Le sens du vent

Quelques éléments de la situation au premier octobre.

J'ai passé quelques jours sous la froide bruine parisienne et fait le tour de quelques amitiés politiques.

Je rapporte ici ce que j'ai cru en apprendre : des incertitudes, mais sans doute motivées de manière intéressante.

Je me demandais si le PS était derrière son secrétaire, Olivier Faure, ou bien s'il subsistait des tentations de venir renforcer les troupes défaillantes de Macron. Réponse, non. Plus personne au PS n'est tenté par Macron, réduit à faire de grands gestes à propos de ce qui se passe sur la planète (Liban .... Biélorussie ... Haut Karabagh) pourvu qu'il n'y puisse absolument rien...

Le PS est derrière Olivier Faure. La position (ou posture ?) de ce dernier c'est qu'il faut, pour les régionales comme pour les présidentielles, un seul candidat à gauche, alliant PCF, FI, EELV, PS, et pourquoi pas ? Même Besancenot s'il le veut !

Bayou, à EELV, pense de même et le maire de Grenoble, Eric Piolle, base sur cette vision l'éventualité de sa candidature.

Mais bien sûr, le paysage change du tout au tout si en octobre ou novembre, Jean-Luc Mélenchon lance sa candidature. S'il le fait, la candidature de Piolle n'a plus de sens. Jadot se présente, avec le soutien de Faure. Il n'est pas certain que le PCF s'y joigne, mais peu probable aussi que les communistes se rallient à Mélenchon ("Vous êtes la Mort et le Néant" SMS de JLM difficile à oublier). Le PCF, face au désastre annoncé, pourrait alors présenter son propre candidat (Ian Brossat ?). De toutes façons, le PCF ne prendra aucune position définitive avant les régionales, pour une raison évidente : s'il est possible aux régionales de gratter des élus par des alliances avec tel ou tel, pas question de laisser passer cette occasion.

Nous avons tendance à considérer que le PS est mort. C'est une erreur. En politique comme en amour, n'est vraiment mort que ce qui est remplacé. Lors de l'annonce des résultats du premier tour, en 2017, les responsables du PS, dans l'attente du discours de Mélenchon, avaient, me dit-on, conscience du fait qu'il tenait l'avenir du PS dans ses mains. S'IL avait déclaré "réunissons-nous tous (PCF, FI, PS, Verts) pour préparer les législatives dans un climat amical et constructif" et s'il avait constitué avec les 400 000 inscrits sur la plateforme FI le grand parti éco socialiste démocratique de France, la gauche aurait eu 150 députés (la FI, 80) et le PS était marginalisé pour longtemps. Heureusement (pour le PS), Mélenchon a fait le malin "Moi tout seul !", gagné de justesse de quoi faire un petit groupe de députés, et il a consciencieusement ruiné ses atouts. La direction du PS a vendu le siège "Solférino" (17 millions aussitôt mis en banque) et c'est aujourd'hui le seul parti qui a de quoi faire des campagnes électorales. Election après élection, de manière pragmatique, le PS se refait la cerise. Une candidature Jadot soutenue par le PS ne fera pas 15% et ne gagnera pas. Mais c'est Mélenchon qui apparaîtra comme la cause de l'échec. Bref la direction du PS intégre dans sa stratégie la probabilité d'un échec en 2022 ... et ce sera une étape de sa remontada.

Mais Mélenchon va-t-il se présenter ? Les avis divergent à ce sujet. L'article de Pauline Graule sur la réunion interne des cadres du Parti de Gauche faisait état d'hésitations de sa part. Un ami, proche de Jospin me dit que "le frisé" (c'est Lionel) aurait conseillé à Mélenchon la prudence "dans ton propre intérêt". Veut-il partir en retraite avec aux fesses la casserole portant l'inscription "C'est moi qui ait fait revenir la droite en 2022" (mes interlocuteurs sont tous d'accord sur un point : Edouard Philippe sera candidat, certainement finaliste et possible prochain président) ? Il y a en effet de quoi hésiter. Mais un autre de mes contacts, qui m'a montré un échange de SMS avec JLM, d'une hargne et d'une violence ahurissantes, pense que cet homme ne peut pas envisager un retrait en faveur de l'unité et de la victoire. Il croit, sincèrement (c'est le pire), être le sauveur suprême, qui doit faire don de sa personne à la cause du peuple. Les médias mainstream, qui en ce moment chantent ses louanges (on comprend pourquoi) le poussent en ce sens.

Les deux points de vue ont du poids, et je crois qu'on ne peut pas prévoir ce que va faire Mélenchon. Il pourrait, ce serait l'option la plus intelligente, décider de ne pas décider avant les régionales.

Loin des calculs politiciens dont je viens de tenter une esquisse, l'aspiration à l'unité pour obtenir une victoire éco socialiste doit se manifester, soit par la constitution de "comités pour l'unité et la victoire" dans les villes et les quartiers, comme en 2005 les comités pour le NON, soit, aussi, par la publication d'un appel de personnalités. Il faut également garder à l'oeil et suivre les prises de position de François Ruffin...

Les politiciens peuvent sans trop de problème accepter la défaite. Ils peuvent même faire entrer cette défaite dans leur plan stratégique.

Mais pas nous, pas le peuple travailleur. L'urgence sociale, l'urgence environnementale, l'urgence démocratique atteignent un niveau de tension qui va produire des ruptures. Une catastrophe, y compris financière est possible à tout instant. Seule la résistance collective peut y parer.

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