Diversifications institutionnelles et unification idéologique
Dans le domaine de l’enfance en marge, de plus en plus investi par des taxonomies à prétention scientifique, se constitue progressivement tout un panel de professionnels, de disciplines, de méthodes, qui visent à la fois à circonscrire, à nommer, et à prendre en charge.
Ainsi, dans l’entre-deux-guerres, on expérimente progressivement de nouvelles formes institutionnelles, avec un souci approfondi de repérage, de catégorisation et de sélection, se basant de plus en plus sur l’expertise médico-psychologique. Se développent ainsi de nombreuses consultations médico-pédagogiques, neuropsychiatriques et médico-sociales, publiques ou privées, qui s’installent au sein de dispensaires, d’hôpitaux ou dans des locaux annexes. « Elles sont « alimentées » par les écoles (directeurs, instituteurs, médecins inspecteurs, assistantes scolaires), qui adressent les enfants leur paraissant anormaux, et aussi par les parents eux-mêmes, amenant leurs enfants spontanément ou à l’instigation d’une assistante sociale » (Mathias Garder[1]). Au sein de cette mosaïque institutionnelle existe un jeu complexe de rivalités, de pouvoir, d’alliances et d’oppositions, d’intérêts idéologiques et lucratifs. Chaque dispositif institutionnel veut conserver jalousement ses prérogatives et son autonomie, tout en revendiquant les subsides de l’Etat.
Ainsi, le champ de l’enfance déviante apparait comme un assemblage mal coordonné, sans organisation politique ni véritable contrôle étatique, avec :
- Des œuvres privées et philanthropiques, à forte influence religieuse, et souvent opposé à la République laïque. Ce secteur privé est assez développé, de façon multiforme : sociétés de patronage, institutions charitables, établissements de bienfaisance, internats de rééducation, colonies agricoles, etc. Moralisation et correction s’y mêlent.
- Des maisons d’éducation surveillée et de correction, des « bagnes d’enfants», sous tutelle de l’Administration pénitentiaire
- Des instituts médico-pédagogiques installés en annexe des asiles d’aliénés
- Des classes de perfectionnement instituées au sein de l’école par la loi de 1909
- Des services de consultations spécialisées en quête de légitimité académique
Pour les neuropsychiatres impliqués dans cette démarche, il s’agit à la fois de rationaliser la prise en charge de l’enfance déviante, tout en légitimant leur champ spécifique d’intervention sur le plan institutionnel. Dès lors, se créent des consultations spécialisées dans l’évaluation diagnostique, ainsi que des centres d’observation des mineurs délinquants en amont du jugement. Les tentatives de soins et d’éducation destinés aux enfants considérés comme des idiots incurables, portées notamment par l’aliéniste Désiré Magloire Bourneville, ont finalement été supplantées par le souci de rendement social…
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En parallèle, ce champ disciplinaire émergeant revendique également des mesures précoces de dépistage et de prévention des troubles sociaux, à l’instar du Dr Edouard Toulouse, qui fonde en 1921 la « Ligue française d’hygiène mentale ». L’ambition est alors de protéger la population, en cherchant à circonscrire les causes de déviances, à identifier les individus concernés dès l’enfance, à prendre des mesures prophylactiques pour éviter la contamination collective – tout en déployant des méthodes visant à maximiser le rendement social de chacun, c’est-à-dire éviter les nuisances et accroitre la productivité. Il faut donc développer une neuropsychiatrie qui puisse répondre efficacement à ces aspirations hygiénistes et eugénistes. Par exemple, l’idée serait de pouvoir, à partir de l’Education Nationale, déployer un examen médical systématique des élèves, à des fins de rendement, de sélection et de sécurité publique. La régulation « biocratique » de la société aurait alors comme ambition d’améliorer la gestion de la population via une évaluation « scientifiques » de la qualité des individus, à travers notions d’aptitudes et de « biotypologie » - méthode d’observation physiologique et anthropométrique.
A cette fin, le physiologiste Henri Laugier[2] préconise la création d’un livret biotypologique, alimenté d’examens biométriques régulièrement mis à jour qui « accompagneront l’enfant, l’adolescent, l’adulte, de leur contrôle pendant toute leur vie et dans toutes les formes de leurs activités ». Au final, la biotypologie doit aider à « sélectionner les travailleurs de toutes catégories ; utiliser au mieux les bien doués et les anormaux » (Julien Fontègne[3]). Dans une dimension très eugéniste, ce programme utilitariste vise également à contenir « le nombre des individus tarés qui naissent et deviennent ensuite des charges pour les collectivités », en se basant sur le profil biotypologique qui permet la « distillation des types particuliers d’individus et de sous-groupes » (Henri Laugier[4]). A partir d’une base « scientifique », se déploie donc un modèle à la fois théorique, politique et organisationnel, au sein duquel est préconisé d’évaluer les individus, toute leur vie durant, à des fins de sélection, sur la base de leur constitution biologique – même si les études menées mettent déjà l’accent sur les déterminations sociales et tendent à réfuter les causalités biologiques univoques…
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A travers ces prétentions à l’évaluation et au dépistage, la psychologie technicienne va s’ingénier à trouver « la formule à partir de laquelle procéder scientifiquement au classement et au placement social des individus. La science devient ainsi le foyer très actif d’une institutionnalisation du social qui pose dès l’école primaire la connaissance totale de l’enfant comme une nécessité absolue » (Dominique Hocquard[5]). Il faut trier, séparer le bon grain de l’ivraie, distinguer les anormaux des enfants scolarisables, afin de garantir la salubrité publique. « Point d’orgue de ce véritable délire d’omniscience, « le livret biotypologique » du trio Toulouse-Laugier-Weinberg, véritable carte d’identité biologique à laquelle se référeront les praticiens toutes les fois qu’une décision devra être prise concernant l’activité individuelle, professionnelle, familiale, sociale du sujet ». Cette rationalisation, « progressiste » et « humaniste », de l’orientation des élèves identifiés comme inadaptés débouche alors sur la création de filières spécifiques, avec des effets de stigmatisation plus ou moins assumés. Certes, il convient de donner un « visage humain » à ces procédures de triage qui sont au cœur de l’eugénisme français et de la conception de flux populationnels à réguler rationnellement par des sciences appliquées. Néanmoins, « surveillée par la justice, dépistée par les psychiatres, redressée par les instituteurs, l’enfance « irrégulière » est, encore et toujours, confiée aux bons soins des sœurs et des dames de charité, désormais placées sous le regard de la puissance publique » (Catherine Perret[6]).
Evaluer et rentabiliser le capital infantile
En parallèle, le ministère de l’Instruction avait sollicité directement Alfred Binet et Théodore Simon pour construire des protocoles de repérage dans la population infantile scolarisée. Finalement, c’est aussi l’outil d’évaluation qui va contribuer à créer et à instituer la catégorie de l’enfance arriérée et inéducable. En tout cas, « ce qui va apparaître avec l’échelle métrique de l’intelligence est l’idée selon laquelle il existerait des enfants handicapés que l’on ne pourrait pas reconnaître de manière phénoménologique et dont le handicap, pour être visible, nécessiterait une médiation technique » (Débora Fajnwaks[7]).
De fait, en deçà des élèves normaux, il y a une proportion d’élèves « éducables », que la médecine peut repérer, et dont l’Education Nationale peut encore faire quelque chose en termes de productivité. A contrario, les autres, les « mal doués et les déchets sociaux », il faut définitivement les écarter, les reléguer vers des structures asilaires.
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Au final, la priorité est de rationaliser les dispositifs de triage et d’orientation, de restreindre les coûts, et de ne pas proposer d’interventions dispendieuses en pure perte à des enfants « fixés » dans la déficience -à contre-courant de l’initiative de Bourneville, qui postulait que tous les profils d’enfants, même les plus « déficitaires », pourraient bénéficier de soins à même de soutenir des apprentissages et une intégration sociale.
De leur côté, Alfred Binet et Théodore Simon s’insurgent contre « le coût et l’investissement de telles méthodes pour des sujets dont les progrès sont peu perceptibles et en tout cas insuffisants pour leur donner une réelle autonomie et leur permettre plus tard de « rembourser leur dette morale » en se rendant utiles à la société » (Mathias Gardet[8]). Il faut donc abandonner la prise en charge thérapeutique et l’apprentissage des enfants internés, pour se contenter de les adapter et de les orienter vers des filières dans lesquelles on pourra les rentabiliser : « la domesticité de province pour les « filles débiles ayant de bons instincts », les travaux agricoles pour les garçons ». Afin d’optimiser ces orientations, il convient alors d’organiser un dépistage systématique et d’opérer un tri parmi la population infantile, dans le but de repérer les anormaux inéducables, que ce soit dans la population de délinquants juvéniles ou parmi les enfants scolarisés. Dans cette optique sont mis en œuvre des protocoles d’évaluation, avec notamment l’échelle d’intelligence de Binet-Simon. Dès lors, l’intervention médico-psychiatrique tend à se généraliser, à des fins de repérage, de classification et d’orientation. Tout en revendiquant des solutions moins répressives et diversifiées, ce processus contribue paradoxalement à intensifier le diagnostic, la médicalisation et la ségrégation consécutive des « enfants anormaux », notamment au sein de l’institution scolaire – sans pour autant mettre en place d’accompagnements thérapeutiques spécifiques. L’anormalité infantile doit désormais être appréhendée comme l’expression d’un trouble médical, définissant une trajectoire et une orientation. Ainsi, d’après les études de l’époque, de 70% à 87% des cas de mineurs délinquants présenteraient une constitution pathologique. Par exemple, sur 300 enfants détenus à la prison de la Petite Roquette à la fin des années 1920, il est dénombré 94 instables, 87 débiles mentaux, 53 arriérés débiles, 45 psychopathes[9]…
Il faut donc systématiser l’expertise médicale, tant au niveau scolaire que judiciaire, et mettre en place des procédures spécifiques d’observation, de sélection et de triage.
En 1922, Edmond Perrier, directeur du Muséum d’histoire naturelle et président de la Société française d’eugénique recommandait l’« application à l’individu de la méthode de Taylor qui s’impose à l’organisation des sociétés humaines ». Définitivement, il s’agit de mettre en œuvre une logique managériale de maximisation du rendement social, dans une logique « biopolitique » de supervision des organismes.
L’institutionnalisation de la neuropsychiatrie infantile
C’est dans ce contexte que l’expertise neuropsychiatrique va progressivement construire sa légitimité institutionnelle dans le champ de l’enfance déviante. Au-delà des prétentions scientifiques, c’est essentiellement à travers les pratiques et le balisage des parcours que ces nouveaux spécialistes vont s’imposer. Certes, la prétention de scientificité est mobilisée pour obtenir une reconnaissance administrative et bénéficier d’un soutien politique en faveur des dispositifs – services, cliniques, consultations diverses – qui émergent. A cette fin, outre les enjeux concernant l’arriération, la légitimation de la neuropsychiatrie infantile va se déployer dans le champ de la délinquance juvénile, avec la revendication d’une origine et d’un terrain morbide communs.
« Le délinquant qui commet une infraction au code qui régit la vie sociale et qui la commet à cause de ses troubles du caractère est un malade. Tous les psychiatres ou anthropologistes qui ont étudié les adolescents délinquants ont constaté que parmi eux il y avait 80% d’anormaux, débiles ou déséquilibrés du caractère » (Georges Heuyer[10]).
Dès lors, il devient nécessaire de pouvoir expertiser le caractère du mineur délinquant – sa constitution biologique- avant toute orientation ou tentative de rééducation. Les interventions ultérieures devront effectivement être guidées par l’évaluation initiale : « chaque anomalie doit être la base de mesure de discipline et de redressement des adolescents placés en maison d’éducation surveillée ». Dans cette optique, les troubles du comportement, la perversité et l’inadaptation sociale sont appréhendés comme la conséquence de tares caractérielles, héritées et propres à l’individu. Ainsi, se rejoignent là une certaine pensée médicale scientiste et une conception politique sécuritaire, à travers le socle idéologique du constitutionnalisme.
« Les enfants pervers sont les agents actifs et précoces de la criminalité juvénile, d’où l’extrême importance de leur détection rapide et de leur mise hors d’état de nuire » souligne G. Heuyer, fidèle adhérent de la Société française d’eugénique.
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En effet, le déterminisme caractériel apparait comme une « tendance de nature affective qui dirige les réactions de l’individu aux conditions du milieu extérieur ». Or, l’influence du milieu élargi, et notamment les dynamiques socio-politiques, ne sont jamais dénoncées. Au contraire, l’ordre social doit systématiquement être préservé. Il convient donc de détecter précocement les anormaux, afin de mettre la main sur de potentiels délinquants et de tenter, par une activité prophylactique de relégation, d’empêcher ces constitutions dégénérées de passer à l’acte. Dans ce programme, l’institution scolaire doit être utiliser comme lieu de dépistage, avant que l’expertise médical puisse établir, définitivement, « diagnostic, pronostic et traitement » en amont de toute conduite délictueuse.
En 1925, Georges Heuyer crée la clinique de neuropsychiatrie infantile au sein du patronage Rollet, établissement qui reçoit des délinquants juvéniles. Voici comment se passait les observations cliniques dans ce service, telles que décrites par Alexandre Danan[11] : « Les épreuves succèdent aux épreuves, se complètent, s’appellent l’une l’autre en témoignage : tests de Binet et Simon, de Terman, de Claparède, échelle métrique de l’intelligence, profil mental, réaction de Wassermann, radiologie, examen du liquide céphalo-rachidien, psychanalyse. Il faut que se livre tout ce qui se peut du secret de l’être, celui que défend pouce à pouce une dissimulation rusée ou qui s’ignore. Quand tous les signes et tous les indices sont réunis au dossier : rapports, fiches, schémas, théorèmes résolus, graphiques aux courbes précises comme des frontières d’atlas géographiques, à ce moment, c’est au docteur Heuyer d’en fixer la somme dans un diagnostic concis ».
Toutes les techniques médicales et paramédicales les plus modernes sont recrutées – comme par exemple la radiologie- pour faire valoir la légitimité scientifique du diagnostic. La psychanalyse sera également mobilisée à cette fin, avec l’intervention d’Eugénie Sokolnicka puis de Sophie Morgenstern. Cependant, il ne s’agit pour Heuyer que d’une « technique d’appoint du diagnostic et au traitement médico-psychiatrique. La synthèse théorico-pratique qu’il opère s’inspire donc de la recette du pâté d’alouettes : un cheval de constitutionnalisme, une alouette de psychanalyse » (Annick Ohayon[12]).
Au cours des années trente, la clinique s’émancipe progressivement du patronage et devient finalement un service rattaché à l’Assistance publique. Elle apparait alors comme un centre de dépistage et d’orientation en lien avec la justice des mineurs, les services sociaux et l’institution scolaire.
« Chez l'arriéré scolaire et chez le délinquant juvénile, nous avons trouvé les mêmes troubles de l'intelligence et du caractère. (...) Pour diminuer la délinquance juvénile par des mesures préventives, pour éviter des tentatives de traitement et d'améliorations qui seraient désordonnées, inutiles et coûteuses, il faut faire un diagnostic précoce de l'anomalie mentale » (Georges Heuyer[13]).
Ce discours performatif tend finalement à institutionnaliser la neuropsychiatrie via son rôle d’évaluation et de catégorisation des enfants déviants, permettant de tisser un continuum entre les anormaux de Bicêtre, les délinquants de la Petite Roquette et les élèves arriérés des classes de perfectionnement. A travers une opération de synthèse « scientifiquement » légitimée, les nouveaux experts retrouvent effectivement « le même aspect, les mêmes troubles du caractère, la même hérédité, la même origine familiale » (G. Heuyer[14]). L’activité taxinomique connait alors un développement considérable, en dépit du caractère restreint des catégories nosographiques. Cependant, cet acharnement classificateur concerne particulièrement les enfants, qui constituent « une sous population soumise depuis longtemps à un processus très raffiné de délimitation »[15].
Cette obsession diagnostique, à même de définir des trajectoires institutionnelles, constitue aussi une façon, pour la discipline naissante de la neuropsychiatrie infantile, de se situer stratégiquement à tous les niveaux des réseaux de l’enfance inadaptée en cours de constitution.
Certes, à partir des années 1930, l’enfant commence à émerger de l’asile, de l’assistance aux enfants arriérés et aux incapables de la neurologie traditionnelle. Mais la nouvelle constellation institutionnelle qui s’affirme alors reste essentiellement cantonnée à l’étiquetage, au triage et à la mise en filière. De surcroit, concernant l’aval, les possibilités réelles de prise en charge s’avèrent très limitées, en dehors des placements. Comme le soulignait Pierre Mâle, « avant la guerre, nous avions une vitrine, une consultation, mais pas d’arrière-boutique, pas de suivi »[16] …
Cependant, avec ces évolutions épistémiques et ces basculements des rapports de pouvoir, c’est bien un nouveau marché de l’enfance déviante qui va progressivement s’institutionnaliser.
Selon Jacques Donzelot[17], « l’ancien marché de l’enfance était organisé autour de techniques conventuelles et militaires, branché sur l’autorité familiale et religieuse, policière et judiciaire. Le nouveau cherche ses méthodes du côté de la médecine, de la psychiatrie, de la pédagogie ». Ce marché de l’enfance inadaptée tend donc à s’élargir, avec une unification en référence à la nébuleuse psychiatrique. Dans celle-ci, les mêmes ingrédients se trouvent toujours entremêlés : arriération, instabilité caractérielle, perversion.
Et sur le plan étiologique, le discours hygiéniste et eugénique permet également de désigner et de mettre au pas la famille déviante de l’enfant anormal : « soit que celle-ci n’assumait pas convenablement sa tâche éducative, le « conditionnait » progressivement à devenir pervers, et il fallait au plus vite lui soustraire l’enfant ; soit qu’elle était génétiquement (dégénérescence), sanitairement, socialement (misère) tarée et qu’il fallait donc aussi lui enlever l’enfant et le placer dans un établissement adapté » (Donzelot[18]).
Enfin, la privatisation des institutions en charge de l’enfance inadaptée, avec, au-delà des dimensions caritatives, la perspective d’une rentabilité et d’une marchandisation, deviennent des éléments centraux dans l’organisation des dispositifs émergents. En 1935, le Dr Georges Heuyer, figure de proue de la neuropsychiatrie infantile en voie d’institutionnalisation, l’exprime sans ambages : « des intérêts privés d’origines très diverses estiment que l’éducation et le traitement des enfants anormaux peuvent se permettre des placements avantageux ».
Jusqu’à la seconde guerre mondiale, toutes ces dynamiques ne sont pas encore complètement stabilisées sur le plan institutionnel et réglementaire. C’est finalement la politique du régime du Vichy qui permettra l’institutionnalisation des dispositifs tutélaires de l’enfance inadaptée. De fait, le contrôle de la jeunesse devient alors un enjeu primordial au sein de la Révolution Nationale, dans la mesure où l’encadrement, l’enrégimentement et l’endoctrinement infantiles sont appréhendés comme des éléments de la régénération et de la rénovation de la Patrie. Les conditions politiques sont donc favorables à une mutation profonde dans le champ de l’enfance inassimilable…
A suivre...
[1] “Face à la question sociale, la réponse médicale”, Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 18 | 2016
[2] Congrès international de l’éducation nouvelle, 1932
[3] L'orientation professionnelle et la détermination des aptitudes, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1921
[4] « Enquête que les caractères biotypologies des enfants en relation avec les conditions de vie des familles », 1938
[5] « La subjectivité dans l'objectivité scientifique des classifications ». La lettre de l'enfance et de l'adolescence, no 43(1), 19-26, 2001
[6] Op. cit, 2021
[7] « Tressin, le tri ». La lettre de l'enfance et de l'adolescence, no 43(1), 37-44, 2001
[8] « Face à la question sociale, la réponse médicale », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », 18 | 2016, 253-274.
[9] Mathias Gardet, Op. cit., 2016
[10] « Délinquance et troubles du caractère chez les adolescents », Revue de l’éducation surveillée, n°2, mai-juin 1946, p 40.
[11] Mauvaise Graine, Paris, Editions des Portiques, 1931, p 49
[12] L’impossible rencontre. Psychologie et psychanalyse en France (1919-1969), Paris, Éditions La Découverte, 1999, p 184
[13] Enfants anormaux et délinquants juvéniles, Nécessité de l’examen psychiatrique des écoliers, 1914
[14] Op. cit., 1914
[15] Olivier Faure, Sylvie Dad, Françoise Tétard, "La volonté de classer", les Cahiers de la recherche sur le travail social, n° 19, 1990, p. 10
[16] Cité par Annick Ohayon, « Introduction de la psychanalyse d’enfants en pédopsychiatrie dans l’entre-deux-guerres », in Ce que les psychanalystes apportent à la pédopsychiatrie. (p. 13 -24), 2024
[17] La police des familles, Editions de Minuit, 1977
[18] Op. cit., 1977