Humaniser notre système de santé

« Un changement radical de la politique de santé est indispensable. Même si le programme de François Hollande est perfectible, il est porteur d’espérance pour un renouveau du système de santé et de l’hôpital public.» Par Patrick Pelloux, urgentiste, et une vingtaine de médecins.

« Un changement radical de la politique de santé est indispensable. Même si le programme de François Hollande est perfectible, il est porteur d’espérance pour un renouveau du système de santé et de l’hôpital public.» Par Patrick Pelloux, urgentiste, et une vingtaine de médecins.


 

Les questions de santé ont été très peu abordées lors de cette campagne pour l’élection présidentielle. Pourtant, la santé est l’une des préoccupations principales des Français et elle a semblé être cantonnée à des débats de spécialistes.

Or il s’agit bien de choix politiques ultralibéraux qui nous ont conduits, en dix ans, à reculer sur les valeurs humanistes et les acquis du Conseil national de la résistance en matière de santé et de protection sociale. La question fondamentale est de savoir si le système économique est au service du progrès de l’humanité ou si les femmes et les hommes doivent subir l’économie, en l’occurrence une marchandisation de la santé, par exemple avec la tarification à l’activité dans les établissements de santé.

Le travail doit être débuté afin d’humaniser notre système de santé. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons eu une telle espérance de vie issue de l’œuvre civilisatrice. Mais en même temps, les inégalités se sont creusées. La santé est devenu une source de profit. L’idée d’un hôpital entreprise, incluse dans la loi Hôpital, patient, santé et territoire (HPST), est en contradiction totale avec l’hôpital public, élément majeur de stabilité sociale et expression de ce que la science peut faire pour améliorer la vie des femmes et des hommes.

Des régressions inquiétantes montrent qu’il y a urgence à changer, comme le recul de la France de la 7e à la 20e place en Europe pour la périnatalité ou le recul de l’espérance de vie en bonne santé. Enfin, au cours de ces dix ans, le progrès social pour les personnels hospitaliers a été brutalement stoppé avec une aggravation majeure des conditions de travail. Les patients et leurs familles le constatent au quotidien: surcharge des urgences, manque de lits d’hospitalisation, difficultés d’accès aux soins, notamment en psychiatrie, difficultés à prendre rendez-vous dans des spécialités comme l’ophtalmologie, difficulté de prise en charge des personnes âgées ou des adultes handicapés…

Mais il n’y a pas que l'hôpital. Il faut une véritable articulation des professions de santé entre ceux qui exercent en ville et ceux qui pratiquent dans des établissements de santé. Il est nécessaire de créer une université de la santé ouverte à toutes les professions, incluant la formation continue indépendante. Il convient de développer la santé dans les écoles, au travail, dans les prisons, mais aussi les politiques de prévention… tous ces éléments ne font qu’un: celui d’un système de santé moderne et conquérant de nouveaux possibles.

Cela ne peut plus continuer ainsi! Un changement radical de la politique de santé est indispensable. Même si le programme de François Hollande est perfectible, il est porteur d’espérance pour un renouveau du système de santé et de l’hôpital public. Nous voterons donc pour François Hollande, tout en restant très vigilants devant l’urgence humaniste à porter dans notre pays.


Jean-Luc Baudel (réanimateur médical, Paris); Karim Boudemia (urgentiste, Dijon); James Brodeur (anesthésiste réanimateur, Bourges); Séraphin Collé (généraliste, Toulouse); Philippe Crova (urgentiste, Bourgoin-Jallieu); François Danet (psychiatre, chercheur en sociologie, Lyon); Carole Fink (soins palliatifs, Lons-le-Saunier); Daniel Jannière (anesthésiste réanimateur, Paris); Christophe Jedrecy (urgentiste, Dourdan); Didier Ménard (généraliste, Seine-saint-Denis); Frédéric Pain (urgentiste, Parthenay); Patrick Pelloux (urgentiste, Paris); Jean–Claude Pénochet (psychiatre, Montpellier); Christophe Prudhomme (urgentiste, syndicaliste CGT, Bobigny); Adrienne Reix (urgentiste, Bordeaux); Julie Rivière (gynéco-obstétricienne, Paris); Dalila Serradj (urgentiste, Dijon); Jacques Trévidic (pharmacien, Caudan); Fabrice Vallée (réanimateur, Paris); Olivier Varenne (cardiologue, Paris); Fabrice Venier (urgentiste, Rouen); Marcel Viallard (anesthésiste, Paris).

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