Des stérilisations massives de femmes migrantes sont dénoncées aux États-Unis

Des groupes de défense juridique ont déposé une plainte ce lundi contre l'Agence de Police douanière et de contrôle des frontières des États-Unis (United States Immigration and Customs Enforcement, ICE). Ils dénoncent non seulement la négligence de l'agence face à la propagation du COVID-19 dans ses installations, mais également le recours massif à la stérilisation des femmes migrantes détenues.

Divers groupes de défense et de soutien juridique des États-Unis ont déposé une plainte ce lundi 14 septembre contre le personnel embauché par le Service de lutte contre l'Immigration (Immigration and Customs Enforcement Service, ICE), non seulement pour avoir ignoré les protocoles visant à freiner la propagation du COVID- 19 dans ses locaux, mais aussi pour avoir procédé à des stérilisations massives et injustifiées de femmes migrantes détenues.

" Comme un camp de concentration expérimental "

La plainte est basée sur les déclarations de Dawn Wooten, qui a travaillé comme infirmière au centre de détention du comté d'Irwin (ICDC), géré par la société pénitentiaire privée LaSalle Corrections, dans l'État de Géorgie.

Dans son témoignage, Wooten affirme que le centre effectue des hystérectomies (ablation d'une partie ou de la totalité de l'utérus) sur les femmes qui déclarent avoir des cycles menstruels abondants ou douloureux, ainsi que d'autres pathologies plus graves, souvent à leur insu.

Selon l'infirmière, l'ICDC a l'habitude de recourir aux services d'un gynécologue externe à l'établissement, qui décide de procéder presque systématiquement à des hystérectomies. "Toutes les femmes qui le voient subissent une hystérectomie, toutes. Il a même enlevé le mauvais ovaire à jeune fille. Il était censé lui retirer l'ovaire gauche parce qu'elle y avait un kyste, mais il a enlevé le droit. Elle était en colère. Elle a dû revenir pour se faire enlever le gauche et elle s'est retrouvée avec une hystérectomie totale. Elle voulait encore avoir des enfants. Maintenant elle doit rentrer chez elle et dire à son mari qu'elle ne peut plus en avoir... ", détaille sa plainte.

Une migrante détenue à l'ICDC a expliqué de son côté à l'organisation « Project South » qu'elle avait parlé avec cinq femmes différentes qui avaient subi une hystérectomie entre octobre et décembre 2019. « Quand j'ai rencontré toutes ces femmes qui avaient subi ces chirurgies, j'ai pensé que c'était comme un camp de concentration expérimental. C'était comme s'ils expérimentaient avec nos corps», a-t-elle exprimé.

Des décisions dangereuses concernant le COVID-19

La plainte dénonce par ailleurs les mesures dangereuses prises par la direction de l'ICDC concernant la gestion de l'épidémie de COVID-19. Elle relève par exemple plusieurs cas d'employés obligés de continuer à travailler alors qu'ils présentaient des symptômes de COVID-19, dans l'attente des résultats de leur test, ainsi qu'une tendance à cacher les informations aux employés et aux immigrants détenus concernant les personnes testées positives au COVID-19.

Comme le note le texte de la plainte, ces allégations surviennent quelques mois après qu'un autre centre de détention, le centre de Richwood, également géré par les services correctionnels de LaSalle, aurait utilisé des tactiques similaires, « notamment concernant l'exigence que les employés susceptibles d'être contaminés continuent à travailler, la dissimulation des personnes ayant été testées positives au COVID-19, le mélange d'individus exposés au COVID-19 avec ceux qui ne le sont pas, et bien plus encore ».

ICE: "Les allégations anonymes doivent être traitées avec scepticisme"

En réponse à la plainte déposée auprès du Bureau de l'inspecteur général du Département de la Sécurité Intérieure par les organisations Project South, Georgia Detention Watch, Georgia Latino Alliance for Human Rights et South Georgia Immigrant Support Network, les autorités d'ICE ont affirmé avoir « pris toutes les allégations au sérieux ». Cependant, l'agence a également déclaré que « les déclarations anonymes et sans preuve, réalisées sans fournir d'éléments qui vérifient les faits » doivent être traitées « avec scepticisme » .

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