Libérons les élections, réinventons la démocratie

«Redonner à la démocratie sa vraie nature», c'est l'objectif de l'appel lancé par 40 mouvements et réseaux associatifs. Samedi 31 mars, ils organisent une journée d'expression et d'actions citoyennes à la Bastille, comme l'explique Bernard Salamand, président du Centre de recherche et d'information sur le développement (Crid).

«Redonner à la démocratie sa vraie nature», c'est l'objectif de l'appel lancé par 40 mouvements et réseaux associatifs. Samedi 31 mars, ils organisent une journée d'expression et d'actions citoyennes à la Bastille, comme l'explique Bernard Salamand, président du Centre de recherche et d'information sur le développement (Crid).

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Les élections de 2012 interviennent dans une période cruciale, où des options politiques engageant durablement l'avenir doivent être prises pour faire face aux effets des crises. Elles doivent aussi permettre de donner des réponses aux dangers vitaux que fait peser sur le monde le système économique libéral qui atteint ses limites par l'épuisement des ressources et le creusement des inégalités. Elles arrivent également dans un moment où les citoyens des vieilles démocraties européennes interrogent très fortement les modalités de la représentation (abstention, revendication du vote blanc, défiance vis-à-vis du personnel politique) et la prise en compte d'autres modes d'expression de la volonté populaire que les élections formelles (mouvements sociaux, indignations).

Pourtant, le débat n'est pas vraiment citoyen, les projets de société sont invisibles et les questions de fond n'apparaissent que rarement dans une campagne fondée sur les stratégies de communication des appareils, la gestion des buzz médiatiques et la mise en feuilleton de la compétition électorale depuis les premiers sondages jusqu'au dernier «match» du second tour des législatives.

Cette série de constats a conduit plus de 40 mouvements et réseaux associatifs à lancer la démarche «Libérons les élections; des alternatives pour réinventer la démocratie».

Pour dire quoi?

D'abord, dire qu'ils n'abdiquent pas sur un certain nombre de valeurs, fondamentales dans la recherche des modalités du «vivre ensemble» et qui constituent la substance du consensus démocratique :

«Depuis de trop longues années, les principes de respect de l'altérité et de solidarité sont régulièrement sapés au profit d'un discours qui fait du tout sécuritaire et de la concurrence de tous contre tous le fondement de toute richesse, de la crainte de l'autre le fondement de la vie sociale. Citoyens en actes, nous ne nous résignons pas à cette conception mortifère des rapports entre les êtres humains. Nous n'acceptons pas que la concurrence soit le seul horizon de nos vies. Nous ne voulons pas que le chacun pour soi détruise la noblesse de l'engagement collectif, pas plus que nous n'acceptons que l'action publique ne se réduise à des mesures sécuritaires ou à l'accentuation des inégalités de revenus et de positions sociales. Il est possible de bien vivre sur la planète, non pas malgré les autres mais avec les autres, non pas de la spéculation mais de son travail, et sans qu'il ne soit nécessaire pour cela de piller les ressources naturelles et de fouler au pied la dignité de personnes. »

Ensuite, dire qu'ils sont en mesure d'avancer des propositions sur un certain nombre d'enjeux, peu ou mal traités par la campagne. Ces mouvements sont porteurs d'aspirations, d'idées et d'expertises citoyennes qui peuvent nourrir le débat public et les décisions politiques concrètes. Cette manifestation veut montrer le foisonnement et la pertinence de ces propositions pour l'avenir, autour de cinq grandes questions:

Libérons-nous de la finance, par la régulation économique et la redistribution, la recherche de la justice fiscale, la responsabilisation et le contrôle des acteurs financiers et multinationaux...

Réaffirmons les droits et les acquis sociaux, en garantissant l'accès aux droits fondamentaux et aux services publics pour toutes les citoyennes et tous les citoyens...

Impulsons les transitions de nos sociétés, vers un modèle de vivre ensemble non prédateur des ressources et garant des droits sociaux et démocratiques...

Libérons les migrations, en reconnaissant à toutes et tous la liberté d'aller et de venir dans ses droits, en luttant contre les préjugés et le racisme et en valorisant l'interculturalité...

Libérons les coopérations, par une politique étrangère de la France et de l'Europe responsable, transparente, solidaire, respectueuse des droits et des peuples...

Enfin, dire qu'il est possible de redonner à la démocratie sa vraie nature, en facilitant l'expression et l'écoute citoyenne individuelle et collective, en faisant converger les volontés et les énergies pour trouver des solutions issues du débat et nourries de la diversité.

Affirmer des valeurs pour le vivre ensemble, faire des propositions alternatives crédibles et les livrer au débat citoyen, voici les objectifs de «Libérons les élections!»

Pour lancer la démarche, nos mouvements invitent chacune et chacun à participer aux manifestations et aux débats publics qui se dérouleront en France sous le label «Libérons les élections» jusqu'aux législatives, et en particulier à une journée d'expression et d'actions citoyennes qui se déroulera à Paris, ce samedi 31 mars 2012, à la Bastille, de 12h30 à 19h00: jeux, espaces d'expression et de débat, animations de rue, concerts gratuits de Tryo (pour la campagne Libérons l'énergie), Karpatt, Dgiz et Jehro.

Lire l'appel sur le site liberonsleselections.org

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