Dr BB
Pédopsychiatre en CMPP
Abonné·e de Mediapart

111 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 déc. 2022

Dr BB
Pédopsychiatre en CMPP
Abonné·e de Mediapart

Interlude

Face à l'intensité de certaines contradictions, il est parfois nécessaire d'affirmer un positionnement, tout en reconnaissant les polémiques susceptibles de cristalliser les incompréhensions, l'hostilité et le rejet...Mais le dialogue reste évidemment ouvert sur le plan des idées. A bon entendeur.

Dr BB
Pédopsychiatre en CMPP
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Récemment, des amis concernés ont tenu à m’alerter des réactions très vives suscitées par certains de mes derniers billets, notamment sur des groupes de soignants où quelques uns ont pu exprimer un « dégout viscéral » face « à la bile venimeuse de ces articles »…
Au-delà des polémiques, des controverses ou des débats légitimes, ces camarades s’inquiétaient que, sur le fond ou la forme, certaines de mes prises de position puissent décrédibiliser mes engagements pour défendre le soin, en me condamnant à être définitivement cloué au pilori par un certain militantisme. Au fond, il conviendrait d’être plus stratégique, attentif à ne pas heurter, à mesurer chacun de mes mots, à faire attention aux citations, à rester absolument "straight"…J’entends tout à fait ces avertissements, et je suis d’ailleurs très admiratif de cette capacité à s’ajuster, à lisser, pour être mieux entendu et permettre de faire infuser des points de vue divergents par petites touches, en attendant un air du temps plus propice. C’est un pari sur l’avenir tout à fait pragmatique, sincère et constructif. 
Cependant, je crois que les luttes doivent pouvoir se mener sur différents fronts, avec une certaine hétérogénéité. D’un côté, il faut certes éviter de froisser pour maintenir ouverte la possibilité d’échanger et de sensibiliser, réciproquement. D’un autre côté, il faut aussi, parfois, maintenir des espaces au sein desquels la parole puisse être irrévérencieuse, séditieuse, en particulier avec les mouvements les plus progressistes, afin de maintenir une vigilance soutenue à l’égard des écueils et dérives éventuels. 
A titre personnel, j’aurais du mal à m’imposer une certaine consensualité, à brider ma liberté de ton, à restreindre mon usage de l’ironie, à ne pas rester un électron libre en devant faire allégeance à telle ou telle orthodoxie, en particulier à l’égard de ceux que je considère comme des alliés - c’est d’ailleurs avec eux que je suis sans doute le plus incisif et exigeant…
Quand je me plonge dans une pensée qui m’interpelle, je peux m’imaginer en train de jouer aux raquettes avec l’auteur ; soit sur le mode d’un jeu de plages où il faut essayer de faire le plus d’échanges possibles, soit en me transposant dans une partie de tennis agonistique, sans pitié, cherchant à percer les arguments de l’autre, et prenant aussi les risque d’être terrassé par un coup imparable, et de reconnaitre alors la puissance de l’argumentaire qui aura rabattu ma morgue, pour ma plus grande satisfaction. Car j’aurais alors été altéré, transformé, traversé par l’altérité ; j'aurais appris en participant…
La métaphore du « chase », du duel entre musicien, me parait peut être plus pertinente. Tel Sonny Rollins face à John Coltrane, il s’agit alors de répondre à « l’invective » en improvisant avec ses tripes et sa musicalité, dans l’urgence du moment vécu, en se saisissant des propositions de l’autre pour les transcender, toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus beau…Dans le meilleur des cas, cela devient une composition à plusieurs, une création commune, où l’on ne sait plus trop de qui émergent les fulgurances…

Bref, j’ai donc imaginé une sorte de dialogue, ou d’interview contradictoire, pour répondre à certaines des remises en cause qui me sont parvenues de façon indirecte. En espérant que cela fera avancer le débat, plutôt que d’induire des anathèmes tellement courageux et engagés… 

Illustration 1

- BB, tu t’exprimes en tant que « Docteur » pour aborder des problématiques politiques, ce qui constitue un argument d’autorité regrettable. Comment peux-tu justifier cet abus ? 

Merci pour cette question intéressante. J’écris évidemment en tant que personne, en tant que citoyen, en tant qu’acteur engagé dans certaines pratiques, pris dans des liens et des luttes. Il y a quelques années, quand j’ai commencé ce blog, je n’avais aucune idée du sens et des cheminements que prendrait cet « exercice » assez improvisé. Sans doute, avec le recul, j’éliminerais ma qualification de « Dr », mais maintenant c’est relativement institué comme tel…
Cependant, je n’écris pas au nom de, à partir d’une appartenance ou d’une affiliation groupale ou professionnelle, qui m’inclinerait à m’inscrire dans une pensée plus collective, partagée et nuancée. Je ne cherche pas à affirmer une « autorité » par un statut, mais à développer des idées, réactions, convictions personnelles - lesquelles ne sont d’ailleurs pas gravées dans le marbre, ne se revendiquant d’aucun absolutisme ou d’une quelconque forme de scientificité. Je suis tout à fait susceptible de revoir certaines affirmations ; je reste ouvert aux contradictions, souhaitant aussi pouvoir évoluer, corriger certaines approximations, etc. Je tâtonne…ce qui peut certes m’être légitimement reproché, mais qui garantit aussi une certaine authenticité. Ce blog est un « work in progress », une tentative de faire émerger une pensée, avec toutes les tâches aveugles, contradictions, faiblesses, inhérentes à ce travail de l’instant.
En ce qui concerne le fil actuel de ma réflexion, il peut certes paraitre éloigné du soin en première approximation. Cependant, sans dévoiler la suite de mon horizon de travail, j’ai justement en visée d’en arriver à des enjeux spécifiquement cliniques. Dans quelle mesure les « enclosures identitaires », quelles qu’en soient les formes, viennent s’infiltrer dans les pratiques soignantes ? De quelle manière peuvent-elles être récupérées, voire alimentées, par l’industrie pharmaceutique, ou des groupes d’intérêt tels que FondaMental, et plus profondément par des politiques explicitement néolibérales ? 

- BB, ta parole ne devrait pas être caustique car les questions que tu abordes renvoient à des passions politiques. Ne crains-tu pas de manquer de respect, voire de blesser ? 

L’ironie, l’humour, le décalage, la polysémie, la polyphonie, la complexité, le jeu, les pas-de-côté, m’apparaissent comme des nécessités absolues pour ne pas s’enfermer dans une posture d’autorité, et se prendre trop au sérieux. Car il y a quelque chose de triste dans un certain militantisme actuel : son incapacité à se chambrer, à rire, à déconner, à se planter…Tout est tellement sévère et grave. Attention à ne surtout pas bousculer, attention aux susceptibilités, attention aux sensibilités. 
Autant, dans la pratique clinique, il y a un impératif à faire preuve de tact, de délicatesse, à suspendre son jugement, à recevoir et à abriter, inconditionnellement. Car, là, je reçois des personnes en souffrance, m’imposant une réserve éthique permanente. Autant l’écriture est dans l’incapacité de prendre en compte toutes les interprétations et réactions qu’elle suscitera, puisqu’elle s’adresse à un interlocuteur abstrait et insaisissable. Dès lors, chacun est libre de faire ce qu’il veut d’un texte, le trahir, le transformer, le boycotter, le brûler…Peut-être à ce niveau y-a-t-il confusion dans les registres, dans les places, entre l’auteur, sa « parole », les interprétations, malentendus, usages qui peuvent être faits de ses textes.

BB, tu oses citer les réactions de Fourest et Badinter aux prises de positions d’Alice Coffin. Indéniablement, tu veux donc être associé à ces personnes en tant que réactionnaire irréductible ? 

Illustration 2

Cet argumentum ad personam me parait particulièrement problématique, malhonnête, voire assez puant. Deux citations d'à peine quelques lignes, cherchant simplement à illustrer la diversité et l’hétérogénéité des positionnements « féministes » suffirait donc à affirmer un alignement idéologique et constituerait un argument d'autorité… Mais où va-t-on avec de tels procès d’intention ? Certes, je m’intéresse avant tout aux pensées, aux contenus des propos, sans forcément me préoccuper de tous les positionnements de la personne citée, de ce qu’elle représente - ce qui constitue sans doute un fourvoiement, ou tout du moins une certaine naïveté voire une faute de goût, pardon. Néanmoins, je parie sur l’intelligence, plutôt que sur les lectures en diagonale cherchant à épingler les intentions de l’auteur à travers telle ou telle erreur stratégique. Est-il besoin de le préciser, je ne me reconnais pas dans nombre de prises de position de Caroline Fourest ; dois-je pour autant censurer chacune de ses paroles ? De la même façon je suis en contradiction à plein de niveaux avec Elisabeth Badinter. Dois-je pour autant m’interdire d’être intéressé par certaines de ses réflexions ? 
Là se situe la différence entre la pensée et le réflexe conditionné.


BB, certains statistiques récentes révèlent une prévalence de violences sexuelles intrafamiliales sur mineurs à 5 à 10% en France. Quel sens cela a-t-il de se préoccuper des normes de genre face à une telle situation ? 

Oui, c’est bien vrai. D’ailleurs, j’aborderai très prochainement ces enjeux de l’inceste et des violences « domestiques » comme matrice anthropologique des oppressions systémiques. Je n’ai d’ailleurs de cesse d’alerter sur la négligence coupable des pouvoirs publics à l’égard des enfants, avec une situation tragique d’abandon et de délaissement. A ce titre, l’insistance médiatique sur les enjeux transidentitaires ainsi que les moyens importants alloués à des consultation spécialisées alors que les services "généralistes" de pédopsychiatrie agonisent me paraissent effectivement problématiques, montant en épingle des situations très minoritaires par rapport à l’intensité collective de la souffrance infantile. Ce qui me préoccupe principalement, en tant que pédopsychiatre, c’est une tendance sociale de fond qui tend à catégoriser, à médicaliser, à normer l’enfance, en contrepoint d’un refus de prendre en compte la réalité des conditions de vie et la concrétude abjecte des maltraitances instituées.


BB, pourquoi tu ne te tais juste pas. Pourquoi fais-tu le choix de passer autant de temps et autant d'énergie à être réactionnaire. Pourquoi produis-tu des textes avec obstination et acharnement qui vont contribuer à faire souffrir des gens ? 

Qui peut s’arroger le droit de distribuer la parole, de dire qui aurait le droit de s’exprimer, ou pas ? Quel système politique peut en arriver à de telles injonctions ? Au nom de quoi ? A partir du moment où je publie, je m’expose effectivement à la contradiction ou à l’opposition par rapport à telle ou telle prise de position. Mais personne n’est contraint de lire ce que j’écris. Je ne confisque pas la parole, je n’ai pas la prétention de parler pour les autres. La radicalité ne suppose pas la mise sous silence, et l’annulation pure et simple des propos qui pourraient heurter telle ou telle sensibilité. Je ne m’adresse à personne, je ne prends pas à parti, donc je n’impose pas de blessure de façon délibérée. Quand je discute tel ou tel auteur, c’est par rapport à ce qu’il peut énoncer, officiellement, sans m'attaquer à ce que je pourrais projeter sur sa personne. Par contre, ces thuriféraires de la défense « des gens » n’ont visiblement pas le même recul lorsqu’il s’agit d’accuser nominalement quelqu’un, sans même le connaitre.
Qu’on puisse alors s’autoriser à des accusations de faschisme, de zemmourisme, de masculinisme - j’en passe et des meilleures - après avoir à peine survolé certains textes - de l’aveu même de ceux qui profèrent de telles sentences - me parait effectivement très problématique, rappelant pour le coup des heures assez sombres. Qu’on puisse ne pas être d’accord, tant mieux. Qu’on puisse démonter, contre-argumenter, évidemment. Qu’on puisse être touché, affecté, en colère, certainement. Mais faut-il qu’on en arrive à des accusations ad hominem, à des appels à la censure ? Nous pouvons être en désaccord sur la forme, sur le fond, sur l’horizon des luttes. Ce qui peut être le germe d’échanges potentiellement éprouvants, mais enrichissants - ou la « légitimation » d’excommunication ou de procès sans appel…
Cependant, un soutien éclairé n’implique pas d’être systématiquement de plain-pied, aligné, en anesthésiant sa conscience critique et en brandissant des slogans et des diktats en lieu et place de la pensée… Au contraire, il s’agit davantage d’être exigeant et vigilant, attentif aux dérives potentielles ou aux récupérations. Il s’agit également de s’extraire des dogmatismes militants ânonnés tels des vérités révélées, de faire preuve de respect et de considération, en ouvrant le dialogue, en pointant des objections, en contestant ; ce qui témoigne d’un intérêt sincère, et parfois contradictoire…
Par ailleurs, faut-il systématiquement partagé la même « condition identitaire » pour pouvoir s’exprimer sur tel ou tel sujet ? A travers cette revendication d’enclosure, de mêmeté, de total alignement, s’exprime finalement une forme de déni de notre condition originaire : à savoir le fait qu’on ait été parlé et identifié par le discours de l’Autre, et que c’est à travers cette « violence de l’interprétation » qu’un « Je » a pu émerger, éventuellement en récusant cette assignation identificatoire primitive et en se décalant. Refuser l’altérité d’un discours sur soi revient à affirmer un fantasme d’autosuffisance narcissique et de toute-puissance, non sans rapport avec la performativité de l’autoentrepreneur néolibéral …Pourtant, la parole de l’autre constitue un Pharmakon : d’un côté, elle peut effectivement constituer une forme d’aliénation, en m’épinglant à la façon d’un entomologiste, et en m’inscrivant dans une taxonomie ; mais de l’autre, elle peut aussi devenir un ferment de subjectivation, en me permettant de me distancier de moi-même, de m’extraire de ma permanence tranquille et de mes arrogances performatives : je ne suis pas seulement ce que j’affirme être...Paradoxalement, on m’impose continuellement un discours sur ce que je suis censé être en tant que mâle blanc cis-genre, en tant que pédopsychiatre, sans beaucoup de pincettes - et c'est sans doute bien mérité... Or, c’est justement ce canevas discursif très normatif qui peut m’amener à reprendre la parole, à affirmer quelque chose d’une intimité subjectivante et irréductible, tout en m’astreignant à conscientiser mes privilèges, à être plus « éveillé » et attentif aux rapports de domination, aux évidences…ce discours de l’autre qui cherche à m’encager est justement une opportunité de déconstruction et d’émancipation… l’altérité fissure, ébranle, questionne, déstabilise et relance les mouvements narratifs et instituants. Les tentatives de « captures » deviennent alors des potentiels de libération, qui n’auraient pu avoir lieu sans cette brèche d’une autre parole.
Ne pourrait-on envisager des luttes divergentes, foisonnantes, hybrides, pour défendre les droits humains, au-delà d’un refus systématique des différences et d’une injonction abstraite à être tous sur le même plan, sous prétexte d’éviter les discriminations ? Car, fondamentalement, je revendique la défense d’une certaine liberté- « liberté de quitter les siens, liberté de désobéir aux ordres, liberté de reconfigurer sa réalité sociale » (David Graeber) - la tolérance, l’acceptation de la différence, la revendication du décalage, du pas-de-côté, de l’anormal, de l’indéterminé, de la résistance, de l’altérité, etc. Et je prône également la reconnaissance d’une dignité irréductible pour tout un chacun, ennemi comme allié, ainsi qu’une forme de « décence commune », si chère à Orwell, mais résolument méprisée par certains idéologues avant-gardistes….
Le combat doit évidemment être orienté vers un souci d’égalité inconditionnelle, à condition de s’entendre sur la forme que pourrait prendre cet ethos égalitaire : : « soit on posera que tous les individus sont ou devraient être parfaitement identiques (au moins sur les plans que l'on juge importants) ; soit on affirmera qu'ils sont si radicalement différents les uns des autres qu'il est impossible de les comparer (ou, pour le dire autrement, que nul ne peut être considéré comme meilleur que les autres sur quelque fondement que ce soit, puisque nous sommes tous des êtres uniques) » (David Graeber et David Wengrow). D’un côté, il s’agit de nier en bloc l’existence de singularités, alors que, de l’autre côté, on insisterait au contraire « sur les bizarreries de chacun, décrétant l'impossibilité d'établir des classements généraux sur quelque fondement que ce soit tant nous sommes radicalement différents ». 
De fait, je défends avec insistance une reconnaissance égalitaire qui puisse véritablement s’émanciper des carcans identitaires, des catégorisations désubjectivantes et des taxonomies différentialistes, pour en revenir à la réalité des situations dramatiques, au sens de G. Politzer.


BB, ce que tu écris est une catastrophe d’incompréhension sociologique et politique, aux relents nauséabonds. Qu’as tu à dire pour ta défense ? 


Rien, je n’ai rien à répondre à des affirmations qui jugent sans discuter, qui accusent sans chercher à débattre, qui prononcent des anathèmes en affirmant ainsi leur appartenance au grand tribunal de la Vérité et du Bien. Malgré mon ton parfois péremptoire, caustique et acéré, je n’ai aucune prétention à détenir un quelconque monopole sur le plan du discours et de la légitimité. J’essaie d’entendre, d’évoluer, de me laisser transformer par la parole et le témoignage des autres, en toute humilité. Ces personnes qui affirment avoir tout compris pourraient-elles avoir la bonté de me faire part de leurs lumières ? Ou préfèrent-elles garder leur sagesse surplombante pour eux-mêmes, sans s’abaisser à la partager avec ceux qui se débattent dans leur ignorance crasse ? 

"Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison" (Albert Camus)

Tout mouvement authentiquement "progressiste" peut subir des involutions, soit vers une forme de terreur justifiée par une nécessaire radicalité, de plus en plus autocentrée et déconnectée de la réalité, soit vers une récupération insidieuse par l'ordre hégémonique - la puissance du Capital néolibéral étant assez efficiente quant à cette potentialité. La seule garantie pour éviter ces récifs, de Charybde en Scylla, est d'accepter la critique, la remise en cause et tout ce qui peut venir fêler les figements identitaires...

BB, ne serais-tu pas complètement paumé au sein des courants féministes actuels ?

Sans doute, et tant mieux. Je crois qu'il vaut mieux reconnaitre une certaine errance, des incertitudes, plutôt que l'arrogance des savoirs définitifs. Je revendique donc une façon d'être perdu pour chercher, pour cheminer, pour se laisser-aller aux aléas, sans être guidé à chaque instant par un GPS idéologique configuré en amont...Franchement, je serais inquiet de savoir exactement où je suis, où je vais, avec une cartographie précise des théories et des savoirs officiels. Et puis, faut-il être un spécialiste en études de genre pour oser évoquer le sujet en tant que simple citoyen soucieux de lutter contre la coercition féminine ? N'est-ce pas là un sujet dont tout le monde devrait se saisir, sans prendre le risque d'être dégommé ? Faut-il laisser la parole officielle aux experts adoubés, aux militants professionnels, ou défendre une forme d'agora démocratique, respectueuse des avis divergents ?

BB, au fond, en lisant ce que tu écris, on se dit juste que tu devrais aller voir un psy. As-tu enfin le projet d’aller consulter ? 

Merci de ce conseil avisé. Il faut effectivement pouvoir prendre soin de soi si l’on veut pouvoir être là pour les autres et maintenir sa capacité à se préoccuper. En ce qui me concerne, je me suis déjà engagé dans un travail personnel pendant des années, afin de tenter de me désidentifier, de déconstruire, autant que faire se peut, les schémas d’aliénation qui peuvent me contraindre ; afin aussi de pouvoir mieux entendre les personnes qui me font confiance pour les accompagner sur le plan thérapeutique. Et, si j’ai fait un pas jugé problématique en évoquant des éléments plus intimes de mon parcours, c’était dans un souci de vérité, afin de situer mon propos, sans intention de régler des comptes personnels. Encore une fois, mes écrits n’ont pas la prétention de représenter qui que ce soit, à part l’état d’une réflexion en mouvement, instable, parfois maladroite et appelée à être contredite. Bon, reconnaissons également que, pour s'engager dans un tel merdier, pour s’exposer ainsi aux verdicts implacables de la police de la bienpensance, il faut sans doute des tendances masochistes assez exacerbées....Ceci dit, si je traite trop ce masochisme, je ne pourrai plus exercer dans les conditions actuelles...Alors tant pis.

BB, mais alors, tu vas enfin te censurer et arrêter de déblatérer tes conneries irrespectueuses et fielleuses ? 

Non, je vais continuer à creuser mon sillon et à déployer ma prose "problématique", malgré vos injonctions…Je ne suis pas un stratège ni un hypocrite, prêt à faire des concessions - et c’est sans doute un tort, je veux bien l’admettre. Je remettrai vraisemblablement en question certaines positions, je nuancerai, ou au contraire j’insisterai. Qui sait ? Pas moi en tout cas. Quoi qu’il en soit, j’invite les personnes se sentant mal à l’aise avec cette posture à tout simplement ne pas lire ce qui pourrait les faire souffrir. Cependant, je dois reconnaître que, souvent, quand je m’immerge dans de la littérature engagée, quand je regarde un film qui me transperce, ou même quand je prends connaissance d’un article de presse ou d’un documentaire sur une réalité intolérable, je peux être puissamment affecté ; je peux ressentir des émois douloureux, du côté de la tristesse, de la colère, de l’indignation. Je dois parfois faire avec ma haine, en essayant de la transformer en potentialité ; puisque c’est justement à partir de cette atteinte de mon intégrité confortable que s’anime ma puissance d’agir. Et que, dans les liens, les rencontres, les paroles, les souffrances, je puise aussi ce qui me donne la force de ne pas capituler.
Merci de m’ébranler ainsi et de renforcer mes engagements désirants, malgré nos différences, nos incompréhensions et nos dialogues de sourds.

BB, tu peux aller te faire foutre !

Merci de l'autorisation, je n'y manquerai pas

"La bourgeoisie, dont la conscience de classe est très supérieure, par sa plénitude et son intransigeance, à celle du prolétariat, a un intérêt vital à imposer "sa" morale aux classes exploitées " Léon Trotski "Leur morale et la nôtre"

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte