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Billet de blog 5 juil. 2022

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De la violence dans le champ institutionnel (2) : déploiements

Après avoir appréhendé les dynamiques originaires dans les phénomènes violents, nous aborderons désormais la façon dont la violence peut se déployer dans les institutions. A ce niveau, la façon d'intégrer ces irruptions parait tout à fait déterminante dans le potentiel de transformation ou de réitération...

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Voilà ce que pouvait énoncer François Tosquelles lors d’un entretien avec Françoise Picard en 1987 : « Une certaine violence joue toujours dans les collectifs concrets dont chacun forme partie. La violence et ses mécanismes de mise en acte deviennent souvent ainsi socialisés, canalisés, ou contenus, sans pour autant que ces variations comportent des changements substantiels de sa nature ».

Ainsi, les institutions collectives peuvent à la fois devenir des vecteurs instituants d’identifications alternatives, de sublimation, de créativité commune, mais aussi des espaces au sein desquels peut se réactiver la violence archaïque non intégrée, la haine à l’égard de l’altérité sociale, et toutes les crispations identificatoires.

De fait, les dynamiques institutionnelles viennent inévitablement remettre sur le tapis les enjeux du « traitement primaire » de la violence fondamentale, des éventuelles carences de l’épigenèse interactionnelle, tant au niveau individuel que collectif.

fresque murale de la chapelle de l'hôpital François Tosquelles à Saint-Alban

Comme le rappelle Frédéric Lordon, les institutions constituent fondamentalement les lieux d’accommodation d’une violence anthropologique indépassable, dont il est vain de vouloir s’affranchir. De fait, « toute formation collective emporte sa part de sujétions, donc de règles, de contraintes même, et il y aura toujours à composer avec des mouvements passionnels pénibles, ceux de l’envie, de la rivalité, des luttes pour la reconnaissance, avec leur part de violence ».

Emmanuelle Bonneville- Baruchel identifie ainsi trois sources principales de violence dans les institutions : une source sociopolitique, une source institutionnelle et organisationnelle, ainsi qu’une source transférentielle et contre-transférentielle.

De surcroit, les institutions sont aussi des espaces collectifs au sein desquels les contradictions sociales, les luttes, les inégalités, peuvent se mettre en scène et s’incarner au quotidien…Pour le meilleur et pour le pire.

En 1991, Stanislaw Tomkiewicz et Pascal Viret avaient publié une grande enquête (« Aimer mal, châtier bien », Paris, le Seuil, 1991) sur les violences institutionnelles, rappelant que ces phénomènes sont « inévitables », quand bien même les institutions authentiquement perverses en soi seraient finalement assez rares. De fait, il est surtout observé une forme de « banalité » de la maltraitance institutionnelle, qui se manifeste à travers tous les « dérapages » du quotidien. Cette violence, définie comme « toute action commise dans ou par une institution, ou toute absence d'action qui cause au patient une souffrance physique ou psychique inutile », tend à se déployer soit à travers les mécanismes de soumission à l’autorité par le biais de la chaîne hiérarchique, soit, de manière plus insidieuse mais plus forte, par l’intermédiaire des liens d'appartenance à des groupes internes à l'institution. Dès lors, les pactes dénégatifs, les alliances plus ou moins inconscientes, favorisent également l’émergence de cette banalisation de la violence, en produisant défensivement une forme d’indifférenciation qui vient réduire l’hétérogène au profit d’une homogénéisation systématique. Par ailleurs, il importe également de pouvoir identifier la dimension « pervertissante » de certaines procédures managériales.

Cependant, les personnes « transportent » et déposent inévitablement sur la scène institutionnelle les avatars de leur monde interne, en particulier les ratés de leur propre institution internalisée, qui vont ainsi entrer en résonnance avec les organisateurs institutionnels.

Et, à ce niveau, il s’agit sans doute à la fois d’un écueil toujours possible, mais aussi d’une opportunité, notamment dans les situations où cette violence primaire est demeurée « flottante, errante, inemployée, retournée contre un objet interne mal constitué » (Bergeret).

Ecueil si, à nouveau, l’environnement institutionnel ne peut accepter, recevoir, et mettre en forme les manifestations de cette violence non intégrée - et cela peut d’ailleurs se produire sous des formes d’apparence très bienveillantes et « positives », en deçà desquelles se manifeste une véritable intolérance à toute forme de confrontation ou de débordement, via des contre-investissements massifs et une forme de dénégation de cette violence. Or, « non-reconnue, non-nommée, la violence reste impossible à lier ; si elle n’est pas saisie dans l’intersubjectivité elle reste impossible à lier dans l’intrapsychique » (René Kaes). La question est alors celle-ci : qu’est-ce qu’on fabrique avec la violence ?

En effet, on peut également observer, de façon contemporaine, une tendance à la seule répression ou contention des manifestations de violence, au détriment de leur intégration ; ou alors une forme d’instrumentalisation désubjectivante, sans possibilité de réappropriation créative, à travers toutes les déclinaisons des totalitarismes, des régimes autoritaires en passant par les préceptes managériaux les plus débridés ; on peut également observer certaines conséquences de la « désinstitutionalisation néolibérale », qui laisse les individus sans contenant collectif pour mettre en forme groupalement les inévitables réémergences de la violence primitive.

Dans ces situations institutionnelles incapables d’élaborer la violence, les angoisses de persécution en rapport avec la rivalité mimétique peuvent alors se dériver vers une « victime émissaire », sacrifiée pour permettre une décharge de la violence restée inélaborée et préserver la communauté de déni, comme l’a bien montré René Girard.

Cependant, l’expression institutionnelle des fragments de violence primaire non intégrée peut également devenir une opportunité de reprise et de transformation, à partir du moment où un cadre spécifique permet d’accueillir, de mettre en forme et en sens, sans menace de rétorsion ou de contre-attitudes. Mais ceci suppose aussi de pouvoir se dégager des systèmes d’oppression et d’aliénation qui altèrent tant les collectifs que les sujets dans leurs possibilités émancipatrices. La répression de la violence dans sa dimension d’affirmation et de dégagement ne peut en effet induire qu’une pétrification dépersonnalisante, avec des décharges erratiques et dispersées de ces reliquats, non vectorisés sous la forme d’une lutte qui seule autoriserait un authentique dépassement. Comme l’affirmait Sartre dans sa préface aux « Damnés de la terre » de Franz Fanon, cette forme de répression « ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser ». Dès lors, « cette furie contenue, faute d’éclater, tourne en rond et ravage les opprimés eux-mêmes ». Ainsi, dans le système de domination coloniale, « la première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites » - ce qui devient également, toute proportion gardée, l’objectif de certaines méthodes de rééducation comportementale intensive validées par la Haute Autorité de Santé et s’imposant désormais sous la forme de Recommandations Autoritaires de Bonnes Pratiques...De fait, on pourrait s’autoriser, de façon quelque peu cavalière, à faire un parallèle entre l’institution coloniale et certaines dispositifs institutionnels visant avant tout à catégoriser, à normer, et à « éteindre » les déviances ou toute velléité d’affirmation subjective.

Dès lors, la libération, la désaliénation, ne peuvent parfois en passer que par un réveil orienté de cette violence : celle-ci « n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant ». Et comme le revendique Fanon, « ce monde rétréci, semé d’interdictions, ne peut être remis en question que par la violence absolue ».

Comment ne pas faire le lien avec la dimension normative et aliénante d’une certaine psychiatrie, alliée fidèle des instances du pouvoir les plus répressives ?

Or, tout soin digne de ce nom devrait avant tout permettre aux sujets de se réapproprier leur violence primitive, afin de la réorienter à des fins de libération subjective et collective.

« Cette violence, pendant toute la durée de la période coloniale, quoique à fleur de peau, tourne à vide. Nous l’avons vue canalisée par les décharges émotionnelles de la danse ou de la possession. Nous l’avons vue s’épuiser en luttes fratricides. Le problème se pose maintenant de saisir cette violence en train de se réorienter. Alors qu’elle se complaisait dans les mythes et qu’elle s’ingéniait à découvrir des occasions de suicide collectif, voici que des conditions nouvelles vont lui permettre de changer d’orientation ».

Ces conditions supposent donc que la violence fondamentale, en tant que force d’affirmation de l’existence, puisse se vectoriser à des fins d’émancipation et de désaliénation tant individuelle que collective - ce qui implique au préalable des conditions institutionnelles spécifiques, à même de signifier, de reconnaitre, et de lier.

En conséquence, on perçoit bien la pertinence de la psychothérapie institutionnelle, dans sa capacité à accueillir collectivement les résurgences de violence fondamentale, à les rejouer, les redéployer, tout en leur donnant une forme que le sujet puisse se réapproprier de façon créative, afin de la réorienter vers une dynamique émancipatrice. Selon Winnicott, l’environnement au sens large devrait effectivement pouvoir tolérer et signifier les relents de haine, les provocations, les transgressions, les tendances antisociales, qui témoignent au fond d’un appel, d’un espoir inconscient de transformation et d’intégration. Comme le soulignait déjà Freud en 1913 (« l’intérêt de la psychanalyse, in Résultats, Idées, Problèmes, tome I, Paris, PUF, 1984), « l’éducation devrait scrupuleusement s’empêcher d’enterrer de si précieux ressorts d’action et devrait se limiter à encourager les processus par lesquels ces énergies empruntent des voies saines ». En conséquence, le potentiel émancipateur d’une institution tient sans doute à sa façon de recevoir et de traiter la violence : soit sur le mode de la répression, de la contention, du dressage, de la rééducation ; soit en mobilisant cette force vive comme un appel, un élan, une possibilité de subjectivation en attente de sens et de créativité.

Or, dans les représentations collectives dominantes, les institutions soignantes constituent intrinsèquement des lieux de relégation, de discrimination et de violence, sans avoir fait l’effort préalable de penser les modalités spécifiques pour qu’une institution puisse devenir aliénante, mais aussi émancipatrice. Ainsi, la désinstitutionalisation et l’inclusion systématiques seraient les conditions nécessaires et suffisantes pour contrer toute forme de maltraitance… Moins d’institutions = moins de violence et autonomie garantie. Voilà donc l’équation libératrice indiscutable de notre modernité néolibérale – qui évidemment ne prend pas en compte la violence en creux, les défaut de garant, de répondant, de responsabilité, les négligences, l’abandon et la déréliction…
La naïveté de ces affirmations pourrait prêter à rire, pour peu que l’on néglige les conséquences concrètes de ces slogans…
Cependant, au-delà des répercussions et des intérêts manifestes servis par ce discours hégémonique, certains enjeux fondamentaux restent absolument occultés. A savoir, comme on l’a largement souligné, la question de la violence, de ses soubassements, de ses déclinaisons, de ses manifestations, de sa médiatisation ou de son invisibilisation.

Dès lors, les manifestations comportementales, les oppositions, les protestations, les « tendances antisociales », ne doivent plus être appréhendés comme des expressions réactionnelles, signifiantes, comme la conséquence d'un « cumul des traumas » et des injustices, comme la résultante d’une surexposition chronique à des facteurs de risque sociaux, comme une tentative d’affirmation et de lutte, mais comme une caractéristique tempéramentale devant être normalisée, réprimée, rééduquée…

A ce propos, citons Sandra Lucbert : « comment expliquer un tel étiolement de la colère ? Question d’autorisation. Le régime pulsionnel salarial ne prescrit que de la violence retournée. Contre soi ».

Là s’exprime aussi la violence du Social et de ces dispositifs institués de disqualification de toutes les formes de lutte contre la domination et l’aliénation. De fait, d’un côté, on invisibilise, on rend infigurable la violence imposée sur les corps et les esprits au nom de certains intérêts décrétés indiscutables. De l’autre, on vient systématiquement disqualifier les réactions de ceux-là même qui subissent de plain-pied cette brutalité, en renvoyant leur propre violence à une dimension pathologique, devant être arraisonnée et réprimée. 

Comme le soulignait Françoise Héritier dans son séminaire sur la violence, « le maintien des pouvoirs et des privilèges » peut aller jusqu’à « la négation même de l’individu, comme s’il n’avait jamais existé ». L’autre n’étant plus appréhendé dans son humanité partagée, mais à travers une forme d’altérité absolue et exécrée, on peut désormais l’exclure, l’exploiter, lui faire du mal, l’annihiler. « L’intolérable est là quand le regard porté sur l’autre ne le constitue plus, pour une raison ou pour une autre, en semblable à soi en humanité ».

Et, lorsqu’on observe un « acte d’intrusion qui a pour effet volontaire ou involontaire la dépossession d’autrui, le dommage, ou la destruction », on ne se situe évidemment plus dans une forme de violence primaire maturative et indépassable.

Ici, il s’agit au contraire d’envisager des formes d’agression ayant des soubassements institutionnels, sociaux, politiques, etc.

Ainsi, il convient d’insister sur le fait que le déploiement de ces violences suppose des formes institutionnelles spécifiques, à même de produire un « collectif aliéné » au sens de Castoriadis, c’est-à-dire « dominé par un imaginaire vécu comme plus réel que le réel, quoique non su comme tel, précisément parce que non su comme tel ». Et un tel imaginaire institué cristallise les rapports de pouvoirs, impose ses propres dispositifs institutionnels, à même de garantir sa pérennité en colonisant les esprits et en orientant des modes de subjectivation compatibles avec son anthropologie latente, quitte à faire violence à toute forme de contestation ou de résistance.

A cette fin, les institutions sécrètent inévitablement un système de normes, de valeurs, d’attendus, orientant les cadres cognitifs et émotionnels au niveau individuel et collectif. Mais elles entretiennent également des matrices de comportement et des modalités de perception du réel. Ainsi, ce sont certaines formes institutionnelles hégémoniques qui vont finir par définir ce qui est violent, et par scotomiser ce qui ne doit plus être considéré comme tel…

Dans les années 60, Michel Foucault et Erwing Goffman ont décrit respectivement des institutions disciplinaires et totales, visant à produire des normes reproductibles, prévisibles et contrôlées de comportement. Dans ce type de dispositif asilaire, l’individu se voit écrasé, surveillé, contrôlé, déterminé, étouffé. Mais faut-il inévitablement des murs et des lieux clos pour faire exister ce type de cadre institutionnel désubjectivant ?

Certes, l’idéologie actuelle consiste à prôner que toute institution est inévitablement violente et ségrégative, et qu’il suffirait de désinstitutionnaliser pour garantir la bientraitance – sans considérer que la désinstitutionalisation capitaliste néolibérale est aussi une institution en soi, reproduisant de façon ubiquitaire une forme institutionnelle particulière pouvant s’autonomiser des espaces circonscrits : celle du marché concurrentiel et de la profitabilité extensive. 

Or, au sein d’une institution formelle et située, la violence est relativement visible et délimitée, malgré les dynamiques perverses, les communautés de déni et les processus de clivage ou d’invisibilisation ; il peut néanmoins exister des procédures collectives, aussi insuffisantes soient-elles, pour la repérer, la traiter, l'archiver, et tenter d'en réduire l'impact - tout en sachant qu'elle resurgira toujours, à un niveau ou à un autre, de manière plus ou moins prédictible. Au sein de dispositifs disséminés, diffus et informels, la violence risque d'être beaucoup plus insidieuse, invisible, et individualisée ; dès lors, la probabilité d'effets pervers s'en trouvent plutôt démultipliée, à la mesure d'une forme de décomplexion en rapport avec la décollectivisation. Quand il n'y a plus de références partagées, d'éthique d'équipe, de regards croisés, les dérapages sont d'autant plus institués....

Mais revenons plus concrètement à la question du soin : régulièrement, sont dénoncés les abus, les maltraitances, les violences médicales, etc., ce qui parait d’ailleurs absolument nécessaire. Cependant, la causalité de ces graves dérives est souvent imputée de façon univoque aux acteurs, en négligeant les arrière-plans institutionnels. De la sorte, on individualise les responsabilités, en occultant la violence induite par l’emprise gestionnaire, bureaucratique et managériale, ainsi que par les impératifs de rentabilité imposés via la gouvernance néolibérale.

Dès lors, on dénonce à juste titre les dérives individuelles, sans pour autant analyser les conditions réelles de démantèlement des pratiques, les injonctions paradoxales, les contraintes organisationnelles, les protocoles normatifs, qui sécrètent leur lot de déshumanisation, d’épuisement, d’agressions, etc. De fait, les maltraitances sont à l’évidence le symptôme d’une souffrance à cheval sur l’individuel et l’institutionnel qui appelle à être reconnue.

Nonobstant, il faut bien reconnaître que tout acte de soin est en soi porteur d’une forme de violence, ne serait-ce qu’en interprétant des signes et en nommant la nécessité d’une intervention par rapport à une « souffrance ». Que ce soit un geste chirurgical, une prescription médicamenteuse, une hospitalisation sous contrainte, un signalement, des séances de kinésithérapie, une interprétation psychanalytique, etc., la dimension thérapeutique peut effectivement nécessiter une forme d’effraction, de bousculement, voire d’intrusion ou d’ingérence. Cependant, ce qui peut permettre de tolérer cette « violence » ponctuelle, c’est non seulement la finalité recherchée vis-à-vis d’une situation singulière – à savoir la restauration maximale de l’autonomie et « l’empuissantement » d’un sujet incarné -, mais aussi le recueil de l’adhésion et du consentement, sans pression ni intimidation – même si des situations limites existent : inconscience, très jeunes enfants, patients délirants ou déments, etc., même si les injonctions collectives à une norme validiste seront toujours présentes en arrière-plan, et même si le masochisme du patient peut trouver un terrain d’entente plus ou moins inconscient avec le sadisme - ou le messianisme omnipotent - du soignant ou du dispositif « thérapeutique ».

En tout cas, s'extraire de ses présupposés idéologiques suppose à chaque fois une évaluation spécifique, une rencontre, une écoute, une attention, bien au-delà de l’application standardisée de protocoles et de procédures formelles. Dès lors, tout ce qui serait la norme, le systématique, l’automatique devrait être suspect, car potentiellement vecteur d’une violence allant au-delà de l’impératif déontologique du soin. 

vitrail de la chapelle de l'hôpital François Tosquelles à Saint-Alban

Dès lors, réaffirmer l'impératif du Soin véritable, c'est à dire d'une attention à la singularité et aux particularités, n'est autre qu'un acte de résistance face à cette violence du pouvoir institué – violence qui attaque les liens, la symbolisation, l’altérité, la subjectivité, non seulement des personnes en besoin de soin, mais aussi des soignants eux-mêmes. En effet, à travers son analyse de l’Iliade et de la condition ouvrière, Simone Weil, la philosophe, l’affirmait avec force : ce pouvoir que possède la violence de « transformer les hommes en choses est double et s’exerce des deux côtés : elle pétrifie différemment, mais également, les âmes de ceux qui la subissent et de ceux qui la manient ».

Pour conclure, réaffirmons notre responsabilité soignante avec Frantz Fanon : « Penser un service comme instrument thérapeutique, c’est le structurer, c’est l’amener à être vécu par le malade comme ce qui « enfin comprend » et non comme ce qui ampute, ce qui châtre »

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