Economistes Parlement Union Populaire
Economistes du parlement de l'Union populaire
Abonné·e de Mediapart

26 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 juil. 2022

Economistes Parlement Union Populaire
Economistes du parlement de l'Union populaire
Abonné·e de Mediapart

La Nupes doit faire entrer le mouvement social au Parlement

Nous publions ici la tribune parue dans Libération le 24 juin 2022, signée par Cédric Durand, économiste à l'université de Genève, et Razmig Keucheyan, sociologue à l'université de Paris Cité. Tous deux sont membres du parlement de la Nouvelle union populaire écologique et sociale

Economistes Parlement Union Populaire
Economistes du parlement de l'Union populaire
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un groupe parlementaire de 150 députés de la Nupes : nous venons d'entrer dans un nouveau monde. Cette intrusion d'une gauche combattive au cœur de la démocratie représentative n'est pas une première en Europe : des groupes parlementaires incluant des députés antilibéraux et même anticapitalistes ont siégé, ces dernières années, sur les bancs de parlements en Espagne (Podemos) ou en Grande-Bretagne (avec le Labour de Corbyn) notamment.

Mais c'en est une en ceci que le centre de gravité de la Nupes est bien plus à gauche. Son "programme partagé", en grande partie dérivé de L'Avenir en commun, le programme de l'Union populaire, a pour pierre angulaire la planification de l'économie. Soit une mise en cause radicale de quarante ans de politiques néolibérales.

Ce groupe parlementaire porte en lui un risque : ce que le philosophe marxiste Nicos Poulantzas appelait, peu avant l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, l' "étatisme". A savoir la tendance souvent constatée dans l'histoire de mouvements sociaux et politiques se dévitalisant lorsqu'ils s'institutionnalisent. Leurs animateurs deviennent députés ou collaborateurs parlementaires, le centre de gravité de la lutte se déplace dans les institutions, or celles-ci leur imposent un tempo politique - celui de l'urgence permanente - et occasionnent une coupure grandissante avec la politique extra-parlementaire.

Ce risque est d'autant plus grand dans le contexte actuel : l'absence de majorité absolue et donc de stabilité requièrent des députés de gauche une attention de tous les instants pour contrer les tentatives de division venues de la macronie ou profiter de brèches pour faire avancer leurs propositions.   

Ne pas investir les institutions n'est pourtant pas une option. Nos États sont pétris de contradictions : ils renferment des institutions conservatrices, comme la police, mais également progressistes, la sécurité sociale par exemple. La cause de l'émancipation avance quand la lutte est portée au cœur de l'Etat, et quand elle parvient à tirer profit de ces contradictions.

L'enjeu, dès lors, se résume ainsi, dit Poulantzas : comment parvenir à "une transformation radicale de l’État en articulant l’élargissement et l’approfondissement des institutions de la démocratie représentative (...) avec le déploiement des formes de démocratie directe à la base."

Comment mettre en œuvre une stratégie mixte, qui combine mobilisation dans et hors de l'Etat. Le syndicat, la ZAD, le cortège de tête, l'ONG, l’AMAP d'un côté, le combat parlementaire de l'autre, prenant en tenaille de manière coordonnée le capitalisme. Si elle veut éviter l' "étatisme", c'est ce défi que la Nupes doit relever.

Pour cela, une instance de liaison permanente avec les mouvements sociaux doit exister. Ce doit être le rôle du parlement de la NUPES, présidé par Aurélie Trouvé, qui rassemble aujourd'hui 500 figures du mouvement social et personnalités. Après avoir joué un rôle de rassemblement par la base lors des campagnes présidentielles et législatives, ce parlement doit se réinventer pour s'inscrire dans le temps long du quinquennat. Un quinquennat qui s'annonce turbulent, mais où il sera d'autant plus utile.

Ses deux tâches prioritaires : être un lieu de convergence des luttes, où leurs animateurs pourront venir parler stratégie, partager leurs expériences, et solliciter le soutien d'autres mouvements, ainsi que de parlementaires. La crise politique que nous traversons promet d'en occasionner de nombreuses à l'automne, si ce n'est avant. Pour être victorieuses, il importe qu’elles puissent se projeter dans une perspective politique et s’articuler à l’activité parlementaire.   

Et poursuivre le travail de refondation intellectuelle des gauches, en stimulant l'activité de la myriade de personnes et d'instituts qui ont contribué à faire au fil des ans de L'Avenir en commun un programme dont la sophistication est reconnue par tous.

La création d'une école de formation du parlement, où les militants des différentes composantes de la Nupes pourraient venir apprendre et débattre, serait de nature à faire émerger une culture politique commune. Les enseignements pourraient être aussi bien théoriques que pratiques, avec en ligne de mire la formation d'un personnel politique à même d'animer le mouvement social aussi bien que d'exercer le pouvoir.  

La Nupes n'a pas droit à l'échec. L'hypothèse qu'elle puisse disposer d'une majorité parlementaire a occasionné au cours des derniers mois les attaques conjuguées de la macronie et de l'extrême droite. Le rapprochement de ces deux "blocs", et un devenir de plus en plus autoritaire du régime actuel, est une hypothèse à prendre au sérieux, comme en attestent les appels du pied de la macronie en direction du RN depuis dimanche. Conjurer cette possibilité nous incite à redoubler d'activité, à l'intérieur et hors des institutions.  

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
« CNR santé » : la désertification médicale fait dérailler le grand raout institutionnel
Difficile de bien qualifier le Conseil national de la refondation, dans sa version santé, lancé dans la Sarthe. Devant 500 personnes, le ministre de la santé a appelé les « territoires » à trouver leurs « propres solutions ». Des habitants sans médecin traitant ont tenté de rappeler à l’État ses obligations.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Santé
En ville, à la mer et à la montagne : là où se trouvent les oasis médicales
Cause sans cesse perdue, la lutte contre les déserts médicaux masque une autre réalité : les médecins libéraux s’installent toujours plus nombreux comme spécialistes dans quelques zones privilégiées. Ils sont aussi toujours plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires.
par Caroline Coq-Chodorge et Donatien Huet
Journal
Guerre en Ukraine : des Français collaborent avec la « justice » de Poutine
Depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine, plusieurs militants français d’extrême droite fabriquent des preuves de crimes de guerre ukrainiens pour un faux tribunal russe.
par Elie Guckert
Journal — Moyen-Orient
« Les foules iraniennes exigent de séparer le gouvernement de la religion »
Pour le philosophe Anoush Ganjipour, les manifestations en Iran exigent que le pouvoir des mollahs abandonne sa mainmise sur l’espace public. Une telle revendication d’une sécularisation, moderne, procède des injustices commises par la République islamique.
par Antoine Perraud

La sélection du Club

Billet de blog
Dernier message de Téhéran
Depuis des années, mon quotidien intime est fait de fils invisibles tendus entre Paris et Téhéran. Ces fils ont toujours été ténus - du temps de Yahoo et AOL déjà, remplacés depuis par Whatsapp, Signal, etc. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa, ces fils se sont, un à un, brisés. Mais juste avant le black out, j'avais reçu ce courrier, écrit pour vous, lecteurs de France.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Voix d'Iran - « Poussez ! »
À ce stade, même s'il ne reste plus aucun manifestant en vie d'ici demain soir, même si personne ne lève le poing le lendemain, notre vérité prévaudra, car ce moment est arrivé, où il faut faire le choix, de « prendre ou non les armes contre une mer de tourments ».
par sirine.alkonost
Billet de blog
Artistes, écrivains et journalistes iraniens arrêtés
Une traduction de la chanson « Barayé » (Pour...) du chanteur Shervin Hajipour, arrêté le 29 septembre.
par Mathilde Weibel
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost