I have a (bad) dream : les assises de la santé mentale

La grande parade des Assises de la santé mentale organisées sous l’égide de l’Élysée s’avère totalement déconnectée des enjeux réels de la pratique clinique de terrain et des mises à mal concrètes du soin. Dès lors, cette exhibition médiatique peut même prendre des aspects cauchemardesques…

Ce matin, je me suis réveillé avec une mauvaise gueule de bois…La nuit avait été agitée, fébrile. Il faut dire que, depuis un certain temps, j’en avais plein le dos ; que j’éprouvais une saturation, que j’étais oppressé par une frustration térébrante et par une sensation permanente de vague à l’âme, de naufrage. Comme rongé, insidieusement. Envie de gerber. Ce sentiment de se battre contre des moulins, de porter la souffrance, le mal-être, tout en devant subir les assauts itératifs d’une technocrature devenue folle ; une perte de sens, un découragement, un cri. Ainsi, électrisé par l’obscurité, je m’étais agité, incapable d’accéder à un quelconque relâchement, n’arrivant pas à sombrer dans un sommeil réparateur et bienveillant. Et c’est là que les sombres délires oniriques s’étaient insinués ; des images folles, cauchemardesques. Des figures grimaçantes, hautaines. Tout un bestiaire atroce. Ces sourires auto satisfaits, ces beaux discours, ces beaux costards. Un tableau grouillant, à la Jérôme Bosch. De la vermine avide.

assises

Au milieu, le président, trônant, avec sa cour de fielleux courtisans. Jouissants de cette dégoulinade de bons sentiments. Un gala de charité, une bande d’hypocrites philanthropes, la gueule ouverte dans l’attente des grassouillets subsides à se faire sur le dos de la bête agonisante. La bête agonisante, c’est nous, c’est vous, c’est moi et toi ; le soin, les soignants, les soignés …

Dans cette diabolique fantasmagorie, on se gaussait, on se félicitait. « Un moment historique ! ». « Innovons, innovons ». « Créons la filière santé ! ». « A la vôtre ». Et ça trinquait, et ça se félicitait.

Et on nous promouvait une « culture de la santé mentale », et on nous vantait les mérites de la télémédecine. Ah, les retombées positives de l’après Covid, le suprême alibi pour tout dématérialiser, définitivement – et pour reléguer….

A un moment, je crois que j’ai un peu basculé dans un délire carrément malsain. Des managers déblatéraient sur la démarche « École promotrice de santé », avec une approche positive de la Santé Mentale.

Dans un éclair de lucidité acerbe, je me rappelai alors que, sur l’école publique de mes enfants, il n’y avait plus de fournitures aussi basiques que le papier, et que les élèves étaient obligés de se partager les manuels, car les commandes automatisées par un partenariat public-privé aussi dysfonctionnel que lucratif n’avaient pu aboutir…Et je revoyais encore la situation de cet adolescent autiste se masturbant en classe, pour lequel le coordinateur ULIS m’avait appelé : « il va y avoir un bain de sang… ». Je voyais défiler devant mes yeux ébahis la violence ordinaire, le harcèlement, les inégalités, le délaissement…Sans doute, nous n’avions pas suffisamment fondé notre approche sur l’évaluation des besoins et la mise en œuvre d’actions en lien avec le territoire et les partenaires afin de promouvoir l’école comme acteur central en matière de promotion de la santé mentale. Nous n’avions pas suffisamment pensé « le parcours santé mentale des élèves ». Ou comment ne pas devenir fou face à l’insanité instituée…

Mais je n’étais encore qu’au purgatoire, et ma descente vers le cercle des enfers ne faisait que commencer.

Le tour de l’enfer, de Jérôme Bosch Le tour de l’enfer, de Jérôme Bosch

Car soudain, surgit devant moi, pauvre pêcheur clinicien de terrain, la grande prêtresse des abysses (AP-HP, UPEC, INSERM, FondaMental), déployant toute l’horreur maculée de ces hideuses imprécations : microbiotes, immunopsychiatrie, psychiatrie translationnelle, centres experts, réduction de l’impact social et économique des maladies mentales, projet de « traitement curatif » pour l'autisme, complicité avec des essais thérapeutiques sauvages …

Et, virevoltant autour d’elle, une macabre chorégraphie : des spectres agités nous vantant « les approches innovantes en santé mentale », point majeur d’attractivité et de développement. Avec leurs gros dividendes, ces prédateurs s’ébrouaient, se trémoussaient, hurlaient à la lune, « innovons, innovons », « le courage d’une psychiatrie attractive », « les opportunités du numérique en santé mental » … « Innovons, innovons ».

Dans un grand chaudron, deux succubes, les Instituts Montaigne et FondaMental, déversaient en ricanant quelques débris ramassés à même le sol : l’éthique, la rencontre, le soin, la responsabilité, la subjectivité, le psychisme…Touillant, touillant, ils en ressortaient, après une miraculeuse opération alchimique, des lingots scintillants, sous le regard attendri de l’ignoble démon Mc Kinsey, cabinet de conseil en stratégie ayant réalisé « une étude inédite sur le potentiel de création de valeur de la e-santé en France qui, si elle était pleinement déployée, pourrait se situer entre 16 et 22 milliards d’euros par an autour de cinq axes de rupture, dessinant le système de santé de demain ».

« Réduisons, réduisons, les dépenses de santé socialisées, détruisons, détruisons, le système de solidarité collective !! »

"Le fardeau épidémiologique associé aux maladies mentales comme la faiblesse des investissements pour améliorer nos connaissances sur ces pathologies vont de pair avec un fardeau économique et social considérable"

« Des flux, du fric, pour nos frasques !! »

Je frémis encore en repensant à ces macabres hilarités, à ces trémoussements hystériques. Ils dansaient, ils dansaient, autour des flammes, et clamaient de terribles prophéties : il faut « consolider une filière d’excellence, capable de s’exporter », il faut « considérer le secteur de la santé comme une filière économique à part entière », il faut « conduire des politiques de santé capables d’intégrer une logique d’investissements et d’évaluation du retour sur investissement », il faut « construire une vision de long-terme pour notre système de santé pour aligner et coordonner l’ensemble des acteurs publics et privés - vers un objectif commun : la création de valeur », il faut « repenser en profondeur le rôle de L’État, qui doit passer du statut de "gérant" du système de santé au statut de "garant" des règles du jeu et de la vision, en laissant davantage de marges de manœuvres aux acteurs de la filière pour déployer des solutions innovantes ».

J’approchai alors de la salle des patients de cohorte, créateurs de valeurs. Quelle vision d’horreur : prélèvements intestinaux intrusifs, découpage en tranches d’imagerie fonctionnelle, implantations d’électrodes et de puces cérébrales, capteurs numériques connectés avec transmission des données, nanoparticules intégrées, médication longue durée ajustée en temps réel aux paramètres biologiques, processus de lobotomisation à distance, thérapie génique intensive, greffe de merde….

‌Enchaînés, forcés de remplir des questionnaires à la chaîne, puis diagnostiqués, étiquetés au fer rouge, et inclus dans des filières ségrégatives

Une vaste machinerie obscène, décomplexée.

Protocoles standardisés, optimisés, efficients, rentabilisés, conformes aux recommandations de bonnes pratiques.

Inclusion industrialisée par exclusion de la singularité.

Tout automatisé, à coup d’algorithmes, de robots conversationnels, et d’applications.

Maîtrise, transparence, homogénéité.

Santé mentale de niche, tarification au turn-over.

Coaching d'adaptation résiliente à la violence des échanges en milieu néolibéral.

Mise en place dispositifs innovants, du RAPT (Réponse adaptée Pour Tous) en passant par le sale GOS (Groupe Opérationnel de synthèses),  les PCO (Plateformes de Coordination et d'Orientation) ou encore les PCPE (Pôles de compétences et de prestations externalisées), afin de fluidifier la répartition des usagers. On gère les stocks de patients comme des conteneurs à distribuer au meilleur coût, on ubérise les soins sur un mode autoritaire....

Comme s’en indigne Valérie Gasne, « au nom de la démocratie sanitaire et de l’urgence «psy», la réponse des gouvernants est unanime : vite, des-gradations des soins ! En santé mentale, ce tsunami gestionnaire emporte toutes nos volontés et nos efforts pour continuer à défendre un service public de qualité, soucieux d’accueillir les patients, sans tri préalable ni condition ».

Alentour, les ignobles gnomes des start-up innovantes en e-santé se convulsaient, outrageusement, s’esclaffaient impudiquement, leurs visages distordus par d’avides rictus : « il faut trier, trier, trier ! Il faut trier, trier, trier ». Et ils classaient, répertoriaient : centre expert par ci, plateforme par-là, filière ségrégative de ce côté, passeport de suivi connecté d’un autre ; du flux, du flux ; pour les autres, dans cette direction : parcours inclusif, au domicile, à la rue, à l’école, en prison, dans le secteur privé lucratif avec reste à charge pour les précaires…Bye bye, adios, hasta la vista…

Autour d’eux, des farfadets ordonnaient, et psalmodiaient leurs fatales imprécations : Cours des Comptes, IGAS, ANAP, ANESM, HAS…. « Quand les experts mandatés par l’Etat veulent notre bonne santé mentale, cela s’édicte sous forme de recommandations qui commencent par le verbe « soumettre » et finissent par « rendre obligatoire l’usage d’une échelle de sévérité des pathologies » » (Valérie Gasne).

Leurs yeux brillaient, leurs rires retentissaient. Encore, maintenant, ils me hantent et me terrorisent. Et je revois le regard apeuré de tous les bannis.

Le tri s'organise !
On élimine les déchets, non recyclables, non créateurs de valeurs inclusives

M’enfuyant en courant, je me retrouvai alors à errer dans une vaste plaine, morne et obscure ; de plus en plus obscure ; de plus en plus morne…Et plus je pénétrais dans ces humides pénombres, plus j’apercevais ces ombres chancelantes, ces silhouettes fantomatiques. Entassées, divaguant. A chaque pas plus nombreux, une masse, informe. Une multitude.

Les relégués, les oubliés.

Les exclus.

Les réfractaires.

Les complexes.

Les non catégorisables.

Les non rentables.

Les non producteurs de valeurs.

Les Non.

Des drones circulaient, menaçants ; et des haut-parleurs crachaient de terribles mots d’ordre : « ne tendez surtout pas la main ! Empathie interdite ! Méfiez-vous des regards qui obligent ! Détournez-vous ! ».

Un sinistre règlement était inscrit en rouge sur les murs suintant : « toute intervention non facturable se fera aux dépens de celui qui l’initie »

« Toute reconnaissance de l’altérité est un manque à gagner »

« Toute prise en compte de la singularité est hors-la-loi »

« Toute hospitalité sera sévèrement réprimée »

« Attention, l’éthique transmet la maladie de l’âme »

J’en tremble encore

Dans un recoin encore plus sombre, de piteuses bâtisses chancelaient, ruines de l’institution.

Là, quelques pauvres hères agonisaient, sous contention. Un robot injectait consciencieusement des sédatifs vétérinaires à heure fixe.

D’autres subissaient des électrochocs à répétition.

Et certains hurlaient à la mort, enfermés dans des cellules capitonnées, enduites d’une épaisse couche de déjections.

Mais il fallait faire taire les quelques irréductibles susceptibles de perturber l’ordre public, priorité sécuritaire oblige. Malheureusement, on n’avait donc pas pu fermer tous les lits - enfin les planches, restriction budgétaire oblige – ; il fallait bien continuer à interner, à enfermer les malades dangereux mettant en péril notre harmonie sociale. Et puis, « si vous voulez approfondir la structure d’un pays déterminé, il faut visiter ses hôpitaux psychiatriques » (Frantz Fanon).

Là, trois silhouettes chancelantes, drapées de haillons, défilaient en titubant sous les quolibets sardoniques des démons de l’ARS :

L’un, misérable barbu, s’écriait : "Eh bien, Messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toutes entière ; que je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu" (Victor Hugo, discours sur la misère).

Et les experts interchangeables de l’IGAS lui foutaient des coups de pied au cul.

Un autre, déclamait aussi ses élucubrations :"Par technocratie, j'entends cette forme sociale dans laquelle une société industrielle réalise sa pleine intégration organisationnelle. C'est l'idéal auquel se réfèrent généralement les hommes lorsqu'ils parlent de modernisation, de mise à niveau, de rationalisation et de planification" (Theodore Roszak)

Les consultants privés et les cabinets d’audit lui jetaient des épluchures et des tomates pourries, en poussant des exhortations frénétiques.

Enfin, le troisième, encore plus misérable et évanescent que ses compagnons d’infortune chuchotait tout bas : « la médecine est née du mal, si elle n’est pas née de la maladie et si elle a, au contraire, provoquée et crée de toutes pièces le malade pour se donner une raison d’être » (Antonin Artaud, « Van Gogh ou le suicidé de la société »).

Celui-là, il était roué de coups, fouetté, vilipendé, assommé à coup de DSM, par toute une troupe de coachs illuminés, qui n’en laissèrent qu’un petit tas de chair…Dans un dernier sursaut, il s’écria : « là où ça sent la merde, ça sent l’être » ….

 

Au milieu de cet infernal capharnaüm, quelques enfants divaguaient

On leur offrait un bonbon quand ils ne s’agitaient pas ; et, dans le cas contraire, des décharges électriques. A la chaîne, on leur distribuait des cocktails de psychotropes, déversés par de grands distributeurs directement reliés aux comptes offshore de groupes pharmaceutiques authentiquement préoccupés par le devenir des jeunes générations.

 « A.B.A ! A.B.A. ! A bas ! A bas ! » criaient certains, avant d’être désintégrés dans un « invisibilisateur inclusif » de dernière génération : hop, volatilisés, problème résolu. Au suivant….

En périphérie, des experts en blouse blanche venaient aussi faire leur marché, et remplir leurs paniers de candidats à inclure dans des protocoles de recherche, afin de valoriser leurs futures publications ; « Oh, la belle cohorte, les belles statistiques que nous allons pouvoir produire, les belles preuves de notre supériorité scientifique et morale » – un tri en amont garanti toujours des résultats finaux conformes aux prédictions….

Ces enfants tamisés étaient alors testés, retestés, observés, protocolisés, découpés en tranche, perfusés par de hautes doses de médicaments expérimentaux…Ils hurlaient, mais on savait les faire taire. Avant de les jeter, une fois les données extraites.

Ailleurs, quelques bureaucrates en cravates projetaient les enfants esseulés dans des parcours diagnostics de coordination et d’orientation : ces pauvres bougres, complètement paumés, se trouvaient alors inclus dans des sortes de flippers géants, balancés de plateformes en plateformes, sans possibilité de comprendre ce qui leur arrivaient et de retrouver leurs esprits. Cela s’agitait tellement, dans tous les sens, que certaines explosaient littéralement en vol, d’autres se trouvaient centrifugés et éjectés, d’autres disparaissaient dans une sorte de trou noir – le placement familial inclusif à domicile -, d’autres enfin résistaient un peu, du fait d’un intense lobbying parental, et obtenait l’insigne gratification de pouvoir bénéficier d’un parcours de soin rééducatif à durée déterminée de 1 an…avant de repartit à la case zéro…Car l’IGAS l’a bien dit « toute prise en charge excédant deux ans est atypique ».

A bonne distance, quelques enfants étaient attachés, ou crucifiés, nourris et encadrés par des garde-chiourmes formés aux pratiques avancées de thérapies comportementales positives, de façon à proposer quelques solutions de répit aux parents - pardon, aux pair-aidants – épuisés.

 

D’ailleurs, plus loin, un camp de rééducation parentale imposait l’orthodoxie du dressage comportemental infantile précoce, à optimiser au cours des 1000 premiers jours. Répétez après moi : « je favoriserais une gestion performante des émotions, une expression adéquate des gènes à travers une stimulation efficiente des compétences, j’adopterai une attitude parentale multimodale ! »…

Un père outrageusement banni du groupe de parents-experts tentait en vain de faire entendre un peu de bon sens face à cette entreprise de stérilisation des esprits :

"Je n'ai jamais cru aux diagnostics posés sur mon fils. Quand une pathologie se voit attribuer trois noms différents en autant de décennies, quand elle exige deux sous-catégories pour rendre compte de symptômes absolument contradictoires, quand en l'espace d'une génération elle passe de l'inexistence au statut de maladie infantile la plus diagnostiquée du pays, quand deux médecins veulent à eux seuls prescrire trois traitements différents, c'est qu'il y a un problème" (Richard Powers, "Sidérations")

"Tout être vivant sur cette petite planète aléatoire se situe quelque part dans le spectre. C'est le principe même d'un spectre (...). La vie elle-même est une aberration du spectre, et chacun d'entre nous vibre sur une fréquence unique dans le continuum de l'arc-en-ciel."

"Mais bizarrement, dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, il n'y a pas de nom pour la tendance compulsive à diagnostiquer les gens"(Richard Powers).

Enfin, dans un recoin plongé dans la pénombre du refoulé, se dressait le Centre de Management des Experts en Reformatage : une bâtisse lugubre, au sein de laquelle les professionnels réfractaires qui revendiquaient encore l’exercice de la rencontre clinique devaient donc subir un programme intensif de remise en conformité, selon les recommandations officielles de la Haute Autorité de Santé. Ces infâmes récalcitrants devaient déjà piétiner l’effigie du vieux Sigmund, ignoble charlatan, ayant osé prétendre, en 1918 « qu’un jour, la conscience sociale s’éveillera et rappellera à la collectivité que les pauvres ont les mêmes droits à un secours psychique qu’à l’aide chirurgicale (…). La société reconnaitra aussi que la santé publique n’est pas moins menacée par les névroses que par la tuberculose. Les maladies névrotiques ne doivent pas être abandonnés aux efforts impuissants de charitables particuliers. A ce moment-là, on édifiera des établissements, des cliniques, ayant à leur tête des médecins psychanalystes qualifiés et où l’on s’efforcera, à l’aide de l’analyse, de conserver leur résistance et leur activité à des hommes, qui sans cela, s’adonneraient à la boisson, à des femmes qui succombent sou le poids des frustrations, à des enfants qui n’ont le choix qu’entre la dépravation et la névrose. Ces traitements seront gratuits » …Vade retro satanas !  Crachez, écrasez cette vermine. Répétez : protocole, qualité, remédiation ; évaluation, cotation, standardisation. On traite des symptômes, des troubles, des programmes de neurodéveloppement ; on corrige des anomalies génétiques et immuno- inflammatoires ; on intervient au niveau de la neuromodulation, du traitement du signal et des schémas cognitifs…On extrait des données, on crée de la valeur, on balance du flux. On élimine l’affect, on efface la personne, on se protège du lien…Voilà, encore un petit effort pour devenir un véritable expert…

 

C’en était trop, je me réveillai, en sueur. Il me fallut un long moment avant de recouvrer mes esprits, pour me raccrocher à quelques fragments palpables de réalité.

Après un certain laps de temps, le flottement s’apaisa, en dépit du mal de crâne lancinant qui m’assaillait toujours, tel l’ombre d’un doute. C’est alors que, pris de panique, je m’affaissai, hébété :

Sur mon écran d’ordinateur, une image scintillait, sous-titrée « clôtures historiques des Assises de la Psychiatrie » : on y voyait le Président de la République, tout sourire, serrer avec enthousiasme la main de Franck Mouton, directeur de France Biotech, association représentant les sociétés biopharmaceutiques françaises, et instance de lobbying s’étant donnée pour mission de soutenir le développement de l’innovation santé, en développant un terrain législatif et fiscal favorable….

 

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