Deux articles remarquables dans POLITIS !

Dans son dernier numéro (du 15 au 21 octobre) POLITIS publie un débat entre Mathilde Panot, députée et coprésidente du groupe parlementaire de la France Insoumise à l’A.N., et David Cormand eurodéputé Europe Ecologie-Les Verts et ancien secrétaire national de son parti. Ce débat justifie assez bien l’article signé Agathe Mercante qui le suit et est intitulé : Deux programmes « frères ».

Des désaccords insurmontables, vraiment ?

 Ce débat et cet article pulvérisent le raisonnement que produit, de manière répétitive et mécanique Jean-Luc Mélenchon, par exemple lorsqu’il s’exprime devant les étudiants de Paris Dauphine il y a quelques jours (le 13 octobre) et qu’on peut écouter sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=eRi4owrwxf8 (à partir de 1h24 de débat) : pour faire reculer l’abstention il faut une alternative claire, cohérente et honnête. Or « la gauche » n’est pas d’accord sur l’Europe, pas d'accord sur la planification écologique, pas d'accord sur le nucléaire, pas d'accord sur la VIème République. Et il ironise : « mais c’est pas grave » !

JLM dit cela en réponse à une question posée par les étudiants : « Seriez-vous prêts à soutenir un autre candidat si cela devait permettre l’unité de la gauche ? ». La réponse est claire : non.

Mélenchon veut se présenter. Il ne dit pas, comme la grande majorité de ses partisans : « Je me présente parce que je suis le SEUL à avoir la stature de grand dirigeant politique. En dehors de MOI, ce sont tous des minus ». Il ne dit pas cela. Nul ne doute qu’il le pense, mais … quelque chose le retient de le dire aussi franco de port. Il dit autre chose : il ne peut pas y avoir de candidat soutenu par toutes les forces politiques de gauche et la société civile (une candidature du style « Printemps Marseillais ») parce que nous avons des désaccords immenses, profonds, irréconciliables.

Or, et cela il faut le dire et le redire, c’est faux. C’est un mensonge, une posture et une imposture !

C’est une bonne chose que l’hebdomadaire POLITIS ait ainsi œuvré à démasquer (sic) cette imposture.

Je ne vais pas citer trop de morceaux choisis du dialogue Cormand-Panot, mais par exemple, sur le social : David Cormand : « La réponse à la crise sociale est la plus urgente (…) Comme Mathilde Panot le disait, les métiers les plus utiles à notre société, et les moins bien rémunérés, ont été les plus exposés. »

Sur la planification, D.C. : « Pourquoi ce terme me dérange ? Parce que la manière dont il a été mis en œuvre en France a trop souvent été bureaucratique et dans une forme de connivence entre les grands corps d’Etat et les « capitaines d’industrie » du capitalisme de notre pays (…) Au-delà de la sémantique, les insoumis et les verts partagent une question démocratique fondamentale : comment reprend-on le contrôle sur ce dont dépend notre subsistance ? » Mathilde Panot : « Je suis d’accord avec David Cormand sur le côté technocratique du plan : la planification écologique doit partir d’assemblées de planification citoyennes ».

Sur l’Union Européenne. D.C. « Mathilde Panot disait que l’Europe ne pouvait pas être le lieu de l’expression d’une souveraineté populaire. C’est vrai aujourd’hui. (…) Il faut faire attention quand on est sévère avec la maturité démocratique de l’UE. On a raison de l’être, mais il faut aussi être juste et garder en mémoire le fait que l’UE est une démocratie inachevée – et d’une certaine manière, la France aussi. La preuve c’est que la France Insoumise veut faire une VIème République. Et nous aussi. » (souligné par moi).

Sur le « marché » : D.C. : « On nous explique qu’il n’y a qu’une façon de faire de l’économie et qu’il faut s’y plier. Je pense qu’avec Mathilde Panot nous avons en commun de penser que l’économie est une question politique ». M.P. : Sur l’économie de marché, il y a un point sur lequel on peut tomber d’accord, c’est que la puissance publique et la planification écologique peuvent faire reculer le marché sur de nombreux aspects, notamment les biens communs ».

Est-ce que ce dialogue donne l’impression de positions figées de part et d’autre d’un gouffre infranchissable ? A aucun moment.

Sur l’Europe est-ce que Mathilde Panot évoque un quelconque FREXIT ? Pas plus que Manon Aubry, à aucun moment.

Je ne discute pas ici, lecteur, note le bien, si les positions de la FI et des Verts me paraissent, à moi, JPB, correctes. Ce n’est pas mon sujet. Je souligne que les positions décrites ici sont parfaitement compatibles avec une unité de candidature et que dire le contraire, c’est mentir, effrontément. 

L’article d’Agathe Mercante reprend point par point les deux programmes, les passe sous la loupe et les déclare « frères ».

Reste, au fond, la vraie raison d’une éventuelle candidature de Mélenchon : il serait le seul à avoir la carrure. C’est un assez bon argument.

Mais j’y vois deux objections décisives. La première c’est que Mélenchon est, en effet, un bon tribun, mais il a ruiné ses chances. Un ami qui jusqu’à une date récente n’était pas n’importe qui à la direction du PS me disait la semaine dernière : « Au soir du premier tour, lorsque Mélenchon a pris la parole, j’ai dit à mes camarades qu’il tenait notre sort dans ses mains. S’il avait déclaré : depuis le PCF jusqu’à ce qui subsiste du PS (ayant soutenu Hamon, et non Macron), unissons-nous tous pour les législatives... Il aurait eu cent députés. Et s’il avait engagé ses 500 000 soutiens à constituer le grand parti écosocialiste démocratique de France … nous étions marginalisés pour vingt ans. Mais il a dit : moi tout seul et ainsi, il nous a sauvé la mise ».

Mélenchon a eu sa chance, elle est passée.

La seconde objection est plus profonde. Pour convaincre les citoyens que nous ne voulons plus de la Vème République, il ne faut pas nous faire représenter par un Tribun. Il faut une équipe unie, solidaire, qui choisira en son sein, sans passion, un nom pour un bulletin. C’est la leçon de l’époque présente. La leçon du mouvement des Gilets Jaunes, la leçon des soulèvements du Liban, de l’Algérie, du Chili.

 

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