2022 : Boycott ? Abstention ? Assez de stupidités !

La petite bourgeoisie de gauche et d'extrême-gauche est démoralisée. Au point de perdre un peu la tête !

Tels ou tels courants de gauche, disons, radicale, sont déçus. Depuis des mois ils nous faisaient la leçon : "À quoi bon réfléchir à l'élection de 2022 et à la manière d'éviter la réélection du courant macroniste, ou l'élection de la droite, ou celle de Le Pen ? À quoi bon puisqu'il est plus simple et plus rapide de balayer Macron et son gouvernement par un immense mouvement populaire s'auto-organisant ?"

À quoi bon en effet. Seulement les mois passent et le grand soir est en retard.

Toute la politique de ce pays est engluée dans une sorte de bave de limace comme en produisent les ectoplasmes et autres morts-vivants : la pandémie Covid 19.

De l'extrême-gauche à l'extrême-droite tous les courants sont divisés entre les "gens raisonnables" qui croient tout ce que disent les gouvernements (et quand le discours tourne, ils tournent) et les disciples de Diderot (dont je suis) qui doutent que l'on sache quoi que ce soit de certain et sur la maladie, et sur les remèdes, et sur les mesures efficaces. 

Tous les courants politiques sont partagés à propos d'un sujet sur lequel sont braqués tous les projecteurs de la société du spectacle. Comme de pauvres bêtes prises dans la lueur des phares de voitures la nuit, ils sont paralysés. 

Le gouvernement a suscité la panique (contre laquelle s'élève un homme aussi peu contestataire que le démographe Hervé Le Bras) et en profite pour prolonger l'état d'urgence sanitaire, d'autres mesures liberticides et placer des pions pour avancer ses autres réformes destructrices.

Dans l'immédiat, je n'ai pas l'impression que les progressistes puissent faire grand chose pour faire capoter la manœuvre. En tous cas, moi, je n'ai pas la solution politique.

Alors on voit surgir, la petite bourgeoisie étant, s'il fallait lui attribuer un "caractère", nerveuse, bipolaire, vite chauffée, vite refroidie, des fantasmes : puisque le grand soir tourne au crépuscule des niais, et puisque les organisations politiques, syndicales, et même les gilets jaunes sont divisés, enterrons la démocratie bourgeoise irreprésentative, faisons campagne pour l'abstention, et pourquoi pas le boycott actif ?

C'est un contre sens profond. Les classes dominantes ne sont nullement terrorisées à l'idée d'un taux d'abstention record. Il n'est écrit nulle part dans la constitution qu'un président élu avec une participation très faible soit illégitime, ou même moins légitime.

Pas mal de gens ont répété que Macron, élu avec seulement 15% des électeurs qui l'ont choisi au premier tour, était faiblement légitime, mais ce sont des choses qu'on se dit à la veillée, entre militants. On sait bien que ça n'a aucun sens. L'Etat, c'est la police et l'armée. Et un président de la Vème République, quel que soit le pourcentage avec lequel il a été élu, dispose du pouvoir.

Au contraire, dans l'état où elle est, la bourgeoisie est clairement gênée par le peu de démocratie qui subsiste et en particulier le "suffrage universel" arraché par les travailleurs en 1848. Elle aimerait s'en débarrasser. Comme l'ont fait Hitler et les nazis (lire "l'ordre du jour" d'Eric Vuillard), mais aujourd'hui, en Europe, c'est difficile.

La manière naturelle et simple de faire disparaître cette conquête ouvrière qu'est la démocratie représentative, c'est l'augmentation de l'abstention. Au delà de plaintes purement hypocrites, la bourgeoisie se frotte les mains quand l'abstention est en hausse, surtout s'il s'agit principalement de l'abstention des couches populaires. La droite classique, par exemple, aura un candidat UNIQUE. Valérie Pécresse ? Xavier Bertrand ? François Baroin ? Un seul, et les autres le soutiendront de toutes leurs forces, avec l'espoir raisonnable d'y gagner un poste de ministre. Les électeurs de droite n'auront aucune raison de s'abstenir.

En outre, faire campagne pour l'abstention, ça fait rire. Il y a là quelque chose d'oxymoronique ! Mobiliser pour NE PAS voter, pour rester chez soi !

Mais le boycott actif ? Encore plus stupide ! Cela signifie mettre des piquets de boycott devant les centres électoraux, et peut être, casser les urnes. Il semble évident que si des gens avaient la force militante capable de donner un peu d'allure à un boycott... cette même force pourrait plus utilement être utilisée pour gagner l'élection.

Ces stupidités sont produites par le désespoir et la démoralisation. Ceux qui, sans parler de boycott, affichent de se ficher des élections et de se tenir à l'écart de tout effort pour s'en saisir font également fausse route.

Certes, à le regarder superficiellement, le tableau est sombre. Les syndicats font leur travail, surtout dans les hôpitaux et les universités, mais ils ne se mêlent qu'indirectement de politique. Les partis PS, PCF, EELV s'amusent à se chercher des poux dans la tête. Mélenchon et ses supporters font "une excellente campagne" (entendu quelque part : "Il a été très bon chez Hanouna"), dans l'indifférence générale puisque chacun sait qu'il ne peut pas gagner l'élection.

Le tableau est sombre. Mais le bilan de Macron est mauvais. Le masque est complètement tombé : qu'il soit le président des ultra riches, c'est une évidence pour tout le monde. "Et Alors ?" se disent les gens. "On n'y peut rien".

Certains parmi les électeurs de gauche, envisagent d'essayer Le Pen. C'est un autre aspect de la démoralisation.

Mais les jours passent, et dans ce monde où le capital semble pouvoir agir sans aucun contrôle ni aucune limite, des échéances démocratiques subsistent. Nous aurons des élections régionales. Possiblement, elles éclaireront la situation. On verra, comme le dit Najat Vallaud Belkacem, que ceux qui auront pu s'unir gagneront, et les autres perdront. De nouveaux calculs s'ensuivront.

Les petits bourgeois énervés, qui voulaient précipiter la chute de Macron pour demain (sans avoir le moindre atout politique pour seulement y penser) sont maintenant pressés de pleurer la défaite, et l'avènement d'un quinquennat encore plus réactionnaire que celui qui va se terminer.

Ils se trompent. L'histoire avance à son rythme. Les électeurs décident de leur vote, souvent, quelques jours avant le scrutin.

La solution pour éviter la contrerévolution macronienne, chacun la connait : c'est la formation d'une EQUIPE incluant au moins le PCF, les amis de Mélenchon, le PS, EELV et quelques autres groupes, avec le soutien OUVERT de la CGT et de la CGT-FO, et la participation des Gilets Jaunes. Cette EQUIPE désignera par consensus celui (celle) qui ne sera que le porte-drapeau.

C'est cela, ou le TROU NOIR qui nous attend. Nous le savons, nous le disons, nous ne sommes pas les seuls. Que cette unité prenne forme même en janvier 2022, rien ne sera perdu. C'est le seul combat qui vaille.

Il y aura l'an prochain 20 ans, la DIVISION a produit, déjà, un second tour Chirac Le Pen, alors que le gouvernement de Lionel Jospin avait diminué les chiffres du chômage d'UN MILLION de travailleurs et jeunes.

Trois ans auparavant, l'UNITE avait imposé à Chirac le gouvernement Jospin, unissant le PCF, le PS, les Verts, le PRG, le groupe de Chevènement. Les leçons de l'histoire sont parfaitement claires.

Tout reste possible.

 

 

 

 

 

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