L'Etat français face à la nuit tragique du 17 Octobre 1961 (par Alain Lhostis)

Il y a 50 ans jour pour jour fut commis dans Paris et sa banlieue un crime d'État. Le 17 octobre, à l'appel des dirigeants des forces de libération du peuple algérien et alors que des pourparlers sont engagés entre ceux-ci et le gouvernement dirigé par Michel Debré, une manifestation pacifique de dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants contre le couvre feu qui venait d'être imposé par décret aux « Français Musulmans d'Algérie » selon cette terminologie raciste reprise dans un décret scélérat, se déploie dans Paris.
17Octobre[1]


Il y a 50 ans jour pour jour fut commis dans Paris et sa banlieue un crime d'État. Le 17 octobre, à l'appel des dirigeants des forces de libération du peuple algérien et alors que des pourparlers sont engagés entre ceux-ci et le gouvernement dirigé par Michel Debré, une manifestation pacifique de dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants contre le couvre feu qui venait d'être imposé par décret aux « Français Musulmans d'Algérie » selon cette terminologie raciste reprise dans un décret scélérat, se déploie dans Paris.

Avec l'autorisation, voire l'encouragement d'une partie de la haute hiérarchie policière notamment du préfet collaborationniste Papon, jusqu'au sein du gouvernement de l'époque, et sans qu'ensuite soit exprimé le moindre regret, plus grave encore, la dissimulation totale par ce gouvernement reconnaissant trois victimes, pour faire accroire au pire à une bavure, alors qu'aujourd'hui pour cette seule journée du 17 octobre 1961, plus personne ne conteste le chiffre minimum de 50 dont une grande partie jetés à la Seine, mais ce chiffre est sous-estimé compte tenu de la disparition d' archives ou d'interdiction d'accès.

Le 27 octobre 1961 en séance du Conseil de Paris, Raymond Bossus au nom du groupe communiste interpelle le Préfet de Police de Paris : il cite des témoignages accablants, il exige la vérité, dénonce la responsabilité du gouvernement. Je le cite :

« Combien y’a-t-il eu de morts parmi les Algériens, combien de noyés, combien de décès à la suite de coups ? Jour après jour, heure après heure, affluent des témoignages d’algériens jetés à la Seine. D’autres informations nous sont parvenues : des Algériens ont été tués par balles, frappés à la matraque, à coups de pieds, arrosés à la lance, étranglés. C’est une honte pour le gouvernement gaulliste qui jusqu’à preuve du contraire, est bien l’ordonnateur des actes racistes et criminels de la police.

Il conclut : la vérité qui éclate aux yeux de tous est que le peuple algérien, ce peuple qui s’est donné un gouvernement - le GPRA - ce peuple, dans son ensemble, veut sa liberté dans l’indépendance ».

Claude Bourdet intervient à la suite avec la même détermination.

Le Préfet de police et la droite parisienne justifient toutes ces exactions.

J’avais 15 ans à cette époque et je participais activement, avec les jeunesses communistes de mon lycée, à ce combat pour la paix dans l’indépendance du peuple algérien.

Il a fallu attendre le gouvernement de gauche dirigé par Lionel Jospin pour que soient commandités deux rapports en 97 et 99 retenant le chiffre que je viens de rappeler et 2001 pour que la Ville de Paris avec son nouveau maire Bertrand Delanoë, accomplisse le 1er acte permanent de mémoire avec l'apposition d'une plaque au Pont Saint Michel.

Mais, des historiens Français et étrangers qui ont consacré de longs travaux à cet épisode noir de l'histoire du colonialisme français, avancent le chiffre de 200 et même 300 morts ce jour là ou les jours qui précèdent, selon un documentaire qui sort ces jours-ci, avec des archives inédites.

Le gouvernement doit ouvrir aux historiens toutes les archives. C'est une question d'honneur pour La France qui n'est jamais plus grande que lorsqu'elle se comporte en défenseure des droits humains. Il ne s'agit pas de faire un procès mais de faire émerger la vérité sur un massacre dont la responsabilité incombe à l'État Français qui a laissé faire, voire encourager, en tout cas, incontestablement couvert ce « massacre» mot employé par le substitut du procureur au procès Papon.

Les peuples français et algérien, pour définitivement se réconcilier, doivent pouvoir regarder la vérité en face.

Et nous le devons à ces familles qui ont perdu un père, un fils, une soeur, un frère et qui ont droit par respect à cette vérité sur leur proche jamais revenu(e) d'une manifestation pacifique.

Les évènements actuels de l'autre côté de la Méditerranée, au Maghreb et au Machrek nous l'imposent.

Je défendrai en séance du Conseil de Paris (aujourd’hui ou demain) un vœu au nom du groupe communiste et élu(e)s du parti de gauche qui demande que le gouvernement fasse enfin le travail de mémoire nécessaire afin que soit reconnu ce crime d’Etat, et que la Mairie de Paris poursuive le travail engagé dès 2001 en apposant de nouvelles plaques et édite une brochure sur les événements parisiens liés au conflit algérien.

Alain Lhostis, Conseiller de Paris (communiste) et élu du 10e arrondissement

PJ : le vœu en question.

http://www.alainlhostis.net/

 

 

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