Tous artisans d’un autre monde

Marie-Paule Jammet et Jean Huet, co-présidents de la fédération Artisans du Monde, s'interrogent sur «les échanges inéquitables, trop peu évoqués lors de cette campagne». Selon eux, le préambule à «un développement au service de tous les humains» serait de garantir «partout les droits élémentaires» et de remettre «la régulation au cœur du débat pour éviter de subir les impacts prédateurs du modèle néolibéral».

Marie-Paule Jammet et Jean Huet, co-présidents de la fédération Artisans du Monde, s'interrogent sur «les échanges inéquitables, trop peu évoqués lors de cette campagne». Selon eux, le préambule à «un développement au service de tous les humains» serait de garantir «partout les droits élémentaires» et de remettre «la régulation au cœur du débat pour éviter de subir les impacts prédateurs du modèle néolibéral».

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Les citoyens s'emparent du débat politique et saisissent l'opportunité des élections pour s'exprimer, ils veulent participer activement à la construction d'alternatives économiques et commerciales qui fassent passer les droits humains avant celle des marchés.

Acteurs de la société civile, soutenus par un nombre de plus en plus important de consommateurs citoyens, nous interpellons quotidiennement les dirigeants politiques et économiques pour les inciter à mettre en place des réformes profondes aux niveaux local, national et international. Nous exigeons des modes de gouvernance et des échanges commerciaux guidés par des valeurs de solidarité et de coopération, de respect des droits humains et des écosystèmes, pour lutter toujours plus fortement contre la concurrence déloyale, le dumping social et le pillage des ressources naturelles.

Nous ne voulons pas de politique de réparation (un pansement sur une plaie béante) qui empêcherait de voir les réalités du monde: un monde où plus d’un milliard de personnes ne parvient pas à subvenir à ses besoins fondamentaux. Il n’est de véritable changement sans une appréciation correcte des causes du mal développement et des inégalités mondiales. Si nous sommes sept milliards à vivre ensemble sur une seule et même planète, nous devons apprendre à la partager équitablement.

Nous en appelons donc aujourd’hui à tous les citoyens et à tous les candidats pour que soient garantis partout les droits élémentaires. C’est la seule condition pour aller vers de véritables transformations sociales à l’échelle planétaire. Nous n’exprimons pas des vœux pieux ou charitables, nous sommes porteurs de valeurs universelles de justice et d'équité. Tant de pistes s’ouvrent à nous, tant d’expérimentations créatrices se pratiquent quotidiennement en France et dans le monde. Il serait dommageable que la France, par son rôle prépondérant dans les discussions européennes et internationales, ne reprenne pas son rôle moteur pour amener des idées novatrices et transformatrices. Ne trahissons pas notre histoire, créons un autre avenir, soyons les possibles d’un autre monde.

Attaquons-nous à la gouvernance mondiale en premier lieu. Le futur président élu devra exercer une autre politique internationale. La place de toutes les institutions financières internationales (OMC, FMI, Banque Mondiale) doit être repensée, en commençant, par exemple, à mettre ces institutions sous l’égide des Nations unies, seul organe représentatif des peuples. La signature du protocole additionnel au Pidesc (Pacte international relatif aux droits économiques et sociaux) sera un signe fort donné en faveur des droits humains. Ce processus devra s’accompagner d’une vraie valorisation de l’Organisation internationale du travail (OIT) en la dotant de nouveaux pouvoirs de sanction pour contraindre fermement les multinationales et les Etats à respecter ces droits. Le XXIe siècle ne doit pas être une période où l’aliénation et l’exploitation régissent au niveau mondial les règles du travail et les échanges internationaux.

Remettons la régulation au cœur du débat pour éviter de subir les impacts prédateurs du modèle néolibéral. Arrêtons d’assister ceux qui possèdent et qui s’enrichissent toujours plus notamment par la «commercialisation» de tout ce qui fonde le vivant. Soyons la France qui propose des mécanismes de stabilisation des prix en interdisant en urgence la spéculation financière sur les matières premières agricoles. Laisser faire le marché dans l’agriculture nous conduit à toujours plus d’émeutes de la faim, à toujours plus d'inégalités. Le problème n'est pas le manque de production, mais son inégale répartition due à la spéculation sur les matières premières, aux accords commerciaux inéquitables et à la concurrence entre les pays.

Notre interpellation lors de ces élections présidentielle et législatives vise à questionner sur les échanges commerciaux internationaux inéquitables, trop peu évoqués dans cette campagne. Notre parole est celle des producteurs et artisans du Sud qui sont engagés au quotidien pour transformer leur vie à travers la pratique d’un commerce équitable. Celles et ceux qui attendent de la reconnaissance et qui veulent vivre dignement en devenant maîtres de leur destin.

Notre parole est celle de 6 000 militants qui se sont engagés à parler de l’état du monde et à offrir l’opportunité de consommer autrement. A défaut de voir un mouvement mondial propice à changer nos vies ici et là-bas, ils restent mobilisés depuis trente-huit ans.

Enfin, notre parole est celle des milliers de citoyens et citoyennes qui soutiennent un autre développement par leur consommation responsable, un développement au service de tous les humains.

Notre parole est internationale, unie, sincère, militante. Engageons-nous toutes et tous et inventons un autre monde.

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