Billet de blog 13 mars 2012

Avec l'Europe, la campagne s'est mise en mouvement

Par Claude Nicolet, secrétaire national du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et élu du Nord-Pas-de-Calais.

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Par Claude Nicolet, secrétaire national du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et élu du Nord-Pas-de-Calais.

Il y a quelques mois, le 19 décembre 2011, Mediapart publiait une tribune que j'avais intitulée François Hollande ne peut pas ignorer le "NON", en référence au vote des Français lors du référendum du 29 mai 2005. On peut penser que l'analyse n'était pas totalement fausse, voire qu'elle était assez juste. Nicolas Sarkozy vient de mettre la question européenne au cœur de sa campagne, à l'occasion de son meeting de Villepinte, sans hésiter à prendre le contre-pied de ses engagements de début de mandat. Après le calamiteux bouclier fiscal, voilà qu'il veut taxer les exilés fiscaux. Réponse immédiate, Arnaud Montebourg vient d'être nommé représentant spécial du candidat socialiste.

Le résultat immédiat, c'est une vraie remontée de Sarkozy dans les sondages et le croisement des courbes d'intentions de votes au premier
tour. Incontestablement, la guerre de mouvement a repris et la campagne est entrée dans une nouvelle phase.Que la France du non soit au coeur de la campagne était inévitable car j'en suis persuadé, c'est là où se situe la clef de la victoire et surtout de la perspective politique dont notre pays a besoin.
Le président-candidat devait impérativement revenir sur François Hollande, qui sur ce point avait une longueur d'avance, puisque celui-ci veut renégocier le traité européen préparé par Angela Merkel et Sarkozy lui-même. Mais quel crédit apporter au président sortant sur les questions européennes qui conditionnent beaucoup de nos choix intérieurs? Remettre en cause Schengen est un leurre, un écran de fumée qui porte une fois de plus à faire de l'immigration l'écran de fumée facile masquant la réalité des choses. L'annonce de la lutte contre l'exil fiscal est certes une bonne chose mais le fond du problème, c'est la liberté totale des mouvements de capitaux au sein de l'Union européenne et avec les pays tiers. S'attaquer à la circulation des hommes sans prendre en compte celle de l'argent qui est le déclencheur des mouvements de
migrations ne relève dès lors que de l'électoralisme bon marché et démagogique. C'est refuser de porter le fer contre les mécanismes qui engendre les situations que nous connaissons. La désindustrialisation n'est pas le fruit du hasard, la fuite du vote populaire ou ouvrier et maintenant des classes moyennes vers d'autres tentations non plus. Parce que les choix fait depuis maintenant trente ans produisent tous leurs effets. L'Europe aujourd'hui inquiète plus qu'elle ne rassure, le sentiment de s'être "fait avoir" est puissant.
«La France est notre patrie, l'Europe est notre avenir», avait dit François Mitterrand pour emporter la décision à l'occasion de la campagne du référendum sur le Traité de Maastricht. Aujourd'hui la patrie revient en force, l'Europe fait peur et l'impression que la démocratie est en danger est réel. C'est notamment l'un des paris de Jean-Luc Mélenchon. A savoir structurer le «non», lui offrir une perspective et en faire un levier pour peser sur les orientations à venir en cas de victoire de la gauche. François Hollande devra donc obligatoirement continuer à évoluer encore sur cette question essentielle. Emmanuel Todd fait le pari du «hollandisme révolutionnaire» mais aussi de la puissance et de la force des événements qui interviendront. Il a raison. Car jamais une élection n'aura été à ce point importante. Il ne faut en effet se faire aucune illusion. Rien n'est joué. Les forces conservatrices voire réactionnaires ont à leur disposition des moyens très puissants. Les intérêts qui servent la «rente» ne sont pas prêts de capituler et celles et ceux qui considèrent la République non comme un moyen d'émancipation mais comme une contrainte ou un obstacle ne renonceront à rien.
Les Français constatent chaque jour davantage que les inégalités triomphent, et la question de l'égalité est au cœur de l'identité politique française. La concurrence, la compétitivité, la baisse des salaires comme modèle social ne peut que heurter de plein fouet l'idée que nous nous faisons de la République et de la Nation. L'indécence est érigée en système: rien que pour le dernier «plan de sauvetage» de la Grèce, on annonce que la banque d'affaires Lazard à elle seule devrait toucher 25 millions d'euros de commissions. Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans le monde tel qu'il a été forgé, c'est cela qui est normal car c'est cela qui a été fondamentalement voulu. Or les temps sont au retour de la Nation. Comme espace démocratique, social, politique mais aussi protecteur et «fabriquant» d'identité. Donc en opposition frontale avec ce modèle qui détruit la promesse républicaine. En fait, les contradictions internes au modèle, issues de 30 ans (en particulier depuis le tournant de 1983) de construction européenne, deviennent insoutenables à tous les niveaux, économiques, sociaux, budgétaires, fiscaux, démocratiques et bien sûr politiques. L'enjeu de cette campagne est donc essentiel au sens premier du terme car il concerne l'identité de notre pays, de la République et de la démocratie. Plus que jamais, François Hollande ne peut ignorer le «non».

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