Billet de blog 2 janv. 2023

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1973 : voyage aux confins des rêves et des utopies…

« Lorsqu'on rêve tout seul, ce n'est qu'un rêve alors que lorsqu'on rêve à plusieurs c'est déjà une réalité. » ajoutant aussi : « L'utopie partagée, c'est le ressort de l'Histoire. » citations de Helder Camara

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Août 1985, vacances de dernières minutes en centre de vacances dans le Jura : "Le centre est complet mais j’ai une solution éventuelle, si vous en êtes d’accord" répond le responsable au bout du fil. 

A notre arrivée, Roland et Fernande nous accueillent bien chaleureusement. Cocoonés, choyés, on ne peut mieux… Le visage de Roland ne m’est pas inconnu, mais où l’ai-je donc déjà vu ou rencontré ?

Deux chambres sobres mais à l’ambiance douillette nous sont attribuées. Dans ce centre, certaines tâches collectives sont réparties et contre toute attente, croyez-moi, il y a foule au partage. L’ambiance est plus que cordiale si bien que chacun finit par amener une chaise et la discussion se poursuit autour de la grande table de cuisine. On se présente aux uns et aux autres. Peu à peu, Roland, directeur du centre sort de sa réserve et Fernande, son épouse, se révèle maillon indispensable à la bonne marche des séjours. Un couple super sympathique très plaisant à côtoyer ! (Une expérience renouvelée l’hiver suivant avec des balades mémorables en ski de fond). 

Les vacances d’été s’écoulent sereines et enthousiastes avec sorties, activités, évasions et conversations à bâtons rompus. Des moments inoubliables entre poésie des paysages offerts par la nature jurassienne et spectacles exceptionnels de quelques nuits d’août qui valent bien leurs pesants d’or : le ciel et l’essaim des Perséides, les étoiles filantes, les météores, les larmes de Saint Laurent. 

Roland au tempérament passionné, au caractère réfléchi, émotif et très respectueux de chacune et chacun, de toutes et tous apporte son dynamisme à l’organisation du collectif vacancier. Attaché au dialogue et attentif aux diversités, il n’est pas avare d’anecdotes, de souvenirs, d’histoires patoisantes… et il faut bien le dire déployant humblement ses talents de comédien amateur. 

C’est à partir de cet instant que les aiguilles de l’horloge ont « avancé » à rebours pour se caler sur l’année 1973 ! 

Le fil d’engagements de Roland, trame d’énergies, de militantisme, de résistances, de pluralisme écrit par Gérard Magnin (un de ses camarades) pour "Le Maitron", donne le vertige et explique l’équilibre et l’évolution de son parcours et de ses choix. Vous pouvez lire la biographie de Roland, ici, Roland Vittot, car si vous ne l’avez pas encore découvert, c’est bien de Roland Vittot dont je vous parle depuis le début de ce témoignage !  

Recruté en mars 1952 comme ajusteur chez LIP, il devient responsable CFTC (devenue CFDT en 1964) et délégué du personnel en 1958. Homme révolté à juste titre et encore aujourd’hui infatigable bâtisseur, empreint de modestie, acteur exceptionnel de vie refusant toute forme de violence. Il répète souvent : "il faut du temps pour que les gens se réveillent". Il devient par la suite secrétaire du CE (Comité d’Entreprise) et s’interroge sur les activités de celui-ci. 

Illustration 1
Combat LIP © Edmey

Il y eut "Mai 1968" et un avant-goût de démocratie directe complémentaire aux organisations syndicales, prélude essentiel dans la grande lutte horlogère des LIP, un des premiers conflits contre le chômage, réclamant un droit ouvrier sur la production avec le courage de dire "non". En 1973, Roland s’engage à fond dans la révolte, la grève, la vente sauvage des montres et les actions et manifestations aux côtés d’autres initiateurs comme Charles Piaget mais aussi de bien d’autres acteurs divers, précieux et témoins de terrain afin de faire vivre l’histoire du mouvement ouvrier mais aussi l’histoire humaine, sociale et politique en France. 

Un feuilleton aux épisodes distillés sur plusieurs années, dans le monde entier, envers et contre tout. Un premier conflit débute en avril 73 : "On fabrique, on vend, on se paie". Au meeting du 1/3/1974, après une très longue grève, devant les grilles de LIP et devant l’ensemble du personnel (alors que 84 salariés seulement sur 1300 pouvaient reprendre le travail), Roland déclare "nous lutterons tous ensemble jusqu’à ce que le dernier d’entre nous ait franchi cette grille". Ce qui fut fait en décembre 1974. 

S’en suivra un abandon du gouvernement et une nouvelle mobilisation des ouvrier.e.s en 1976 - 1977. Lip sera définitivement liquidé le 12/9/1977 faute de repreneurs. Les six coopératives créées à l’initiative des salarié.e.s feront vivre la marque jusqu’à leurs fermetures définitives en 1990. 

 "Le pouvoir espérait nous mettre à genoux en faisant occuper notre usine. L’usine n’est pas que des murs. Ce sont d’abord des travailleurs, ce sont des hommes…" ainsi Charles Piaget expliquait en peu de mots l’action autogestionnaire de LIP reprise en 2007 dans "Les LIP, l’imagination au pouvoir". Roland est toujours fidèle voyageur pour un monde meilleur et humain… son parcours encore aujourd'hui nous l'atteste ! 

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