre programme vise avant tout à soutenir les usagers pervers discriminés et non reconnus.
Voici par exemple le témoignage de Bernard Dupuy, président de l’association « HappyPervers » : « On souffre de ne pas être exploité dans nos compétences spécifiques. Notre talent devrait pouvoir être instrumentalisé dans la sphère publique comme nous le déployons efficacement dans nos vies privées avec une si grande efficacité - demandez à mon entourage…Certaines entreprises capitalistes ou organisation bureaucratiques ont pourtant compris ce potentiel et ont nommé certains d’entre nous à des postes à responsabilité avec le plus grand bonheur. Nous savons tellement exploiter autrui, pourquoi se priver d’une telle ressource ? ».
Bernard exprime d’ailleurs son aversion à l’égard des gauchistes réactionnaires qui osent encore prétendre que certaines configurations spécifiques de subjectivation collective pourraient favoriser l’émergence de profils pervers : « nous voulons lutter contre certaines tendances idéologiques qui cherchent à sociologiser des faits naturels. C’est dans le cerveau que ça se passe, dans notre ADN. L’évolution nous a sélectionnés. Arrêtez de vouloir chercher des enjeux socio-politiques, institutionnels... nous sommes l’avenir de votre civilisation, nous y voyons clair, nous sommes efficaces, pragmatiques, optimisés. Pas besoin de communs, nous nous suffisons à nous-mêmes. Nous nous sommes enfin débarrassés du sentimentalisme, des affects, de l'empathie, tous ces archaïsmes qui entravaient notre espèce ».
De fait, nos scientifiques sont en train de prouver que le cerveau humain n’a pas besoin de se nourrir de liens, qu’il peut se développer sans affects, afin d’être plus performant. Certains gènes favoriseraient ce fonctionnement monadique, ainsi que la recherche permanente de profit, d’intérêt, de consommation efficace, sans freins moraux ni collectifs. « Imaginez ! Nos appareils cérébraux pourront bientôt être débarrassés de la conscience moral, du Surmoi - ha, ha, ha, quelle baliverne… » affirme Bernard, hilare.
« Pervers de tous les pays, unissez-vous, et le Passport PN sera le genre humain ! »

"Et l'on pense également à ce que dit Zizek du pervers, comme celui qui s'adonne et qui jouit mais sous l'autorité d'une entité supérieure le déchargeant de toute culpabilité - le service de Dieux, le Devoir, la Cause, l’État et son autorité, ces choses dont la préservation fait idée directrice, légitime à se à se subordonner absolument toutes les autres, et notamment les idées morales qui pourraient venir faire contrariété. C'est peut-être ça le noyau du fascisme : une pulsion sadique coulée dans une forme institutionnelle légitimatrice" (Frederic Lordon).

De fait, la perversion narcissique est manifestement sous-diagnostiquée, car elle se dissimule souvent sous l'apparence d'une positivité illuminée, du Bien et du Vrai, jusqu'à ses déclinaisons les plus scoutisées ou "cuculisées"....

En conséquence, nous allons également exercer un lobbying intensif pour remanier les critères diagnostiques et pouvoir enfin proposer une catégorisation nosographique à tous ces pervers non reconnus en attente de désignation officielle, et injustement discriminés ou délaissés faute de dispositifs de dépistage efficients. Nos stratégies d’influence auprès des instances gouvernementales devraient aboutir prochainement à des plateformes spécialisées dans le dépistage précoce des pervers narcissiques - notamment dans la population infantile ou un sous-diagnostic chronique a contribué à marginaliser de nombreux enfants à haut potentiel pervers. Ainsi, notre intervention va contribuer à pomper activement et efficacement les financements attribués en pure perte aux institutions soignantes, afin de pouvoir enfin faire correspondre la prévalence de la perversion narcissique aux chiffres que nous avons fixé en amont : d’après nos estimations en termes de cible de marché, au moins 17,63% de la population devrait être diagnostiqué, et la Cour des Comptes ainsi que l’IGAS ont d’ailleurs pointé ce retard massif ainsi que l’urgence de faire correspondre les faits épidémiologiques à la réalité que nous revendiquons.
Dès lors, nous pourrons enfin réserver des parcours ségrégatifs de filière, à même d’assurer l’utilisation efficiente de ce capital humain inestimable.
Le succès du programme Passport PN permettra alors de déployer les mêmes stratégies managériales et technocratiques dans d’autres domaines sous-exploités : les paranoïaques, les normopathes, les personnalités autoritaires…
Vive l’avenir!

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