1er Mai unitaire solidaire - vidéo

Premier Mai aux balcons plus nombreux, plus créatifs, plus engagé.es, déterminé.es. Les travailleur.es veulent un autre monde, fraternel, solidaire, joyeux. Se lèvent le muguet, la rose et l'arc-en-ciel pour ce monde nouveau dès maintenant et durablement. Vaincre c'est bousculer et tenir. Foutez-nous la paix.

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JOURNEE INTERNATIONALE DE LUTTE

POUR LES DROITS DES TRAVAILLEURS ET DES TRAVAILLEUSES

 

Solidaires ! © Solidaires 63
Auvergne syndicale unitaire © Georges André

FOUTEZ NOUS LA PAIX !

Depuis de longues semaines, puisque c’est interdit, nous n’avons plus qu’une envie : sortir sans mesurer l’heure ou le kilomètre, nous rencontrer, nous parler sans distance réglementaire.

Soit, c’est bien compris, nous devons rester chez nous. Empêcher le développement du coronavirus, ne pas surcharger de travail des personnels de santé déjà au bord de l’épuisement. C’est compris, et bien aidés par une avalanche de messages anxiogènes et par la diligente attention de la maréchaussée, on reste bouclés. Enfin, sauf ceux qui sont indispensables à la vie de la société et dont nous avons appris avec stupeur qu’ils étaient assez mal payés. Nul doute que si l’on nous avait dit il y a quelques mois que nous mettrions si peu de barrières à un confinement aussi punitif, nous aurions ricané avec incrédulité. Pour l’heure, nous avalons des cuillères de patience, de fréquentation de soi, de promiscuité, de frustration avec plus ou moins de grimaces selon les heures, les jours, les semaines. Pire que l’huile de foie de morue. Nous essayons de tenir.

Si ce confinement s’en tenait là, à nous boucler dans notre sphère privée, ce serait déjà beaucoup. L’idée d’espace privé –oikos pour les Grecs anciens- est défini ainsi par Habermas : « À l’abri de son autorité [celle du père de famille] s’accomplissent la reproduction de la vie, le travail des esclaves, les tâches des femmes, les naissances et les décès ; le règne de la nécessité et de la finitude reste enfoui à l’ombre de la sphère privée. » i Certes, le petit espace familial n’est pas toujours cauchemardesque, mais c’est un cercle, il n’est pas un lieu de liberté, quoiqu’ait voulu nous faire admettre la subjectivité intérieure souveraine, le cocooning contemporain, le feng shui, la mode de la cuisine et Netflix.

Nous devons en plus supporter, comme des gosses en bas âge, que l’on vienne fouiller dans nos petites affaires. Le privé ne suffit plus, vive l’intime ! Ce n’est pas nouveau et depuis des décennies nous suons sous le règne des régimes alimentaires, des modes vestimentaires, de la sexualité épanouie et de la pensée positive. Mais là, on atteint des sommets. Un mémoire n’y suffirait pas pour lister toutes les conneries qu’on nous prescrit depuis mi-mars. On ne reste pas en pyjama, on fait sa gymnastique quotidienne, on mange léger, on ne se coupe pas les cheveux soi-même, on continue de s’apprêter pour séduire, on s’occupe des enfants –de leurs devoirs, de leurs loisirs, de leur équilibre physique, psychique, existentiel- on se donne un emploi du temps, on ne traînasse pas –bande de feignasses !- on se cultive, on lit, on écrit, on danse, on chante. Et le soir, on applaudit. On peut aller dormir, attention de ne pas décaler le sommeil, et merci.

Par quel tour de passe-passe veut-on nous faire prendre des prisons pour des manifs, des balades, des concerts, des apéros ? Même bouclés, contraints, contrôlés, il est vraiment impossible qu’on nous lâche un peu ? Il faut encore nous faire sentir qu’on a nécessairement des choses à accomplir, qu’on est en guerre, forcément coupables de quelque chose, dire combien ça coûte de soigner, montrer des héros et des salauds qui se promènent trop longtemps ?

Oui, foutez-nous la paix ! Parce qu’on a les noms de tous ceux qui ont fait les cons depuis des décennies, qui ont, la bouche en cœur, dénigré et fait crever les services essentiels. Parce qu’on voit que ceux qui bossent aujourd’hui sont les méprisés d’hier, que l’économie s’effondre si on ne consomme que l’essentiel, mais qu’on respire mieux. Parce que les misérables petits calculs sont mis à jour, les servitudes éclairées par cette crise. Pour le moment, on couve notre colère, on l’entretient comme un feu. Pas trop fort, dans notre impuissance actuelle elle risque de nous cramer. Mais on souffle pour qu’elle ne se s’éteigne pas. On aura eu le temps de constater les dégâts, de penser, de prévoir. Peut-être qu’on sera un peu ankylosés, on aura grossi, nos cheveux seront longs et on ne sera pas très séduisants, mais on aura les dents longues. Alors, on va attendre, et puis on ressortira.

Martine, syndicaliste et professeur de philosophie retraitée

iL’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1997

 

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Solidarité des travailleurs du monde entier

Depuis le début de la crise sanitaire, des millions de personnes sont confinées. Pour ce 1er mai 2020 les travailleuses et les travailleurs du monde entier ne sont pas à la fête. Par millions ils continuent à travailler souvent au risque de leur propre vie.

Face à cette crise c’est bien le monde du travail qui fait front.

Dans cette situation de crise sanitaire on se rend compte que ce sont travailleuses et les travailleurs qui font marcher l’économie. Ce sont elles et eux qui, par leur travail permettent la «création de richesses». Il aura fallu une pandémie pour s’apercevoir que ce sont les soignant·e·s, les personnels du secteur médicosocial et des EHPAD, les employé·e·s de la livraison, les caissières, les personnels de nettoyage, les éboueurs, les postier·e·s, les enseignant·e·s, les salarié·e·s du commerce, de l’agro-alimentaire, ainsi que tou·te·s ces agent·e·s de la fonction publique qui ont continué d’assurer leurs missions de services publics qui maintiennent la société debout. Pendant ce temps-là, où sont les actionnaires et leurs porte-paroles, ceux qui ne paient pas d’impôts ou très peu et s’emploient à en payer toujours moins ?

En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle met en évidence chaque jour un peu plus les conséquences des destructions des services publics. Elle révèle davantage les inégalités sociales que dénoncent travailleuses et les travailleurs du monde entier dans leur volonté d’émancipation.

Guerre sanitaire ou guerre contre le monde du travail ?

Si la « reprise » de la vie sociale, dont le travail fait partie, est une espérance, une nécessité pour beaucoup d’entre nous, cela ne peut se faire sans la garantie la plus absolue de la sécurité de chacun, de chacune et de celle de ses proches. La santé, la sécurité, le droit de retrait, le droit de grève, le droit syndical doivent être respectés.

Sacrifier les droits des travailleuses et des travailleurs sur l’autel de l’économie est intolérable. Nous n’accepterons pas que la lutte contre le coronavirus se transforme en guerre contre les salarié·e·s, et les ordonnances du 25 mars 2020 qui remettent encore en cause le Code du Travail prennent ce chemin : durée du travail pouvant être portée à 48 heures en moyenne et jusqu’à 60 h sur une semaine isolée, possibilité de supprimer le dimanche comme jour de repos hebdomadaire et d’abaisser le repos quotidien à 9 h au lieu de 11h… Possibilité pour les employeurs d’imposer à leur guise et de manière unilatérale une disponibilité toujours plus grande des salarié·e·s… Modifications possibles des règles en matière de congés payés ; et déjà les congés imposés sur la période de confinement se multiplient y compris dans le secteur public. Et toutes ces remises en cause peuvent avoir effet jusqu’au 31 décembre 2020 !

Fidèle alliée du Medef, la ministre Pénicaud mène la chasse aux inspectrices et inspecteurs du travail qui tenteraient de défendre les droits des salarié·e·s. Elle veut activer la reprise comme elle a freiné le confinement des salarié·e·s du BTP et de nombreux autres secteurs en mars. Dans son sillage Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef explique qu'«il faudra se poser la question des RTT et des congés payés». Son remède à la quasi paralysie de l’économie ? «Retrousser ses manches et travailler plus longtemps». Pour l’union syndicale SOLIDAIRES et ses syndicats c’est NON et nous le montrons depuis le début de la crise sanitaire dans de nombreux secteurs y compris certains comme Amazon où le syndicalisme est plus difficile encore qu’ailleurs. Après avoir tenté d’organiser le vol de nos retraites, les mêmes veulent nous voler les congés payés et revenir sur des positions acquises par des décennies de lutte.

Assurément la sortie de la pandémie ne sera pas la paix sociale parce que partout dans le monde, le capital tentera de faire payer cette crise aux travailleuses et aux travailleurs. Outil de l’unité du monde du travail, le syndicalisme de lutte se doit d’être au rendez-vous. SOLIDAIRES prendra toute sa place dans toutes les mobilisations pour défendre nos droits et en gagner de nouveaux.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas dupes des paroles de reconnaissance des gouvernements qui n’ont été suivies d’aucun acte fort. Les mots sont évidemment insuffisants pour exprimer notre colère, et notre détermination à faire changer les choses. Bien que confiné·e·s nous portons en ce 1er mai, les revendications qui sont plus que jamais d’actualité.

Nous encourageons chacune et chacun à faire largement connaître cet appel et ces revendications :

  • Notre santé vaut plus que leurs profits. La sortie du confinement et la reprise de l’activité économique ne doivent pas se faire au mépris de la santé des salarié·e·s ou des personnels et des élèves dans l’Éducation nationale.

  • La santé n’est pas une marchandise, l’hôpital n’est pas une entreprise. Nous revendiquons des moyens pour un véritable système de santé public avec de vrais moyens humains, matériels, financiers, en formation et pour la recherche fondamentale.

  • Nous revendiquons une véritable politique de remise à flot des services publics qui rompe avec les déréglementations et mises sur le marché. En ce sens nous revendiquons que l’eau, l’énergie, l’éducation, les communications, les moyens de transports, les autoroutes ne sont pas des marchandises et doivent relever du bien commun.

  • Contre les primes qui opposent celles et ceux qui les perçoivent aux autres salarié·e·s, nous revendiquons une augmentation générale des salaires dans le privé et dans le secteur public et des mesures immédiates pour l’égalité salariale entre hommes et femmes. 400€ pour tous et toutes. Toutes et tous pour 400 €.

  • La crise actuelle montre s’il en était besoin la nécessité d’un haut niveau de protection collective financée par la production de richesses. Dans la logique de nos mobilisations et de nos grèves depuis le 5 décembre nous revendiquons l’abandon du projet de réforme de la retraite universelle par points, le retour de la retraite à 60 ans à 75% après 37,5 annuités de cotisation et l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage qui précarise davantage celles et ceux qui sont privé·e·s d’emplois.

  • Pour réduire le chômage et la peine au travail, il faut construire une nouvelle mobilisation pour la réduction du temps de travail, sans retrait de salaire.

  • Dans la période de crise sanitaire de nombreuses aides sont prévues pour les entreprises. Nous revendiquons une autre fiscalité pour les PME afin que celles-ci ne se retrouvent pas devant le choix entre le dépôt de bilan ou la reprise par un groupe plus important.
  • Les banques et les sociétés d’assurance doivent être mises à contribution réellement et par la loi pour éviter le chômage et la fermeture des établissements de commerce, de restauration, d’hôtellerie, de culture.

  • Il faut fermer les Centre de Rétention Administrative où la pandémie fait déjà des victimes. Il faut régulariser les sans-papiers.

  • La crise sanitaire accentue les risques de relégation sociale, il faut permettre la suspension des loyers et des dépenses de toute l’énergie, une aide pour l’accès à Internet et aux transports, car nous savons que si la crise sanitaire peut régresser, la situation économique et sociale va continuer à faire des dégâts.

  • Il faut plus que jamais lutter contre le système capitaliste, ses politiques néolibérales et contre des gouvernants et des institutions qui exploitent et asphyxient la planète, brisent et avilissent les travailleuses et travailleurs, discriminent, répriment. « Changer le système », ce n’est pas qu’un slogan mais une urgence absolue, pour l’Union syndicale Solidaires.

En ce 1er mai exceptionnel, sans manifestation de rue nous adressons notre soutien aux luttes des travailleuses et travailleurs du monde entier. La crise du Covid 19 nous révèle un peu plus les désordres du monde et nous devons faire de la lutte pour l’annulation de la dette des pays pauvres un axe important de nos mobilisations des prochains mois dans l’unité la plus large.

Même confiné·e·s, manifestons toutes et tous le 1er mai, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux, et donnons à cette journée une véritable force collective ! Le 1 er mai, soyons visibles, solidaires, déterminées.

Nous ne paierons pas la crise générée par des choix politiques d’un système capitaliste mortifère. Ce 1er mai est une nouvelle occasion de faire entendre nos voix pour augmenter encore la pression sur ce gouvernement et les possédants. Transformons le monde de demain en un monde vivable, de justice sociale, écologiste et féministe !

Nous avons encore le monde à gagner.

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