Yannick Jadot, neoconservateur ?

Le journal Le Monde du 15 avril, a publié un article de Yannick Jadot intitulé "Les régimes autoritaires ne comprennent que le rapport de force", dont Serge Halimi fait observer, dans le "Diplo" de mai, qu'il semble avoir été rédigé "dans un bureau du Pentagone" !

Dans cet article, le responsable écologiste épouse point par point les positions de l'administration américaine dans ses déterminations les plus générales, que le passage de Trump à Biden ne modifie qu'à la marge : les ennemis sont la Turquie, la Russie et la Chine, tant sur le plan géopolitique qu'économique. Ces régimes soutiennent le terrorisme, répandent des fausses nouvelles et (ce point prête à rire) "rachètent nos entreprises-clés" ! 

Et nous qui avions cru observer que ce sont plutôt les USA qui, par le jeu de phénoménales amendes, ont obligé Alstom a se faire racheter par General Electric ?

N'est-ce pas d'Arabie Saoudite, plutôt, qu'émanent de nombreux groupes terroristes, depuis Ben Laden ? 

Jadot pousse le bouchon assez loin quand il prend position sur la fourniture en gaz de l'Europe. Vive le gaz de schiste (très écologique !) américain  liquéfié à moins cent soixante degrés et transporté par d'immenses navires, haro sur le gaz russe et au transport de ce gaz (Projet Nord Stream 2) qu'il faut "immédiatement abandonner" !

Les régimes chinois, russes, turques présentent de graves défauts, certes. Et nos amis égyptiens, marocains ? Et l'Arabie Saoudite ? Et l'état d'apartheid, Israël ?

Ce faisant, Yannick Jadot est peut-être sur l'orientation des "Gründen" allemands, dont il est question qu'ils participent à une coalition avec les conservateurs. Il n'est pas sur la ligne des écologistes français EELV. Eux, dans leur programme, prévoient de quitter l'OTAN !

Dans cet article, Jadot insiste sur le fait que la campagne présidentielle de l'an prochain devra mettre ces question au centre du débat. Par cette déclaration, Jadot fait un signe à la droite et à l'extrême-droite, un signe beaucoup plus politique que la remarque de Julien Dray sur "Jean-Marie n'est pas Marine".

L'unité d'une gauche plurielle, comme celle qui a conduit Jospin à la victoire en 1996, ne peut se faire que sur des positions de politique internationale de refus des blocs, et en particulier sur l'indépendance de la France vis-à vis de la super puissance américaine. C'était la position du Général de Gaulle, et c'est nécessairement la position française ne serait-ce qu'en cohérence avec ce fait : la France est maintenant la seule nation de l'Union Européenne à disposer de l'arme de dissuasion atomique. 

Il faut donner acte à Mélenchon, de ce qu'il a, en 2012 comme en 2017 toujours pris sur le plan international des positions conformes à cette tradition d'indépendance et d'échanges avec toutes les grandes nations. Lui, si prompt à inventer des désaccords inexistants, comment fait-il pour ne pas voir celui-là ?

L'unité d'une gauche plurielle, la formation d'un "Printemps Français" sur le modèle qui a remporté de grands succès aux dernières élections municipales, unité entre PCF, FI, EELV et ceux des socialistes qui rejoindront le programme commun, n'a rien à voir avec Yannick Jadot, qui, pour le moment, et j'espère, pour longtemps, ne représente pas l'écologie politique en France.

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